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Articles de cette rubrique
  • 0 Biographie d’Antonio Gramsci

    2 janvier 2005

  • Antonio Gramsci, Chef de la classe ouvrière italienne par Palmiro Togliatti Lorsque Antonio Gramsci, député au Parlement italien et par conséquent couvert par l’immunité garantie par la Constitution fut, en 1928, accusé de crimes qu’il n’avait pas commis, traîné devant le Tribunal spécial de Rome, le Ministère public ne se donna nullement la peine de démontrer que les accusations portées contre lui étaient fondées en fait. Dans l’acte d’accusation la principale imputation consistait purement et (...)

  • 0 Note de l’éditeur

    1er janvier 2005

  • Pour présenter au public français les Lettres de la prison et leur auteur, il nous a semblé utile de nous servir de l’étude que le compagnon d’armes d’Antoine Gramsci et son continuateur à la tête du Parti communiste italien, Palmiro Togliatti, écrivit à Paris en 1937, aussitôt après que le monde eût appris avec stupeur que celui que la protestation universelle croyait avoir arraché à ses bourreaux n’était pas parvenu au delà du seuil de la prison sur le chemin de la liberté recouvrée. Il est sûr qu’en 1937 (...)

  • 0 Sommaire

    1er octobre 2005

  • Antonio Gramsci LETTRES DE LA PRISON Traduit de l’Italien par Jean Noaro, 1953. Préface de Palmiro Togliatti. Site source Note de l’éditeur Antonio Gramsci, chef de la classe ouvrière italienne, par Palmiro TOGLIATTI Le premier marxiste d’Italie Le mouvement des comités d’usines La création du Parti communiste Le premier bolchévik italien LETTRES DE LA PRISON (Lettre 2.) À Tatiana Ustica, 9 décembre 1926. (Lettre 3.) À Tatiana Ustica, 19 décembre 1926. (Lettre 4.) À Julca Ustica, le 8 (...)

  • Lettre 002 Prison d’Ustica, 9 décembre 1926

    3 janvier 2005

  • Ustica, 9 décembre 1926 Très chère Tatiana, Je suis arrivé à Ustica le 7 et, le 8, je recevais ta lettre du 3. Je te dirai en d’autres lettres toutes mes impressions de voyage, au fur et à mesure que mes souvenirs et mes émotions s’ordonneront dans mon esprit et que je serai reposé de mes fatigues et de mes insomnies. Mises à part les conditions spéciales dans lesquelles mon voyage s’est accompli (comme tu dois le comprendre, il n’est guère confortable, même pour un homme robuste, de passer des (...)

  • Lettre 003 Prison d’Ustica, 19 décembre 1926

    4 janvier 2005

  • Ustica, 19 décembre 1926 Très chère Tatiana, Arrêté le 8 au soir à 10 heures et demie et conduit immédiatement en prison, je suis parti de Rome le 25 novembre au petit matin. Le séjour à Regina-Coeli a été la période la plus mauvaise de mon emprisonnement : seize jours d’isolement absolu dans une cellule, discipline des plus rigoureuses. Je n’ai pu avoir la chambre de location que les tout derniers jours. Les trois premiers jours je les ai passés dans une cellule assez claire le jour à éclairée la (...)

  • Lettre 004 Prison d’Ustica, le 8 janvier 1927

    5 janvier 2005

  • Ustica, le 8 janvier 1927 Ma très chère Julca, ... En vérité, je ne croyais pas posséder une telle réserve de force physique et d’énergie. Je n’ai ressenti aucun trouble depuis mon arrestation. Tous les autres, d’une manière ou d’une autre, ont eu des crises de nerfs, parfois très graves et toutes du même genre. Dans les cachots de Palerme, Molinelli, en une même nuit, s’est évanoui trois fois durant son sommeil en proie à des convulsions aiguës qui duraient jusqu’à vingt minutes sans qu’il fut possible (...)

  • Lettre 005 Prison d’Ustica, 15 janvier 1927

    6 janvier 2005

  • Ustica, 15 janvier 1927 Très chère Tania, Ta dernière lettre est datée du 4 janvier. Tu m’as laissé onze jours sans nouvelles de toi. Dans les conditions où je me trouve cela me donne du souci. Je crois qu’il est possible d’accorder nos exigences réciproques avec l’engagement de ta part de m’envoyer au moins une carte postale tous les trois jours. J’ai déjà commencé pour ma part à appliquer ce système. Lorsque je n’ai pas la matière d’une lettre, et pour moi ce sera le fait le plus habituel, je t’enverrai (...)

  • Lettre 006 Prison d’Ustica, 15 janvier 1927

    7 janvier 2005

  • Ustica, 15 janvier 1927 Ma très chère Julie, Je veux te décrire ma vie quotidienne dans ses grandes lignes, afin que tu puisses la suivre et en retenir de temps en temps quelques traits. Comme tu le sais, Tania a dû déjà te l’écrire, je suis logé en compagnie de quatre amis. Nous sommes donc cinq, répartis dans trois petites chambres qui sont toute la maison. Nous disposons d’une très belle terrasse de laquelle nous admirons durant le jour la mer illimitée et un magnifique ciel durant la nuit. Le (...)

  • Lettre 007 Prison de Milan, 19 février 1927

    8 janvier 2005

  • Prison de Milan, 19 février 1927 Très chère Tania, Depuis un mois et dix jours je ne reçois plus de nouvelles de toi et je ne me l’explique pas. Comme je te l’ai déjà écrit la semaine passée, au moment de mon départ d’Ustica, le petit vapeur n’arrivait plus depuis dix jours environ. Avec le petit vapeur qui me transportait à Palerme il aurait dû arriver à Ustica au moins deux de tes lettres qui auraient dû m’être retransmises à Milan. Or parmi la correspondance retour de l’île que je viens de recevoir, je (...)

  • Lettre 009 Prison de Milan, 19 mars 1927

    9 janvier 2005

  • Prison de Milan, 19 mars 1927 Très chère Tania, ... Ma vie s’écoule toujours également monotone. Étudier est beaucoup plus difficile qu’on ne l’imaginerait. J’ai reçu quelques livres et, à vrai dire, je lis beaucoup (plus d’un volume par jour en plus des journaux) mais ce n’est pas à cela que je pense. Je suis obsédé (et il y a là un phénomène propre aux enfermés, je, crois) par cette idée : il faudrait faire quelque chose für ewig , selon une conception compliquée de Gœthe dont il me souvient qu’elle a (...)

  • Lettre 010 Prison de Milan, 26 mars 1927

    10 janvier 2005

  • Milan, 26 mars 1927 Très chère Tania, Cette semaine, je n’ai reçu de toi ni lettres ni cartes postales. On m’a cependant remis ta lettre du 17 janvier (avec une lettre de Julie du 10) réexpédiée d’Ustica. Ainsi, dans un certain sens et jusqu’à un certain point, j’ai été assez satisfait. J’ai retrouvé le caractère de Julie - c’est étonnant combien cette fille écrit peu et comme elle sait s’en excuser avec le chahut que font les gosses autour d’elle ! - et j’ai consciencieusement appris par cœur ta missive. (...)

  • Lettre 011 Prison de Milan, 4 avril 1927

    11 janvier 2005

  • Prison de Milan, 4 avril 1927 Chère, chère Tania, J’ai reçu cette dernière semaine deux de tes cartes postales (du 19 et du 22 mars) et la lettre du 26. Je suis fort navré de t’avoir contrariée, je crois que tu n’as pas compris exactement mon état d’esprit, je ne me suis pas clairement exprimé et il me déplaît qu’entre nous il puisse s’établir de semblables équivoques. Je puis t’assurer fermement que jamais je n’ai été traversé par le doute que tu pourrais m’oublier et avoir pour moi moins d’affection. Très (...)

  • Lettre 012 Prison de Milan, le 11 avril 1927

    12 janvier 2005

  • Prison de Milan, le 11 avril 1927 Très chère Tania, J’ai reçu tes cartes du 31 mars et du 3 avril. Je te remercie pour les nouvelles que tu me donnes. J’attends ton arrivée à Milan, mais je te confesse que je n’y compte pas trop. J’ai pensé qu’il n’est pas très agréable de continuer la description de ma vie actuelle entreprise dans ma dernière lettre. Il vaut mieux que chaque fois je t’écrive ce qui me passe par la tête sans obéir à un plan établi à l’avance. Même écrire est devenu pour moi un tourment (...)

  • Lettre 013 Prison de Milan, le 25 avril 1927

    13 janvier 2005

  • Prison de Milan, le 25 avril 1927 Très chère Tania, J’ai reçu ta lettre du 12 et je me suis proposé froidement, cyniquement, de te faire enrager. Sais-tu que tu es une présomptueuse ? je veux le démontrer en toute objectivité et je me réjouis d’avance à imaginer ta colère (ne te mets pas trop en colère toutefois ; cela me navrerait). Il est certain que la lettre que tu m’envoyas à Ustica tapait à côté. Mais tu es excusable. Il est impossible d’imaginer la vie à Ustica, l’ambiance d’Ustica - tout cela est (...)

  • Lettre 015 Prison de Milan, 23 mai 1927

    14 janvier 2005

  • Prison de Milan, 23 mai 1927 Très chère Tania, J’ai reçu de toi la semaine écoulée une carte postale et une lettre ainsi qu’une lettre de Julie. Je vais te rassurer en ce qui concerne ma santé. Je vais assez bien, je t’assure. Cette semaine je mange vraiment avec une facilité qui me surprend moi-même. J’ai réussi à me faire servir tout ce qui me plaît et j’ai mg-me l’impression d’avoir grossi. En outre depuis quelque temps je consacre un peu de temps, aussi bien le matin que l’après-midi, à la gymnastique (...)

  • Lettre 016 Prison de Milan, 4 juillet 1927

    15 janvier 2005

  • Prison de Milan, 4 juillet 1927 Cher Berti , J’ai reçu ta lettre du 20 juin. Je te remercie de m’avoir écrit. Je ne sais si Ventura a reçu mes nombreuses lettres : depuis un grand moment je ne reçois aucune correspondance d’Ustica. En ce moment, je traverse une période de fatigue morale en relation avec des événements d’ordre familial. Je suis très nerveux et très irascible. Je n’arrive à me concentrer sur aucune question même si elle est aussi intéressante que celle que tu m’exposes dans ta lettre. Et (...)

  • Lettre 017 Prison de Milan, 8 août 1927

    16 janvier 2005

  • Prison de Milan, 8 août 1927 Très chère Tania, J’ai reçu ta lettre du 28 juillet et la lettre de Julie. Je n’avais pas reçu de lettres depuis le 11 juin et j’étais en grand souci, si bien que j’ai fait une chose qui te semblera une folie. Je ne veux pas te la dire cependant ; je te la dirai quand tu viendras me voir. Je suis peiné de te savoir moralement fatiguée. Cela me déplaît d’autant plus que je suis persuadé que j’ai contribué à te déprimer. Ma chère Tania, j’ai toujours peur que tu n’ailles plus (...)

  • Lettre 018 Prison de Milan, le 8 août 1927

    17 janvier 2005

  • Prison de Milan, le 8 août 1927 Très cher Berti, J’ai reçu ta lettre du 15 juillet. Je t’assure que mon état de santé n’est pas plus mauvais que ces années passées ; je crois même qu’il s’est un tantinet amélioré. Par ailleurs je ne fais aucun travail : lire purement et simplement ne peut pas s’appeler travailler. Je lis beaucoup, mais de manière désordonnée. Je reçois quelques livres du dehors et je lis les livres de la bibliothèque de la prison, comme ça, comme ils m’arrivent semaine après semaine. Je (...)

  • Lettre 019 Prison de Milan, 10 octobre 1927

    18 janvier 2005

  • Prison de Milan, 10 octobre 1927 Très chère Tania, Après notre conversation de jeudi j’ai réfléchi longuement et je me suis décidé à t’écrire ce que je n’ai pas eu le courage de te dire de vive voix. Je crois, moi, que tu ne devrais pas rester plus longtemps à Milan à t’occuper de moi. Le sacrifice que tu fais est trop exagéré. Tu ne pourrais pas retrouver la santé dans ce climat humide. Pour moi cela est certes un grand réconfort de te voir, mais crois-tu cependant que je ne pense pas continuellement à ta (...)

  • Lettre 020 Prison de Milan, 17 octobre 1927

    19 janvier 2005

  • Prison de Milan, 17 octobre 1927 Très chère Tania, J’ai reçu avant-hier ta lettre du 27 septembre. Je suis content que Milan te plaise et t’offre des possibilités de distraction. As-tu visité les musées et les galeries ? Parce que du point de vue de la structure urbaine je pense que la curiosité doit être vite satisfaite. La différence fondamentale entre Rome et Milan me semble consister justement en ceci : Rome a un panorama urbain inépuisable alors que Milan est inépuisable en ce qui concerne le (...)

  • Lettre 021 Prison de Milan, 14 novembre 1927

    20 janvier 2005

  • Prison de Milan, 14 novembre 1927 Très chère Tania, ... Lorsqu’arriva le centenaire de Machiavel, je lus tous les articles publiés par les cinq quotidiens que je lisais alors ; je reçus plus tard le numéro spécial de Marzocco sur Machiavel. J’ai été frappé par le fait qu’aucun de ceux qui ont écrit sur le centenaire n’a établi de rapport entre les livres de Machiavel et le développement, des États dans toute l’Europe de la même époque historique. Préoccupés du problème purement moral posé par ce qu’on (...)

  • Lettre 023 Prison de Milan, le 21 novembre 1927

    21 janvier 2005

  • Prison de Milan, le 21 novembre 1927 Très chère Julie, Dans la cour, où avec d’autres détenus je fais la promenade réglementaire, s’est tenue une exposition de photographie de nos enfants respectifs. Delio a eu un grand succès d’admiration. Depuis quelques jours, je ne suis plus isolé, mais je partage une cellule avec un autre détenu politique qui a une gracieuse et gentille petite fille de trois ans et qui s’appelle Marie-Louise. Selon l’habitude sarde, nous avons décidé que Delio épousera (...)

  • Lettre 024 Prison de Milan, le 26 décembre 1927

    22 janvier 2005

  • Prison de Milan, le 26 décembre 1927 Très chère Tania, Ainsi vient de passer le saint Noël dont j’imagine qu’il a dû être très pénible pour toi. En vérité, ce n’est que sous ce point de vue, le seul qui m’intéresse, que j’ai pensé à ce qu’il a d’extraordinaire. Ici, il n’y a eu de notable que la tension générale des esprits dans le milieu des détenus. Le phénomène avait commencé à se manifester depuis déjà une semaine. Chacun attendait quelque chose d’extraordinaire et l’attente déterminait toute une série de (...)

  • Lettre 026 Prison de Milan, 2 janvier 1928

    23 janvier 2005

  • Prison de Milan, 2 janvier 1928 Très chère Tania, Et voici que même la nouvelle année a commencé. Il faudrait faire des projets de vie nouvelle, selon l’usage, mais pour autant que j’ai pu y penser, je ne suis pas arrivé à établir un tel programme. Cela a toujours été une grande difficulté dans ma vie et cela depuis les premières années d’activité raisonnée. A l’école primaire, chaque nouvelle année, on donnait comme sujet de composition cette question : « Que ferez-vous plus tard ? », question ardue que je (...)

  • Lettre 027 Prison de Milan, 30 janvier 1928

    24 janvier 2005

  • Prison de Milan, 30 janvier 1928 Mon très cher Berti, J’ai reçu ta lettre du 13, il y a une semaine et alors que j’avais déjà écrit les deux lettres hebdomadaires auxquelles j’ai droit. Rien de neuf par ici. L’habituelle grisaille et l’habituelle monotonie. Même la lecture devient toujours plus indifférente. Naturellement, je lis toujours beaucoup, mais sans intérêt, mécaniquement. Bien que je ne sois plus seul dans ma cellule, je lis un livre par jour et même un peu plus. Livres disparates comme tu (...)

  • Lettre 028 Prison de Milan, 20 février 1928

    25 janvier 2005

  • 20 février 1928 Très chère Thérèse, J’ai bien reçu ta lettre du 30 janvier et la photographie de tes enfants. Je te remercie et je serais très heureux de recevoir d’autres lettres de toi. La pire souffrance de ma vie actuelle est l’ennui. Les journées toujours égales, ces heures et ces minutes qui se succèdent avec la monotonie de l’eau qui tombe goutte à goutte, ont fini par me corroder les nerfs. Au moins, les trois premiers mois qui ont suivi mon arrestation furent très mouvementés : ballotté d’un (...)

  • Lettre 029 Prison de Milan, 27 février 1928

    26 janvier 2005

  • Prison de Milan, 27 février 1928 Très chère Tania, Par une très heureuse conjonction d’astres favorables ta lettre du 20 m’a été remise le 24 en même temps que la lettre de Julie. J’ai beaucoup admiré ta maîtrise dans les diagnostics, mais je ne suis pas tombé dans les subtils filets de ta malice littéraire. Ne crois-tu pas qu’il serait préférable d’éprouver sa maîtrise sur d’autres sujets que soi ? (Non pour souhaiter du mal à son prochain, cela s’entend, si toutefois on peut parler de prochain en cette (...)

  • Lettre 030 Prison de Milan, 27 février 1928

    27 janvier 2005

  • Prison de Milan, 27 février 1928 Chère Julie, ...J’ai bien changé depuis quelque temps. Certains jours, j’ai cru que j’étais devenu apathique et inerte. Aujourd’hui, je crois que je me suis trompé dans l’analyse que j’avais faite de moi-même. Je pense que je ne serai plus désorienté à ce point. Il s’agissait de résister à une nouvelle manière de vivre qui, implacablement, s’imposait sous la pression du milieu pénitentiaire, avec ses règles, sa routine , ses privations, ses obligations, un ensemble énorme de (...)

  • Lettre 031 Prison de Milan, 5 mars 1928

    28 janvier 2005

  • Prison de Milan, 5 mars 1928 Très chère Tania, J’ai lu ta lettre avec beaucoup d’intérêt pour les observations que tu as pu faire et tes nouvelles expériences. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de te recommander l’indulgence et non seulement l’indulgence pratique, mais aussi celle que j’appellerais la spirituelle. J’ai toujours été persuadé qu’il existe une Italie inconnue, qui ne se voit pas, bien différente de celle qui est apparente et visible. Je veux dire, puisque cela est un phénomène qui se (...)

  • Lettre 032 Prison de Milan, 9 avril 1928

    29 janvier 2005

  • Prison de Milan, 9 avril 1928 Très chère Tatiana, J’ai reçu hier ta lettre du 5 arrivée avec une rapidité toute pascale. J’ai reçu aussi les cheveux de julien et je suis très heureux des nouvelles que tu m’envoies. A vrai dire, je ne sais en tirer aucune conséquence. Au sujet de la plus ou moins grande rapidité que les enfants mettent à parler je n’ai d’autre élément qu’une anecdote sur Giordano Bruno dont on raconte qu’il ne commença à parler qu’à l’âge de trois ans bien qu’il comprît tout ce qui était (...)

  • Lettre 033 Prison de Milan, 30 avril 1928

    30 janvier 2005

  • 30 avril 1928 Ma très chère maman, Je t’envoie la photographie de Delio. Mon procès est fixé au 28 mai. Cette fois le départ devrait être proche. Quoi qu’il en soit je penserai à te télégraphier. La santé est assez bonne. L’approche du procès améliore mon état ; j’en finirai au moins avec cette monotonie. Ne t’inquiète pas, ne t’épouvante pas quelle que soit la condamnation qu’ils m’infligent : je crois que ça ira de quatorze à dix-sept années, mais ce pourrait être plus grave encore, justement parce qu’il n’y (...)

  • Lettre 034 Prison de Milan, 30 avril 1928

    31 janvier 2005

  • Prison de Milan, 30 avril 1928 Très chère Tania, ... Je ne sais si tu as été informée que le procès a été fixé au 28 mai, ce qui signifie que le départ approche. J’ai déjà vu l’avocat Ariis. Ces changements prochains m’excitent grandement ; de manière agréable cependant. Je me sens plus vibrant de vie ; il y aura une certaine lutte, j’imagine. Ne serait-ce que pour quelques jours je me trouverai dans une autre ambiance que celle de la prison. Je proteste contre tes déductions au sujet des... têtes de (...)

  • Lettre 035 Prison de Rome, 27 juin 1928

    1er février 2005

  • Prison de Rome, 27 juin 1928 Très chère Tania, Rien de nouveau en vue jusqu’ici. J’ignore quand je partirai. Il n’est pas exclu que mon départ survienne ces jours-ci. Je puis être transféré aujourd’hui même. J’ai reçu une lettre de ma mère il y a quelques jours. Elle me dit n’avoir pas reçu mes lettres depuis le 22 mai, c’est-à-dire depuis que j’ai quitté Milan. De Rome j’ai écrit au moins trois fois à la maison : ma dernière lettre fut pour mon frère Charles. Écris une lettre à ma mère, explique-lui que je (...)

  • Lettre 036 Prison de Turi, 20 juillet 1928

    2 février 2005

  • Prison de Turi, 20 juillet 1928 Très chère Tania, Je suis arrivé à destination hier matin. J’ai trouvé ta lettre du 14 et une lettre de Charles avec 250 lires. Je te prie d’écrire toi-même à ma mère pour lui dire les choses qui peuvent l’intéresser. Désormais j’écrirai une lettre seulement tous les quinze jours, ce qui me placera en face de vrais cas de conscience. J’essaierai d’être ordonné et d’utiliser au maximum le papier disponible. 1. Le voyage Rome-Turi a été horrible. Je me rends compte que les (...)

  • Lettre 038 Prison de Turi, 19 novembre 1928

    3 février 2005

  • Prison de Turi, 19 novembre 1928 Très chère Julie, J’ai été très méchant avec toi. Mes justifications ne sont guère fondées. Après le départ de Milan je me suis fatigué énormément. Toutes mes conditions de vie se sont aggravées. J’ai senti plus vivement le poids de la prison. A présent je suis un peu mieux. Le fait même qu’une certaine stabilisation est intervenue, que l’existence se -déroule selon certaines règles, a normalisé en un certain sens le cours de mes pensées. J’ai été très heureux de recevoir ta (...)

  • Lettre 039 Prison de Turi, 14 janvier 1929

    4 février 2005

  • Prison de Turi, 14 janvier 1929 Très chère Julie, J’attends encore ta réponse à ma dernière lettre. Lorsque nous aurons repris une conversation régulière (bien qu’à longs intervalles) je t’écrirai beaucoup de choses sur ma vie, mes impressions, etc., etc. En attendant tu as à me dire comment Delio trouve le meccano. Cela m’intéresse beaucoup parce que je n’ai jamais pu décider si le meccano, qui empêche l’enfant d’user de son esprit inventif, est le jouet moderne qu’on doive recommander le plus. Qu’en (...)

  • Lettre 040 Prison de Turi, 24 février 1929

    5 février 2005

  • Prison de Turi, 24 février 1929 Très chère Tatiana, J’ai reçu tes cartes postales (y compris celle avec les pâtés de Delio), puis j’ai reçu les livres que j’avais à la prison de Milan et j’ai constaté que ta mallette anglaise a fait des miracles, parce que, fort intrépide, elle a supporté le voyage en petite vitesse sans subir aucune avarie. J’ai en outre reçu les deux paires de chaussettes raccommodées que je t’avais laissées à Rome et les Mémoires de Salandra . Remercie l’avocat du dérangement que je (...)

  • Lettre 041 Prison de Turi, 25 mars 1929

    6 février 2005

  • Prison de Turi, 25 mars 1929 Très chère Tania, ... J’ai reçu une carte postale de Mme M.S., laquelle me demande des conseils pour son mari à propos de livres de philosophie. Écris-lui que je ne puis lui répondre directement, que je me porte assez bien, etc., etc., que je salue très cordialement son mari, etc. Transcris-lui cependant ce passage : « Le meilleur manuel de psychologie est celui de William James, traduit en italien et publié par la Librairie milanaise ; il doit coûter cher puisque, (...)

  • Lettre 042 Prison de Turi, 22 avril 1929

    7 février 2005

  • Prison de Turi, 22 avril 1929 Très chère Tania, ... La rose a pris une terrible insolation : toutes les feuilles et les parties les plus tendres sont brûlées et carbonisées ; elle a un aspect désolé et triste, mais elle possède de nouveaux bourgeons. Elle n’est pas encore morte. La catastrophe solaire était inévitable : je ne pouvais abriter la fleur qu’avec du papier que le vent emportait ; il eût fallu une bonne poignée de paille ; la paille est mauvaise conductrice de la chaleur et, dans le même (...)

  • Lettre 043 Prison de Turi, 20 mai 1929

    8 février 2005

  • Prison de Turi, 20 mai 1929 Chère Julie, Qui t’a dit que je puis écrire plus que je ne le fais ? Ce n’est malheureusement pas vrai. Je peux seulement écrire deux fois par mois et ce n’est qu’à Pâques et qu’à la Noël que je puis écrire une lettre de plus. Te souviens-tu de ce que te disait B. en 1923 lorsque je partis ? B. avait raison pour ce qui concernait son expérience propre ; il avait toujours eu une invincible aversion pour le genre épistolaire. Depuis que je suis en prison, j’ai écrit au moins (...)

  • Lettre 044 Prison de Turi, 20 mai 1929

    9 février 2005

  • Prison de Turi, 20 mai 1929 Cher Delio, J’ai appris que tu vas à l’école, que tu es bien haut d’un mètre huit centimètres et que tu pèses dix-huit kilos. Tu es donc déjà très grand et je pense que dans peu de temps tu m’écriras des lettres. En attendant et dès maintenant, tu peux faire écrire des lettres à maman, sous ta dictée, comme tu m’en faisais écrire à Rome pour ta grand-mère. Comme ça tu pourras me dire si, à l’école, les autres te plaisent, ce que tu apprends et les jeux que tu préfères. Je sais que (...)

  • Lettre 045 Prison de Turi, 3 juin 1929

    10 février 2005

  • Prison de Turi, 3 juin 1929 Très chère Tania, J’ai devant moi deux de tes lettres et cinq cartes postales (la dernière du. 23 mai) auxquelles je devrais répondre dans l’ordre d’arrivée et avec soin. Je ne le ferai pas. As-tu reçu la lettre de la maison et une autre pour Julie ? La première a dû t’arriver avec beaucoup de retard, ainsi que me l’écrit ta mère. Le changement de saison avec la chaleur qui déjà se fait sentir m’a déprimé et je suis comme abruti. Je ressens une fatigue énorme et une certaine (...)

  • Lettre 046 Prison de Turi, 1er juillet 1929

    11 février 2005

  • Prison de Turi, 1er juillet 1929 Très chère Tania, A propos : je t’apprends que la rose s’est complètement ravivée (je dis « à propos » parce que l’observation de la rose a. peut-être en ce moment remplacé les crachats au plafond). Du 3 juin au 15, tout d’un coup, elle a commencé à avoir des bourgeons et puis des feuilles, bref elle a complètement reverdi ; à présent elle a de petits rameaux déjà longs de 15 centimètres. Elle a même essayé de donner un petit bouton, mais tout petit et qui à un moment donné (...)

  • Lettre 047 Prison de Turi, 1er juillet 1929

    12 février 2005

  • Prison de Turi, 1er juillet 1929 Chère Julie, Tu peux dire à Delio que la nouvelle qu’il m’a transmise m’a intéressé beaucoup parce que très importante et infiniment sérieuse. Toutefois, je pense que quelqu’un aura, avec un peu de colle, réparé les dégâts causés par julien et qu’ainsi le chapeau ne sera pas déjà réduit à l’état de papier d’emballage. Te souviens-tu comment, à Rome, Delio croyait que je pouvais raccommoder toutes les choses cassées ? Aujourd’hui, il doit l’avoir certainement oublié. Et lui-même, (...)

  • Lettre 048 Prison de Turi, 30 juillet 1929

    13 février 2005

  • Prison de Turi, 30 juillet 1929 Chère Julie, J’ai reçu ta lettre du 7. Les photographies ne sont pas encore parvenues ; j’espère que je recevrai aussi la tienne. Je veux naturellement te voir aussi, au moins une fois par an, pour avoir une impression un peu plus vive : sans cela que ’pourrais-je imaginer ? Que tu as beaucoup changé physiquement, que tu es affaiblie, que tu as beaucoup de cheveux blancs, etc., etc. Et puis, il faut que je te présente, d’avance, mes souhaits pour ta fête : une (...)

  • Lettre 049 Prison de Turi, 26 août 1929

    14 février 2005

  • Prison de Turi, 26 août 1929 Chère Tatiana, J’ai reçu la photographie des enfants et j’ai été très content, comme tu peux l’imaginer. J’ai même été fort satisfait parce que le me suis persuadé avec mes propres yeux qu’ils ont un corps et des jambes : depuis trois ans, je ne voyais que des têtes et le doute m’était venu qu’ils étaient peut-être devenus des chérubins sans les petites ailes aux oreilles. En somme, j’ai eu une impression de vie plus vive. Naturellement, je ne partage pas entièrement tes (...)

  • Lettre 050 Prison de Turi, 30 décembre 1929

    15 février 2005

  • Prison de Turi, 30 décembre 1929 Chère Julie, ...Je me souviens avec beaucoup de précision qu’âgé de moins de cinq ans et sans être jamais sorti de mon village, n’avant par conséquent qu’une bien faible conception de l’étendue, je savais trouver sur la carte le pays que j’habitais, je me doutais de ce qu’est une île et je trouvais les principales villes d’Italie sur une grande carte murale. Cela veut dire que j’avais le sens de la perspective, d’un espace complexe et qui n’était pas seulement fait de (...)

  • Lettre 051 Prison de Turi, 13 janvier 1930

    16 février 2005

  • Prison de Turi, 13 janvier 1930 Très chère Tania, ... Je te remercie des nouvelles de la famille que tu m’as envoyées. Quant à mon état d’âme, je pense que tu ne l’as pas encore parfaitement compris. Je te dirai, il est vrai, qu’il est difficile de comprendre ces choses comme il faut parce que trop d’éléments concourent à les former et qu’il est impossible d’imaginer un grand nombre de ces éléments ; il est par conséquent impossible de se représenter l’ensemble qu’ils constituent. Ces derniers jours, (...)

  • Lettre 054 Prison de Turi, 10 mars 1930

    17 février 2005

  • Prison de Turi, 10 mars 1930 Très chère Tania, ... En vérité, rien ne m’irrite plus que le « velléitarisme » qui tue la volonté concrète ; il m’irrite chez les personnes qui me sont sentimentalement indifférentes et que je juge « inutiles », il me peine chez les personnes qui ne me sont pas indifférentes et que je ne veux ni ne peux juger d’un point de vue pratique, mais que je voudrais stimuler et réveiller. J’ai connu, particulièrement à l’Université, de nombreux types de velléitaires et j’ai étudié le (...)

  • Lettre 055 Prison de Turi, 7 avril 1930

    18 février 2005

  • Prison de Turi, 7 avril 1930 Très chère Tania, ... Le Diable à Pontelongo est assez « historique » dans ce sens que les événements de la baronnie et l’épisode de Bologne de 1874 sont réellement arrivés. Comme dans tous les romans historiques de ce monde, le cadre général est historique, mais ne le sont pas les personnages et les événements particuliers. Ce qui rend intéressant ce roman, ses remarquables qualités artistiques mises à part, c’est l’absence de tout sectarisme chez l’auteur. Dans la (...)

  • Lettre 056 Prison de Turi, 19 mars 1930

    19 février 2005

  • Prison de Turi, 19 mars 1930 Très chère Tatiana, ... La conception que tu te fais de ma situation de détenu m’a encore une fois fait sourire. Je ne sais si tu as lu Hegel, qui a écrit que « le délinquant avait droit à sa peine ». Tu m’imagines comme quelqu’un qui, avec insistance, revendique le droit de souffrir, d’être martyrisé, de ne pas être frustré de la moindre minute et de la moindre ombre de sa peine. Je serais, moi, un nouveau Gandhi qui veut témoigner face aux grands et aux petits sur les (...)

  • Lettre 057 Prison de Turi, 2 juin 1930

    20 février 2005

  • Prison de Turi, 2 juin 1930 Très chère Tania, ... Je vais te parler d’une question qui te fera enrager ou qui te fera rire. En feuilletant le petit Larousse il m’est revenu en mémoire un problème assez curieux. Dans mon jeune âge j’étais un infatigable chasseur de lézards et de serpents que je donnais à manger à un très beau faucon que j’avais apprivoisé. Durant ces chasses dans les campagnes de mon pays (Ghilarza ), il m’arriva trois ou quatre fois de trouver un animal semblable au serpent commun (...)

  • Lettre 058 Prison de Turi, 16 juin 1930

    21 février 2005

  • Prison de Turi, 16 juin 1930 Très chère Tatiana, ... Une chose qui m’a fait bien rire dans ta dernière carte postale est la certitude que tu as que je tiens à ce que ma fête me soit souhaitée. Je ne sais qui a pu te révéler ce secret que je tenais caché dans les plus intimes replis de mon plus profond subconscient, si caché et si secret que depuis l’âge de six ans j’avais oublié que je le gardais en moi (je n’ai reçu de cadeaux pour ma fête que jusqu’à l’âge de six ans). Je crains que tu ne me découvres (...)

  • Lettre 060 Prison de Turi, 28 août 1930

    22 février 2005

  • Prison de Turi, 28 août 1930 Très chère maman, Les deux photographies que Nannaro m’a apportées m’ont plu beaucoup : même si techniquement elles ne sont pas réussies elles arrivent à donner une impression assez directe de ta physionomie et de ton expression. Il me semble que, malgré ton âge et tout le reste, tu t’es conservée assez jeune et forte : tu dois avoir peu de cheveux blancs et ton expression est très vivante même si elle est un peu, comment dire, matronale. Je parie que tu pourras connaître (...)

  • Lettre 061 Prison de Turi, 22 septembre 1930

    23 février 2005

  • Prison de Turi, 22 septembre 1930 Très chère maman, J’ai reçu en son temps la lettre recommandée de Charles avec les deux cents lires. Je vais bien et je n’ai souffert d’aucune maladie. L’absence de lettres de ma part a été provoquée par d’autres causes. Je n’ai pas reçu la lettre de Nannaro que Charles m’annonçait. J’espère vivement que, comme me l’écrit Charles, il réussira à te faire soigner de manière énergique. Vois-tu, je crois toujours que tu te fies trop à ta robustesse passée, lorsque tu n’étais (...)

  • Lettre 062 Prison de Turi, 6 octobre 1930

    24 février 2005

  • Prison de Turi, 6 octobre 1930 Très chère Tania, J’ai été content de la visite de Charles. Il m’a dit que tu es assez bien remise, mais je voudrais avoir des nouvelles plus précises de ta santé. Je te remercie de tout ce que tu m’as envoyé. On ne m’a pas encore remis les deux livres : la bibliographie fasciste et les contes de Chesterton que je lirai volontiers pour deux raisons. D’abord parce que j’imagine qu’ils sont aussi intéressants. que ceux de la Première série et ensuite parce que je vais (...)

  • Lettre 063 Prison de Turi, 6 octobre 1930

    25 février 2005

  • Prison de Turi, 6 octobre 1930 Très chère Julie, ... J’ai reçu deux de tes lettres, une du 16 août et la suivante de septembre, je crois. J’aurais voulu t’écrire longuement, mais cela ne m’est pas possible parce qu’il y a des moments où je ne réussis pas à retrouver les souvenirs et les impressions qui ont été les miens en lisant tes lettres. Et il n’est que trop vrai, par ailleurs, que je ne puis écrire qu’un jour donné et qu’à des heures qui me sont imposées et que parfois ce jour et ces heures (...)

  • Lettre 064 Prison de Turi, 3 novembre 1930

    26 février 2005

  • Prison de Turi, 3 novembre 1930 Très chère Tatiana, ... Mon état de santé est toujours le même et mon effort tend à me maintenir dans l’état actuel. L’insomnie est le grand problème, mais comme elle n’est que partiellement provoquée par des causes organiques, comme elle est surtout provoquée par des causes extérieures, mécaniques, plus ou moins inhérentes à la vie pénitentiaire, elle ne peut pas être vaincue par les moyens thérapeutiques, mais seulement atténuée. J’ai fait une statistique pour le mois (...)

  • Lettre 065 Prison de Turi, 4 novembre 1930

    27 février 2005

  • Prison de Turi, 4 novembre 1930 Très chère Julie, J’ignore si tu te trouves toujours à Sotchi et si cette lettre devra t’être réexpédiée ou si tu es déjà rentrée de ta cure de repos. C’est pourquoi je ne t’adresse pas encore une longue lettre à la manière du docteur Grillo, lettre que j’avais déjà imaginée avec toute sa composition de dissertation académique. Ce sera pour une prochaine fois. En attendant je te préviens que « tout est découvert », qu’il n’existe plus de mystères pour moi, que j’ai été (...)

  • Lettre 066 Prison de Turi, 17 novembre 1930

    28 février 2005

  • Prison de Turi, 17 novembre 1930 Très chère Tatiana, J’ai reçu ta carte du 10 novembre et la lettre du 13. Je vais essayer de répondre en ordre à tes questions. Pour le moment ne m’envoie pas de livres. Ceux que tu as, mets-les de côté et attends que je te demande de les expédier. Je veux d’abord me débarrasser de toutes les vieilles revues que j’ai accumulées depuis quatre ans. Avant de les expédier, je les revois pour prendre des notes sur les questions qui m’intéressent le plus et naturellement cela (...)

  • Lettre 067 Prison de Turi, 17 novembre 1930

    1er mars 2005

  • Prison de Turi, 17 novembre 1930 Très chère Thérésine, J’ai reçu ta lettre du 11 avec la photographie des enfants. Ils sont très sympathiques et très gracieux et ils sont aussi sains et robustes, je crois. Je suis émerveillé de constater comment François a forci ; tu m’avais envoyé il y a quelque temps l’une de ses photographies où il apparaissait maigre et fragile ; à présent il paraît nettement fort, svelte et vif. J’en suis très content et je te serais reconnaissant si tu envoyais la même photographie à (...)

  • Lettre 068 Prison de Turi, 1er décembre 1930

    2 mars 2005

  • Prison de Turi, 1er décembre 1930 Très chère Tatiana, ... Je serais heureux si tu réussissais à trouver dans une librairie de Rome le fascicule d’octobre de la revue La Nuova Italia ! dirigée par le professeur Louis Russo et si tu pouvais , envoyer à Julie. Il s’y trouve une lettre dans laquelle il est parlé de la courtoise controverse (survenue au congrès international de philosophie qui s’est tenu récemment à Oxford) entre Benedetto Croce et Lounatcharski au sujet de la question : existe-t-il ou (...)

  • Lettre 069 Prison de Turi 15 décembre 1930

    3 mars 2005

  • Maison d’arrêt de Turi 15 décembre 1930 Ma chère maman, Je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe. Il y a plus de trois mois que Charles ne m’a pas écrit. Il y a deux mois que j’ai reçu ton dernier billet. J’ai reçu, il y a un mois environ une lettre de Thérésine, à laquelle j’ai répondu, sans que la pareille me soit rendue (j’ai écrit à Thérésine il y a tout juste quatre semaines). J’ai pensé que Charles a pu avoir des ennuis à cause de moi et qu’il ne veuille pas ou qu’il ne sache pas m’expliquer un état (...)

  • Lettre 070 Prison de Turi, 29 décembre 1930

    4 mars 2005

  • Lettre 70 Prison de Turi, 29 décembre 1930 Très chère Gracieuse, J’ai reçu ta lettre avec le billet de Mea. Le jour de Noël, j’ai reçu le paquet. Dis à maman que tout était en ordre et que rien ne s’était gâté ; le pain lui-même était toujours frais et je l’ai mangé avec beaucoup de plaisir : je sentais la saveur du maïs sarde qui est si bon. J’ai mangé avec autant de plaisir le pain de moût ; je crois que je n’en avais plus mangé depuis quinze ou seize ans. Les nouvelles sur la santé de maman m’ont donné (...)

  • Lettre 071 Prison de Turi, 26 janvier 1931

    5 mars 2005

  • Prison de Turi, 26 janvier 1931 Très chère Tania, ... Je sais absolument opposé à ton voyage à Turi. Tu es certainement trop optimiste lorsqu’il s’agit de ton état de santé : peser cinquante kilos c’est trop peu et tu ne devrais pas fixer à ton rétablissement des limites de poids. J’espère que tu ne crois pas sérieusement que c’est le thé qui t’a fait grossir de cinq kilos. L’historiette des marchandes moscovites grasses à cause du thé n’est qu’une plaisanterie ; elles vivaient comme des oies au gavage et (...)

  • Lettre 072 Prison de Turi, 9 février 1931

    6 mars 2005

  • Maison d’arrêt de Turi, 9 février 1931 Ma chère Julie. J’ai reçu ta lettre du 9 janvier qui commence comme ceci : « Quand je songe à écrire - chaque jour - je songe à ce qui me fait taire, je songe que ma faiblesse est nouvelle pour toi... » Et moi aussi je pense qu’il y a eu jusqu’ici une certaine équivoque entre nous deux sur cette faiblesse présente justement et sur ta force antérieure présumée - de cette équivoque je veux au moins prendre la plus grande part d’une responsabilité qui réellement me (...)

  • Lettre 073 Prison de Turi, 23 février 1931

    10 mars 2005

  • Maison d’arrêt de Turi, 23 février 1931 Ma chère Tatiana, Je ne sais quel était le ton de la lettre que tu as écrite à la librairie pour indiquer (d’après mon avertissement d’il y a quinze jours) que jusqu’à présent je n’avais pas encore reçu les revues ; j’espère bien que tu n’auras pas rédigé ta lettre sur un ton irrité et indigné, comme on en a l’impression à la lecture de ta carte postale. J’ai l’impression que le service n’est pas mal fait, même si de temps à autre il arrive un impair, et le pense qu’il n’y (...)

  • Lettre 074 Prison de Turi, 9 mars 1931

    16 mars 2005

  • Prison de Turi, 9 mars 1931 Très chère Tatiana, Il n’est pas vrai ainsi que tu l’écris que j’ai perdu confiance dans les médicaments. Ce serait un enfantillage. Je me suis aperçu que, dans les conditions générales où je me trouve, les médicaments sont non seulement de nul effet, mais qu’ils provoquent une aggravation des troubles. J’observe une diète très sévère et cependant les troubles viscéraux augmentent et deviennent toujours plus douloureux. Lorsque je suis arrivé à Turi, je souffrais surtout de (...)

  • Lettre 075 Prison de Turi, 23 mars 1931

    11 mars 2005

  • Prison de Turi, 23 mars 1931 Très chère Tatiana, Je te remercie d’avoir pensé à envoyer en mon nom un télégramme à ma mère pour sa fête. Moi, et pour la seconde fois déjà, j’avais oublié de le faire et je n’y ai pensé qu’après le 19 mars. Ma mère sera heureuse de recevoir ainsi mes souhaits. Il me semble que ma lettre précédente a dû donner libre cours à ton imagination sur toutes les maladies qui pourraient m’affliger. Heureusement, je ne me suis pas encore laissé gagner par la mentalité pénitentiaire, sinon (...)

  • Lettre 076 Prison de Turi, 7 avril 1931

    12 mars 2005

  • Prison de Turi, 7 avril 1931 Très chère Tatiana, ... Je ne m’étonne pas que les conférences du professeur Bodrero sur la philosophie grecque t’aient peu intéressées. Il est professeur d’histoire de la philosophie, je ne sais dans quelle Université (dans le temps il était professeur à celle de Padoue), mais il n’est ni un philosophe ni un historien : il est un philologue érudit capable de faire des discours du genre humanistico-rhétorique. Récemment, j’ai lu un article de lui sur l’Odyssée d’Homère, qui (...)

  • Lettre 077 Prison de Turi, 20 avril 1931

    11 mars 2005

  • Prison de Turi, 20 avril 1931 Très chère Tatiana, J’ai reçu les deux photographies et le manuscrit de Delio auquel je n’ai rien compris. Il me semble inexplicable qu’il commence à écrire de la droite à la gauche et non de la gauche à la droite. Je suis content qu’il écrive avec les mains, cela est déjà quelque chose. S’il lui était venu à l’idée de commencer à écrire avec les pieds, ça aurait été certainement plus grave. Puisque les Arabes, les Turcs qui n’ont pas accepté les réformes de Kemal, les Persans et (...)

  • Lettre 078 Prison de Turi, 4 mai 1931

    12 mars 2005

  • Prison de Turi, 4 mai 1931 Très chère Thérèse, J’ai reçu ta lettre du 28 avril. Je crois que toi et Gracieuse vous vous êtes complètement trompées sur le sens des observations que je faisais au sujet de Mea. En premier lieu, j’ai connu Mea en 1924, seulement lorsqu’elle était toute jeune et je ne suis certes pas en mesure de juger de ses qualités et de leur sérieux. En second lieu, et en général, j’évite toujours de juger qui que ce soit en me basant sur ce que l’on a l’habitude d’appeler l’ « intelligence (...)

  • Lettre 079 Prison de Turi, 18 mai 1931

    13 mars 2005

  • Prison de Turi, 18 mai 1931 Très chère Tania, ...Je reçois à l’instant ta lettre du 15 mai et celle de Julie. J’aurais souhaité que tu me donnes tes impressions sur la lettre de Julie. Moi, il m’est encore difficile de voir clair. Il me semble que l’on pourrait identifier un noyau positif : à savoir que Julie a acquis une certaine confiance en elle-même et dans ses propres forces, mais cette confiance de caractère purement intellectuel, rationnel, est-elle profonde ? Il me semble que soit trop (...)

  • Lettre 080 Prison de Turi, 1er juin 1931

    14 mars 2005

  • Prison de Turi, 1er juin 1931 Très chère Julie, Tania m’a transmis l’ « épître » de Delio (je me sers du mot le plus littéraire) avec la déclaration de son amour pour les récits de Pouchkine. Cette lettre m’a plu énormément et je voudrais savoir si Delio a trouvé lui-même cette façon de dire ou s’il s’agit d’une réminiscence littéraire. Je constate aussi avec une certaine surprise qu’à présent tu ne t’épouvantes plus des tendances littéraires de Delio. Il me semble que dans le temps tu étais convaincue que ses (...)

  • Lettre 081 Prison de Turi, 15 juin 1931

    15 mars 2005

  • Prison de Turi, 15 juin 1931 Très chère Tatiana, Je ne t’ai jamais raconté que le mari de Marguerite avait jamais eu la moindre raison d’être jaloux. Je t’ai seulement dit qu’il était jaloux et que cela me paraissait propre à diminuer sa force de caractère et sa capacité de travail, sans autre. Il ne m’est jamais apparu qu’il ait eu des raisons d’être jaloux si tant est qu’il y ait des raisons d’être jaloux (les raisons de ce genre seraient plutôt des raisons de se séparer, mais non d’être jaloux). Voici (...)

  • Lettre 082 Prison de Turi, 15 juin 1931

    16 mars 2005

  • Prison de Turi, 15 juin 1931 Très chère maman, J’ai reçu la lettre que tu m’as écrite avec la main de Thérésine. Tu devrais souvent m’écrire ainsi : j’ai senti dans ta lettre toute ton âme et ta manière de raisonner ; c’était vraiment une lettre de toi et non une lettre de Thérésine. Sais-tu ce qui m’est revenu en mémoire ? Le souvenir m’est revenu très clair du temps où j’étais en première ou seconde élémentaire et que tu me corrigeais mes devoirs : je me souviens parfaitement que je n’arrivais jamais à me (...)

  • Lettre 083 Prison de Turi, 29 juin 1931

    17 mars 2005

  • Prison de Turi, 29 juin 1931 Très chère maman, J’ai reçu une lettre de Gracieuse qui m’apprend avec quel brillant succès Mea a subi ses examens à Cagliari. J’en suis très heureux et je fais à Mea tous mes compliments. J’espère que Mea m’écrira elle-même pour me dire de manière très détaillée en quoi consistent ces examens et pour me donner ses impressions sur Cagliari. Je suis depuis tant de temps hors de la circulation que je ne connais en rien le caractère et le but de ces examens d’admission qui se (...)

  • Lettre 084 Prison de Turi, 20 juillet 1931

    18 mars 2005

  • Prison de Turi, 20 juillet 1931 Très chère Thérésine, Je n’ai pas encore reçu de réponse aux deux lettres que j’ai adressées à maman. Cette fois votre silence m’inquiète. Dans les dernières lettres reçues, il apparaissait que, ces derniers temps, l’état de santé de maman était assez instable. Ce n’est pas bien de me laisser ainsi dans l’anxiété pendant si longtemps. Je me tourne vers toi et je te prie de tout mon cœur de vouloir sincèrement m’informer sur tout, ne serait-ce qu’en quelques mots. Je t’embrasse (...)

  • Lettre 085 Prison de Turi, 3 août 1931

    19 mars 2005

  • Prison de Turi, 3 août 1931 Très chère Tatiana, ... L’une des questions qui m’ont le plus intéressé en ces dernières années a été celle de fixer un certain nombre d’aspects caractéristiques de l’histoire des intellectuels italiens. Cet intérêt naquit, d’une part, du désir d’approfondir l’idée d’État, et, d’autre part, du désir de connaître certains aspects du développement historique du peuple italien. Même en réduisant la recherche aux lignes essentielles, elle demeure toutefois formidable. Il faut nécessairement (...)

  • Lettre 086 Prison de Turi, 17 août 1931

    20 mars 2005

  • Prison de Turi, 17 août 1931 Très chère Tatiana, J’ai fait allusion dans ma dernière lettre à une certaine indisposition qui me fait souffrir. Aujourd’hui, je veux te la décrire le plus objectivement qu’il me sera possible et avec tous les détails qui me paraissent essentiels. Je commence ainsi : à une heure du matin du 3 août, il y a juste quinze jours, j’eus sans que je ml y attende un crachement de sang. Il ne s’agissait pas d’une véritable hémorragie continue, d’un flux irrésistible comme je l’ai (...)

  • Lettre 087 Prison de Turi, 24 août 1931

    21 mars 2005

  • Prison de Turi, 24 août 1931 Très chère maman, J’ai reçu les lettres de Mea, de Franco et de Thérésine, avec des nouvelles sur la santé de tous. Mais pourquoi me laissez-vous tant de temps sans nouvelles ? Même avec la fièvre de la malaria on peut écrire quelques lignes et je me contenterais de quelque carte postale illustrée. Je vieillis moi aussi, tu comprends ? et j’en deviens nerveux, plus irritable et plus impatient. Je fais ce raisonnement : on n’écrit pas à un détenu ou par indifférence ou par (...)

  • Lettre 088 Prison de Turi, 31 août 1931

    23 mars 2005

  • Prison de Turi, 31 août 1931 Très chère Julie, La chose qui m’a le plus intéressé dans ta lettre du 8-13 août, c’est la nouvelle que Delio et julien s’occupent à attraper les grenouilles. Il y a quelques jours, j’ai vu cité dans un article de revue le jugement de lady Astor sur la façon dont en Russie on s’occupe des enfants. (Lady Astor accompagna G. B. Shaw et lord Lothian dans leur récent voyage.) D’après l’article, la seule critique que lady Astor fasse sur ce sujet est la suivante : les Russes ont (...)

  • Lettre 089 Prison de Turi, 7 septembre 1931

    23 mars 2005

  • Prison de Turi, 7 septembre 1931 Très chère Tatiana, J’ai appris par Charles que tu lui as écrit sur mon indisposition une lettre dans laquelle tu t’es montrée pleine d’inquiétude. Le docteur Cisternino lui-même m’a dit avoir reçu une lettre où tu te montres très inquiète. Tout cela m’a fait de la peine parce qu’il ne me paraît pas qu’il y ait eu quelque motif d’être inquiète. Tu dois savoir qu’il m’est arrivé, une fois, de mourir et de ressusciter ensuite, ce qui démontre que j’ai toujours eu la peau dure. (...)

  • Lettre 090 Prison de Turi, 13 septembre 1931

    24 mars 2005

  • Prison de Turi, 13 septembre 1931 Très chère Tatiana, ... Dans l’une de tes cartes postales, celle où tu me parles de tes séances de cinéma et plus particulièrement du film les Deux Mondes certaines de tes affirmations m’ont stupéfié. Comment peux-tu croire que ces mondes existent ? C’est là une manière de penser digne des Cent Noirs ou du Ku-Klux-Klan américain ou des croix gammées allemandes. Et comment peux-tu l’affirmer, toi qui as eu un exemple vivant dans ta famille : a-t-il jamais existé une (...)

  • Lettre 091 Prison de Turi, 13 septembre 1931

    25 mars 2005

  • Prison de Turi, 13 septembre 1931 Très chère maman, J’ai reçu une lettre de Thérésine et une de Gracieuse avec plusieurs lignes écrites de ta main. Je te remercie, mais si écrire te fatigue tant dicte ta lettre à Gracieuse ou à Mea ou à Thérésine et n’écris que ta signature. Comme ça tu pourras m’écrire plus souvent. Je répondrai dans l’ordre aux deux lettres. A Thérésine : pour ce qui concerne mes livres j’avais dit à Charles de ne les donner à lire qu’aux membres de la famille qui le voudraient. Ceci est mon (...)

  • Lettre 092 Prison de Turi, 21 septembre 1931

    26 mars 2005

  • Prison de Turi, 21 septembre 1931 Très chère Tatiana, ... Je vais essayer maintenant de te résumer le fameux schéma Cavalcante et Farinata. 1. De Sanctis dans son essai sur Farinata note l’âpreté qui caractérise le Xe chant de l’Enfer dantesque du fait que Farinata, après avoir été représenté de manière héroïque dans la première partie de l’épisode, devient dans la dernière partie un pédagogue ; pour dire la chose à la manière de Croce, Farinata de poésie devient structure. Traditionnellement, le Xe chant (...)

  • Lettre 094 Prison de Turi, 28 septembre 1931

    27 mars 2005

  • Prison de Turi, 28 septembre 1931 Très cher Charles, J’ai reçu ta lettre du 12 septembre. Tu ne dois pas t’étonner si je ne t’ai pas répondu la semaine écoulée, comme j’aurais d’ailleurs pu le faire ; je dois distribuer mon temps entre les différents correspondants. Les deux livres que tu m’as signalés sont tous les deux dignes d’être achetés, je les connais et je peux t’indiquer toutes leurs insuffisances. L’Histoire de Rome est celle, je crois, écrite non seulement par Hartmann mais aussi par Kromayer. (...)

  • Lettre 095 Prison de Turi, 5 octobre 1931

    28 mars 2005

  • Prison de Turi, 5 octobre 1931 Très chère Tania, ... L’atténuation que tu as apportée à la question que tu t’es posée sur les soi-disant « deux mondes » ne change rien à l’erreur fondamentale de ton point de vue et n’enlève aucune force à mon affirmation, à savoir qu’il s’agit là d’une idéologie qui appartient ne serait-ce que par les bords à celle des Cent-Noirs, etc. Je sais fort bien que tu ne participerais pas à un pogrom ; toutefois pour qu’il puisse y avoir pogrom, il est nécessaire que soit très (...)

  • Lettre 096 Prison de Turi, 12 octobre 1931

    29 mars 2005

  • Prison de Turi, 12 octobre 1931 Très chère Tania, J’ai reçu ta carte postale du 10 octobre qui n’a atténué en rien l’effet provoqué par ta lettre du 2. Cette lettre n’était pas sévère, mais injurieuse à mon égard. Qu’est-ce que ça peut signifier que je joue à « colin-maillard » avec toi et que j’essaie de te « coincer » ? je devrais te répondre avec des paroles dures. Mais je crois qu’il serait préférable d’éviter à l’avenir la répétition de ces incidents désagréables pour ne pas dire plus... C’est pourquoi ton (...)

  • Lettre 098 Prison de Turi, 19 octobre 1931

    30 mars 2005

  • Prison de Turi, 19 octobre 1931 Très chère maman, J’ai reçu ta lettre du 4 et j’ai été fort content de savoir que tu as repris des forces et que tu te rendras au moins pour une journée à la fête de Saint-Séraphin. Comme j’aimais lorsque j’étais enfant la vallée du Tirso sous Saint-Séraphin ! Je demeurais des heures et des heures sous un rocher à admirer cette espèce de lac que le fleuve formait juste sous l’église à cause du barrage construit plus bas dans la vallée ; je regardais les poules d’eau sortir (...)

  • Lettre 099 Prison de Turi, 2 novembre 1931

    31 mars 2005

  • Prison de Turi, 2 novembre 1931 Très chère Tania, ... J’ai toujours oublié de t’écrire au sujet des recours présentés par Umberto pour la révision du procès, que j’ai reçus en son temps et que j’ai étudiés. Les motifs de recours qui me sont propres, j’ai vu qu’ils étaient connus aussi par Umberto et qu’ils ont été exposés par lui. Un motif cependant qui dépendait d’Umberto et que je lui avais moi-même suggéré après notre condamnation n’a été développé ni exactement ni selon son importance. Peut-être pourrais-je (...)

  • Lettre 100 Prison de Turi, 9 novembre 1931

    1er avril 2005

  • Prison de Turi, 9 novembre 1931 Très chère Tania, Je t’écris le jour du cinquième anniversaire de mon arrestation. Cinq années, cela fait un beau petit ensemble et il s’agit en outre de cinq années prises dans la période la plus productive et la plus importante de la vie d’un homme. Mais, désormais, elles ont passé et je n’ai nulle envie de faire un bilan des profits et des pertes ni de larmoyer amèrement sur ce morceau de mon existence qui s’en est allé au diable. Ces années, je crois, coïncident (...)

  • Lettre 101 Prison de Turi, 16 novembre 1931

    2 avril 2005

  • Prison de Turi, 16 novembre 1931 Chère Thérésine, Je te remercie de m’avoir écrit. Je ne recevais plus de vos nouvelles depuis plus d’un mois. J’attends la lettre de la mère que tu m’annonces. Si l’oncle Zacharie venait me rendre visite je le verrais volontiers, mais je crois qu’il ne viendra pas. Depuis combien de temps je ne le vois plus ? Je ne m’en souviens plus. J’ai de lui des souvenirs très vagues, du temps où il était très jeune et moi un gamin. Je crois qu’aujourd’hui il doit beaucoup (...)

  • Lettre 103 Prison de Turi, 14 décembre 1931

    3 avril 2005

  • Prison de Turi, 14 décembre 1931 Très chère Julca, J’ai reçu ton billet du 21 novembre. Tania m’a communiqué la lettre que tu lui as faite et ainsi ton billet s’est trouvé vivifié, il a perdu de son abstraction et de son imprécision. Dans une lettre précédente, tu m’indiquais que tu voulais commencer à étudier et que tu avais demandé l’avis de la doctoresse, avis qui n’avait pas été défavorable. Permets-moi de te faire avec un certain pédantisme une proposition pratique, que je te présente pour ainsi dire (...)

  • Lettre 105 Prison de Turi, 18 janvier 1932

    4 avril 2005

  • Prison de Turi, 18 janvier 1932 Très chère Tania, Durant toute cette période, je n’ai éprouvé aucun malaise aigu ou semi-aigu. Au contraire, relativement parlant, il me semble que je me porte assez bien. Il est vrai que je me trouve toujours sans aucune envie, tantôt très nerveux, tantôt en proie à l’apathie. Je crois que cet état de semi-hébétude doit être une forme de défense de l’organisme contre l’usure permanente que l’on subit en prison à cause de toutes les petites choses et des menus ennuis. On (...)

  • Lettre 108 Prison de Turi, 1er février 1932

    5 avril 2005

  • Prison de Turi, 1er février 1932 Très chère maman, J’ai reçu la lettre de Gracieuse du 15 janvier. Les nouvelles qu’elle me donne ne sont ni trop abondantes ni trop précises, mais elles me donnent au moins la certitude que dans les conditions générales de la santé il n’y a aucune désagréable nouveauté. Je ne sais comment est organisée à Ghilarza l’école d’orientation et quelles sont les matinées d’études pour l’ensemble du cours. J’ai lu dans le Corriere della Sera la discussion qui s’est déroulée au (...)

  • Lettre 110 Prison de Turi, 15 février 1932

    6 avril 2005

  • Prison de Turi, 15 février 1932 Très chère Tania, Je n’écrirai pas non plus cette semaine à Julie pour plusieurs raisons : parce que je me porte plutôt mal, parce que je ne réussis pas à concentrer comme je le voudrais le cours de mes pensées, parce que je ne réussis pas à trouver le comportement le plus convenable et le plus profitable par rapport à sa situation et à son état psychologique, Tout cela me paraît terriblement difficile et compliqué ; je cherche le bout de l’écheveau, mais je ne sais pas le (...)

  • Lettre 112 Prison de Turi, 22 février 1932

    7 avril 2005

  • Prison de Turi, 22 février 1932. Cher Delio, Ton petit tableau très vivant avec des pinsons et des petits poissons m’a plu. Si les pinsons s’enfuient par moment de la petite cage, il ne faut pas les saisir par les ailes ou par les pattes : elles sont délicates et elles peuvent se casser et se déchirer. Il faut prendre tout leur corps à pleine main sans serrer. Étant enfant, j’ai élevé beaucoup d’oiseaux et même d’autres animaux, des faucons, des hiboux, des coucous, des pies, des corneilles, des (...)

  • Lettre 113 Prison de Turi, 29 février 1932

    8 avril 2005

  • Prison de Turi, 29 février 1932. Très chère maman, Dans une lettre du 11, Thérésine m’annonçait une lettre de Gracieuse et peut-être même une de Mea, mais je n’ai rien reçu. J’imagine que, même en Sardaigne, le mauvais temps doit faire rage, enlevant aux gens toute volonté d’écrire. Ici il a neigé beaucoup, plus qu’en 28-29, ce qui avait déjà semblé exceptionnel. Remercie pour moi Thérésine des nouvelles qu’elle m’a envoyées. Je voudrais entendre vraiment les bavardages de la mère Delogu ; j’imagine qu’elle (...)

  • Lettre 115 Prison de Turi, 14 mars 1932

    9 avril 2005

  • Prison de Turi, 14 mars 1932 Très chère Tania, S’il t’arrive d’écrire à P., dis-lui de ma part que je désirerais savoir s’il existe des publications sur les conceptions économiques et sur la politique économique de Machiavel, et s’il lui est possible de me procurer, sans que ça le dérange, le mémoire publié sur la question, il y a quelques années, par le professeur Gino Arias dans les Annali d’Economia de l’Université Bocconi. Peut-on dire que Machiavel a été un « mercantiliste » sinon dans le sens qu’il (...)

  • Lettre 117 Prison de Turi, 21 mars 1932

    10 avril 2005

  • Prison de Turi, 21 mars 1932 Très chère Tania, ... J’ai lu les remarques du professeur Cosmo au sujet dixième chant de l’Enfer de Dante. Je le remercie de ses suggestions et de ses indications bibliographiques. Je ne crois pas toutefois qu’il vaille la peine d’acheter les fascicules de la revue qu’il indique : dans quel but ? Si je voulais écrire un essai à des fins de publication, ces écrits ne seraient pas suffisants (ou tout au moins ils ne me sembleraient pas suffisants et ils détermineraient (...)

  • Lettre 121 Prison de Turi, 4 avril 1932

    11 avril 2005

  • Prison de Turi, 4 avril 1932 Ma chère Tania, ... Je ne désire pas avoir de tabac « macédonia », ni de quelque autre marque ; je suis arrivé, comme je te l’ai déjà écrit, à diminuer notablement ma consommation. J’en suis pour le moment à un paquet de tabac « macedonia » tous les cinq jours ; lorsque j’aurai raffermi cette position, j’essaierai de diminuer encore progressivement. Et puis le café sans caféine ne me sert à rien ; je ne peux pas l’utiliser, On peut de temps à autre avoir de l’eau chaude, mais (...)

  • Lettre 124 Prison de Turi, 18 avril 1932

    12 avril 2005

  • Prison de Turi, 18 avril 1932. Très chère Tania, ... Lorsque j’aurai lu le livre de Croce, je serai fort heureux de t’être utile en t’envoyant une note critique, non une analyse complète, comme tu le désires, parce qu’il serait difficile de la jeter sur le papier de manière improvisée. Du reste, j’ai déjà lu les chapitres d’introduction du livre : ils ont paru à part dans une publication, il y a quelques mois, et je puis déjà commencer à te fixer quelques points qui pourront t’être utiles pour faire des (...)

  • Lettre 125 Prison de Turi, 25 avril 1932

    13 avril 2005

  • Prison de Turi, 25 avril 1932. Très chère Tania, Je ne sais pas encore si les notes que je t’ai écrites sur Croce t’ont intéressée et si elles pouvaient aider à ton travail : je pense que tu me le diras et ainsi je pourrai mieux régler mes indications. Du reste, tiens compte qu’il s’agit de notes et d’indications qui devraient être développées et complétées... Une question très importante me paraît être celle qui se rapporte aux raisons qui expliquent la grande fortune qu’a eue l’œuvre de Croce, ce qui (...)

  • Lettre 126 Prison de Turi, 25 avril 1932

    14 avril 2005

  • Prison de Turi, 25 avril 1932. Ma très chère maman, Il y a juste un mois que je n’ai pas reçu de vos nouvelles : la lettre de Mea et Gracieuse est justement partie de Ghilarza le 24 mars. Je veux espérer que, comme dit le proverbe, « pas de nouvelles, bonnes nouvelles » ou tout au moins événement sans importance. Il y a quelques jours j’ai reçu une carte postale de Thérésine avec les baisers de Didi. Tu diras à Thérésine que j’ai enfin mangé la conserve de gibier qu’elle m’avait envoyée dans le paquet (...)

  • Lettre 127 Prison de Turi, 2 mai 1932

    16 avril 2005

  • Prison de Turi, 2 mai 1932. Très chère Tania, J’ai reçu tes lettres du 23, du 25 et du 27 avril. Je ne sais si je t’enverrai jamais le canevas que je t’avais promis sur les « intellectuels italiens ». L’angle d’après lequel j’observe la question change par moments. Peut-être est-il encore trop tôt pour résumer et faire une synthèse. Il s’agit d’une matière encore à l’état fluide et qui devra subir une élaboration ultérieure. Ne te mets pas en tête de recopier le texte d’introduction sur les Italiens à (...)

  • Lettre 128 Prison de Turi, 9 mai 1932

    16 avril 2005

  • Prison de Turi, 9 mai 1932. Très chère Tania, ... Désormais, il faudra s’en tenir absolument à cette règle : si j’ai besoin de quelques livres je te le dirai. Ces derniers temps les livres qui m’ont été expédiés ne m’ont pas été remis. Pour chaque livre. Je devrais faire une demande au ministère, chose ennuyeuse et absurde. Qu’en penses-tu ? je t’avais écrit de m’abonner à Cultura pour laquelle j’avais obtenu l’autorisation. Je ne sais si ç’a été fait. Je viens de voir qu’elle paraît quatre fois l’an et que (...)

  • Lettre 130 Prison de Turi, 23 mai 1932

    17 avril 2005

  • Prison de Turi, 23 mai 1932. Très chère maman, J’ai reçu la lettre de Gracieuse du 13 mai. Charles m’a dit lundi dernier que tes conditions de santé se sont un peu améliorées. Tu dois avoir reçu de Charles ses impressions sur notre collègue : il m’avait promis de t’écrire tout de suite. Tu diras à Mea qu’elle recevra enfin les fameux pastels promis depuis plus d’un an. Charles les a pris avec lui et a promis de les expédier tout de suite. De la même manière, Thérésine elle-même recevra Guerre et Paix de (...)

  • Lettre 132 Prison de Turi, le 6 juin 1932

    7 mai 2005

  • Prison de Turi, le 6 juin 1932. Ma chère Tania, ... J’essaierai de répondre aux autres questions que tu me poses à propos de Croce, bien que je n’en comprenne pas bien l’importance et que je crois y avoir déjà répondu dans mes lettres précédentes. Relis le passage dans lequel j’ai indiqué l’attitude que Croce a adoptée durant la guerre, et regarde si implicitement on n’y trouve pas la réponse à une partie de tes demandes actuelles. La rupture avec Gentile est survenue en 1912 et c’est Gentile qui s’est (...)

  • Lettre 133 Prison de Turi, 19 juin 1932

    4 mai 2005

  • Prison de Turi, 19 juin 1932. Très chère maman, J’ai reçu les deux lettres de Gracieuse et de Mea du 15 et je fais tous mes compliments à François et à Mea pour leur brillant succès aux examens. J’attends la lettre de François avec beaucoup d’impatience ; j’espère qu’il voudra bien m’expliquer combien il aime étudier, sa première année d’école achevée. Le premier examen est une chose très importante dans la vie : à présent, on peut dire que François est entré dans la société des hommes, qu’il est devenu un (...)

  • Lettre 134 Prison de Turi, 27 juin 1932

    7 mai 2005

  • Prison de Turi, 27 juin 1932 Très chère Tania, J’ai reçu ta carte postale du 20 et la lettre recommandée accompagnée de la lettre de Julie et de Delio. Les lettres de Delio sont intéressantes, n’est-ce pas ? Mais quel sens ont les vers sur l’eau printanière avec lesquels il ferme la lettre qu’il m’adresse ? (c’est-à-dire : à quelle fin les a-t-il transcrits, parce qu’il voulait que je les connaisse ?) Crois-tu qu’il soit bon de lui expédier l’édition italienne illustrée de Pinocchio ? Il existe une (...)

  • Lettre 135 Prison de Turi, 27 juin 1932

    22 mai 2005

  • Prison de Turi, 27 juin 1932 Très chère Julca, J’ai reçu tes feuillets datés de mois et de jours divers. Tes lettres m’ont fait souvenir des contes d’un écrivain français peu connu, Lucien jean, je crois, qui était petit fonctionnaire dans une administration municipale de Paris. L’un de ces contes s’intitule : Un homme dans un fossé. J’essaie de me le rappeler. Un homme avait fort bien vécu un soir ; peut-être avait-il trop bu, peut-être la vue de trop de belles femmes l’avait-elle quelque peu halluciné (...)

  • Lettre 138 Prison de Turi, 1er août 1932

    22 avril 2005

  • Prison de Turi, 1er août 1932 Ma chère Tania, J’ai reçu tes lettres du 26 et du 28 juillet avec la lettre de Julie et les photographies. Celles-ci, malgré les défauts que tu as relevés, m’ont quand même plu. Je crois que Julie, si tant est qu’elle ait beaucoup souffert, n’est pas toutefois dans une condition physique telle qu’elle ne puisse se remettre assez rapidement, à condition qu’elle prenne soin d’elle-même. J’ai lu avec un grand intérêt la lettre de maman ; je crois qu’elle confirme le jugement (...)

  • Lettre 140 Prison de Turi, 9 août 1932

    22 mai 2005

  • Prison de Turi, 9 août 1932 Très chère Tania, J’ai reçu ta lettre du 4 août avec les lettres de Julie. A présent, il me semble que l’on peut effectivement affirmer que Julie est « sortie des abîmes » et qu’une vie nouvelle commence pour elle. Je n’attends pas de toi des diagnostics à distance et par correspondance sur mes maux. En t’écrivant, je m’épanche un peu et tout est là : tu ne dois pas trop te soucier de mes jérémiades. Je ne suis pas content au contraire lorsque tu crois pouvoir me donner des (...)

  • Lettre 143 Prison de Turi, 29 août 1932

    25 avril 2005

  • Prison de Turi, 29 août 1932 Très chère Tania, J’ai reçu ta lettre du 24 avec celle de Julie. J’ai réfléchi beaucoup à ce que tu as écrit pour que je demande qu’un médecin assermenté m’examine de manière complète. Il me semble que tes raisons sont justes, en général, et que le projet est à prendre en considération. Voici mon point de vue : je suis arrivé à un état tel que mes forces de résistance sont sur le point de s’écrouler définitivement, totalement. Ces jours-ci, je me sens plus mal que je ne l’ai jamais (...)

  • Lettre 144 Prison de Turi, 29 août 1932

    25 avril 2005

  • Prison de Turi, 29 août 1932 J’ai reçu ta lettre du 14. Aujourd’hui, je n’ai aucune envie de t’écrire beaucoup. Je lis toujours avec grand intérêt tes écrits qui me donnent quelques heures de sérénité et de contentement. Je suis sûr que les jours de leurs fêtes tu auras dit à Delio et à julien beaucoup de choses en mon nom aussi. Toi tu peux faire cela mieux que moi parce que tu peux parler selon l’image qu’ils se font de moi. Très chère, je t’embrasse tendrement. (...)

  • Lettre 147 Prison de Turi, 12 septembre 1932

    28 avril 2005

  • Prison de Turi, 12 septembre 1932 Très chère Tania, J’ai reçu les deux cartes et les deux lettres du 8 et du 10. Cette dernière surtout, je te le confesse, m’a mis en colère. Lorsqu’il s’agit de médecins et de médicaments, tu ne donnes plus de limites à tes projets et -à tes imaginations, alors que je t’ai recommandé tant de fois de te modérer et de ne pas exagérer dans le zèle. Lorsque j’étais au collège (un petit collège communal à Saint-Lussurgiu, où trois soi-disant professeurs assuraient, très sûrs (...)

  • Lettre 149 Prison de Turi, 3 octobre 1932

    28 avril 2005

  • Prison de Turi, 3 octobre 1932 Chère Tatiana, J’ai reçu ta carte postale du 29 septembre. Elle ne m’a satisfait en rien. Tu n’as à t’occuper en rien de ma vie en prison et tu dois modifier en conséquence, si tu ne veux pas cesser de m’écrire, ta correspondance dans ce sens. Je te prie de ne pas discuter mon désir : je me verrais contraint de refuser tes lettres et tes cartes. Je me dirige seul depuis longtemps et je me dirigeais seul étant encore enfant. J’ai commencé à travailler dès l’âge de onze (...)

  • Lettre 151 Prison de Turi, 10 octobre 1932

    28 avril 2005

  • Prison de Turi, 10 octobre 1932 Très cher Delio, J’ai su que tu as été à la mer et que tu as vu des choses très belles. Je voudrais que tu m’écrives une lettre pour me décrire ces beautés. Et puis as-tu découvert quelque nouvel être vivant ? Au bord de la mer, il y a tout un fourmillement d’êtres : de petits crabes, des méduses, des étoiles de mer, etc. Il y a un certain temps, je t’avais promis de t’écrire plusieurs histoires sur les animaux que j’ai connus dans mon enfance et puis je n’ai pas pu le (...)

  • Lettre 153 Prison de Turi, 24 octobre 1932

    29 avril 2005

  • Prison de Turi, 24 octobre 1932 Très chère Julie, J’ai reçu tes lettres du 5 et du 12 octobre avec la petite lettre de julien et les trois photographies qui m’ont plu beaucoup. Il me semble que ce soit la première fois que je réussisse à me rendre compte de la personne physique de julien bien que les photographies ne soient pas techniquement satisfaisantes. Et julien me paraît être un bambin très beau même physiquement : cela se voit, à mon sens, particulièrement lorsqu’il est photographié dans un (...)

  • Lettre 155 Prison de Turi, 31 octobre 1932

    30 avril 2005

  • Prison de Turi, 31 octobre 1932 Très chère Gracieuse, J’ai reçu ta lettre du 19 avec la nouvelle rassurante sur la santé de maman. Je comprends quel a été ton état d’âme lorsque tu m’as écrit la lettre précédente et tu n’as pas à t’excuser. Je suis resté certes atterré par ces premières nouvelles, d’autant que je ne me sentais pas fort bien moi-même et que j’étais porté à tout voir catastrophiquement. Je suis d’autant plus heureux aujourd’hui des bonnes et rassurantes nouvelles. Tu dois toi aussi te soigner (...)

  • Lettre 156 Prison de Turi, 31 octobre 1932

    1er mai 2005

  • Prison de Turi, 31 octobre 1932 Très chère Tania, Ces jours-ci il court des bruits, parfois extravagants, sur de prochaines mesures gouvernementales de remises de peines et d’amnistie pour les condamnés. Il y en a qui disent nettement que pour ceux qui ont été condamnés pour des faits antérieurs à la création du Tribunal spécial l’amnistie serait entière, si bien que je pourrais me trouver libre (ou déporté sur les confins) dans quelques semaines. Mais s’il faut te dire la vérité, ces nouvelles me (...)

  • Lettre 161 Prison de Turi, 9 janvier 1933

    2 mai 2005

  • Prison de Turi, 9 janvier 1933 Très chère Tania, J’ai reçu ta carte du 2 et le mandat du 3. Je te remercie de tout cœur. J’espère moi aussi ce mois-ci dépenser moins en médicaments parce que le me sens un peu mieux. Dans le mois de décembre, les dépenses que j’ai faites ont été exactement de 122 lires 05, à savoir : pour les médicaments, 60 lires 70, presque la moitié ; pour la poste, 8 lires 80 ; pour des affaires diverses, 52 lires 55, dont 15,08 pour le tabac, 1 lire pour les allumettes et 0,88 pour du (...)

  • Lettre 164 Prison de Turi, 30 janvier 1933

    3 mai 2005

  • Prison de Turi, 30 janvier 1933 Très chère Tania, J’ai reçu tes cartes postales de Bari et de Naples. J’espère qu’à cette heure tu seras reposée des fatigues du voyage et que tu auras repris ta vie normale. La recommandation que tu me fais, dans une carte du 24, « d’être de bonne humeur » pour combattre l’entérocolite m’a fortement intéressé. Du reste, tu as raison. Le tout, c’est de comparer sa vie à quelque autre existence plus triste encore et de se consoler avec la relativité des fortunes humaines. (...)

  • Lettre 165 Prison de Turi, 30 janvier 1933

    4 mai 2005

  • Prison de Turi, 30 janvier 1933. Très chère Julca, J’ai reçu une lettre de toi assez longue. Que julien ait proposé de m’envoyer sa première dent de lait m’a fait grand plaisir : il me semble que ce trait montre d’une manière concrète qu’il sent qu’entre lui et moi un lien réel existe. Peut-être auriez-vous bien fait en m’envoyant la quenotte ; ainsi cette impression se serait-elle fortifiée dans son esprit. Les nouvelles que tu me donnes des enfants m’intéressent énormé¬ment. Je ne sais si mes (...)

  • Lettre 166 Prison de Turi, 14 mars 1933

    5 mai 2005

  • Prison de Turi, 14 mars 1933. Très chère Tania, Je t’écris seulement quelques lignes. Exactement mardi dernier, aux premières heures du matin, alors que je quittais mon lit, je tombai à terre sans pouvoir réussir à me lever par mes propres moyens. Je suis toujours resté au lit ces jours-ci, avec une très grande faiblesse. Le premier jour ]’étais dans un état d’hallucination, si l’on peut dire, et je n’arrivais pas à ajuster une idée à une autre idée et à formuler une idée avec des paroles appropriées. Je (...)

  • Lettre 167 Prison de Turi, 3 avril 1933

    6 mai 2005

  • Prison de Turi, 3 avril 1933 Très chère Tania, Mes conditions de santé n’ont pas changé, avec toujours des oscillations conti¬nuelles. Je suis toujours très faible. La seule donnée objective que je puis te donner est celle de la température. La nuit dernière, je me suis senti plus mal que d’habitude ; aussi ai-je fait des observations. Je sentais vers deux heures du matin une certaine insuffisance cardiaque avec oppression (non des palpitations ni des pincements intermittents, mais comme si le cœur (...)

  • Lettre 169 Prison de Turi, 10 avril 1933

    7 mai 2005

  • Prison de Turi, 10 avril 1933. Très chère Tania, J’ai reçu ta lettre du 4 avec le billet de Delio et la carte postale illustrée. Tu n’as pas mal fait, me semble-t-il, en écrivant que mes conditions de santé s’étaient améliorées. Il n’est pas exact que dans ma lettre d’il y a quinze jours je t’aie écrit que les conditions s’étaient aggravées ; du moins ne voulais-je pas écrire cela. Je voulais dire que les conditions étaient (et sont encore) oscillantes, avec des hauts et des bas : ce qui veut dire, selon (...)

  • Lettre 173 Prison de Turi, 24 juillet 1933

    8 mai 2005

  • Prison de Turi, 24 juillet 1933. Très chère Tania, J’ai reçu ta lettre du 20 courant avec la lettre de Julie. Je crois pouvoir écrire que je vais un peu mieux, malgré que je sache combien de semblables constatations sont précaires. Le changement de cellule et, par là, de plusieurs des conditions extérieures de mon existence, m’a aidé dans ce sens que je peux au moins dormir ou qu’à tout le moins ont disparu les conditions qui m’empêchaient de dormir même quand j’avais envie de dormir, qui me (...)

  • Lettre 177, 8 avril 1935

    9 mai 2005

  • 8 avril 1935. Cher Delio, J’ai reçu ta lettre et j’ai eu des nouvelles de ton activité d’écolier. Les nouvelles de Mowgli t’ont-elles plu ? Ma vie s’écoule un peu monotone, mais de manière assez satisfaisante pour ce qui regarde à la santé. Je regrette beaucoup de ne pouvoir me trouver près de mes chers enfants et de ne pouvoir les aider dans leur travail pour l’école et pour la vie. J’ai lu dans les journaux les résultats du championnat d’échecs, mais moi je ne sais pas jouer : j’ai appris un peu (...)

  • Lettre 178, 25 novembre 1935

    26 mai 2005

  • 25 novembre 1935. Très chère, J’ai reçu tes deux lettres. Je suis plus tranquille que lorsque je recommençai à t’écrire, même si écrire me coûte beaucoup de peine et me laisse pour quelques heures (ou pour quelques jours) dans un état d’irritabilité peu agréable. Tania m’a fait parvenir une partie de ce que tu lui as écrit et m’a transmis d’autres nouvelles. Elle m’a raconté, très amusée, que Delio a pensé à oindre avec de la vaseline un éléphant dont il avait senti probablement avec ses doigts que la peau (...)

  • Lettre 179, 25 janvier 1936

    28 juin 2005

  • 25 janvier 1936. Chère Julca, Ton billet me met dans une situation terriblement embarrassée. Je ne sais pas encore si je dois t’écrire ou non. Il me semble que le seul fait que je t’écrive exerce une contrainte sur ta volonté. Et si, d’un côté, je répugne à exercer quelque contrainte que ce soit sur tes pensées... d’un autre côté je pense (en raisonnant froidement) que parfois la contrainte est nécessaire et qu’elle a du bon. A la vérité, je me trouve dans cette situation depuis de nombreuses années, (...)

  • Lettre 180, 25 janvier 1936

    29 juin 2005

  • 25 janvier 1936. Très cher Julik, Je te fais tous mes souhaits pour le déroulement de ton année scolaire. Je serais très content si tu m’expliquais en quoi consistent les difficultés que tu rencontres dans tes études. Il me semble que si, toi-même, tu reconnais rencontrer des difficultés, celles-ci ne doivent pas être très grandes et tu pourras les surmonter par l’étude : cela ne te suffit-il pas ? Peut-être es-tu un peu désordonné, distrait, ta mémoire ne fonctionne-t-elle pas ou ne sais-tu pas la (...)

  • Lettre 181, 6 mai 1936

    22 septembre 2005

  • 6 mai 1936. Très chère Julca, J’ai relu plusieurs fois ta lettre. C’est comme si, depuis beaucoup d’années, je ne lisais plus tes lettres et que je recommençais avec celle-ci. J’ai beaucoup étudié la photographie de Julik. J’aime beaucoup la pose de notre enfant, mais il me semble qu’il doit avoir tant changé si j’en juge d’après l’image que je m’étais faite de lui. J’attends la photographie que tu me promets. Je ne sais quoi t’écrire après avoir lu ta lettre ; peut-être n’y a-t-il rien à écrire de mon côté (...)

  • Lettre 186, novembre 1936

    14 mai 2005

  • Novembre 1936 Mon très cher Delio Sur Pouchkine, tu peux écrire lorsque tu le voudras ; il est même préférable que tu y penses bien, de façon à me donner une preuve définitive de tes capacités de réflexion, de raisonnement et d’esprit critique (c’est-à-dire de tes capacités à discerner ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est sûr de ce qui est possible et de ce qui est vraisemblable). Tu ne dois pas pour autant devenir nerveux : je connais ton âge, ta préparation et par conséquent je saurai juger (...)

  • Lettre 187, 24 novembre 1936

    15 mai 2005

  • 24 novembre 1936 Très chère Julca, Pour te faire rire, je voudrais t’écrire une lettre toute professorale, pleine de pédantisme de haut en bas, mais je ne sais si j’y réussirai. La plupart du temps je suis pédant sans le vouloir ; je me suis fabriqué un style de circonstance, sous la pression des événements, au cours de ces dix années de multiples censures. Je veux te conter un « petit » événement pour te faire rire et te faire comprendre mon état d’âme. Un jour, lorsque Delio était petit, tu m’écrivis (...)

  • Lettre 188, 24 novembre 1936

    25 septembre 2005

  • 24 novembre 1936. Cher petit Julik, Je vois avec plaisir d’après ta lettre que tu écris mieux ; tu as déjà une écriture de grand garçon. Pour quelles raisons le film Les Enfants du Capitaine Grant t’a-t-il plu ? Tu devrais m’écrire un peu plus longuement et me décrire ta vie, me dire à quoi tu penses, quels livres te plaisent, etc. Je suis content que la montre te plaise ; mais ne crains pas tellement de la porter même dehors ; si elle est bien fixé au poignet tu ne peux pas la perdre à moins que (...)

  • Lettre 189, décembre 1936

    2 juillet 2005

  • Décembre 1936. Chère Julca, Tes lettres me causent toujours une grande émotion... mais (ces maudits mais)... elles me laissent quelque peu agité, en proie à des pensées qui tournent à vide. Tu sais que j’ai la manie du concret, que j’admire les... rapports (doklad) quand ils sont bien faits et les comptes-rendus, même lorsqu’ils sont semblables à ceux des nombreux révérends pères jésuites sur la Chine et où l’on apprend toujours quelque chose même après plusieurs siècles. Chérie, je suis d’une pédanterie (...)

  • Lettre 190, décembre 1936

    18 mai 2005

  • Décembre 1936. Mon cher Delio, J’attends que tu répondes à ma question sur Pouchkine, sans - te hâter ; il faut que tu sois ferré à glace et que tu fasses de ton mieux. Comment cela va-t-il à l’école, pour toi et pour Julik ? Maintenant que vous avez votre bulletin de notes chaque mois, il sera plus facile de contrôler la marche de vos études. Je te remercie d’avoir embrassé très, très fort maman pour moi : je pense que tu dois le faire chaque jour, chaque matin. Je pense toujours à vous ; chaque matin (...)

  • Lettre 191, 5 janvier 1937

    19 mai 2005

  • 5 janvier 1937. Chère Julca, Ma mémoire elle-même n’est pas très bonne (dans ce sens que j’oublie les choses récentes pendant que je me souviens souvent de manière très détaillée, minutieuse, des choses d’il y a dix, d’il y a quinze ans) : toutefois, je suis sûr que bien des fois ce que tu me réponds ne correspond pas à ce que j’avais écrit. Mais cela n’a pas grande importance. L’important est que tu écrives ce qui te vient à l’esprit, spontanément, c’est-à-dire sans effort, facilement. Je lis tes lettres (...)

  • Lettre 196

    20 mai 2005

  • Cher Julik [1], J’ai reçu de tes nouvelles par les lettres de maman et de grand-mère. Mais pourquoi n’écris-tu pas quelques mots ? je suis très content quand je reçois une de tes lettres et combien de choses ne pourrais-tu pas écrire sur ton école, sur tes camarades, sur tes maîtres, sur les arbres que tu vois, sur tes jeux, etc. Et puis... tu m’avais promis de m’écrire quelque chose chaque jour de congé. Il faut toujours tenir ses promesses, même si cela coûte quelque sacrifice et je pense que, pour (...)

  • Lettre 197

    3 juillet 2005

  • Et vive Julik ! J’ai reçu une de tes photographies et j’ai été très heureux de voir ta petite personne. Mais tu dois avoir beaucoup grandi depuis l’autre photographie qui m’a été expédiée il y a déjà longtemps ; oui tu dois avoir grandi et changé. Tu es vraiment un jeune homme maintenant. Pourquoi ne m’écris-tu plus ? J’attends une longue lettre de ta part. Je t’embrasse.

  • Lettre 199

    4 juillet 2005

  • Cher Julik J’ai reçu avec beaucoup d’enthousiasme tes nouveaux dessins : on voit que tu es heureux et cela me permet de penser que tu es en bonne santé. Mais dis-moi - ne dessines-tu des dessins que pour t’amuser ? sais-tu faire sérieusement des dessins pour t’amuser ? Tu ne m’as pas écrit si en classe on t’apprend à dessiner, si tu aimes aussi à dessiner sérieusement. Moi, étant gamin, je dessinais beaucoup mais les dessins étaient plutôt des travaux de patience : personne ne m’avait appris. Je (...)

  • Lettre 200

    5 juillet 2005

  • Cher Julik, Tu as vu la mer pour la première fois. Écris-moi quelques-unes de tes impressions. As-tu bu beaucoup d’eau salée en te baignant ? As-tu appris à nager ? As-tu pris des petits poissons vivants ou des crabes ? Moi, j’ai vu des petits garçons qui prenaient des petits poissons dans la mer avec une brique trouée (creuse) ; ils en avaient rempli un petit seau. Je t’embrasse. ANTOINE.

  • Lettre 201

    24 mai 2005

  • Cher Julik, Tes dessins m’ont beaucoup plu parce que c’est toi qui les as faits. Ils sont également très originaux et je crois que la nature n’a jamais inventé des choses aussi stupéfiantes. Le quatrième dessin représente un animal extraordinaire ; ce ne peut être un scarabée parce qu’il est trop grand et qu’il n’a que quatre grandes pattes en mouvement, semblables à celles des grands quadrupèdes, mais ce n’est pas non plus un cheval parce qu’il n’a pas d’oreilles visibles (dans le premier animal que tu (...)

  • Lettre 202

    25 mai 2005

  • Cher Julik, J’ai reçu ta photographie et ton petit mot, mais les deux choses ne s’accordent guère. Dans ta lettre, tu te plains, tu pleurniches presque comme un bambin de cinq ans, alors que tu es un garçon grand et fort et que tu devrais affronter les événements avec courage et avec un calme tranquille. Toi-même, tu m’as écrit une fois que l’école que tu fréquentes a pour but de ne faire perdre aucune année d’étude ; cela te semble peu de chose ? Et puis il faut voir si les reproches qu’on te fait ne (...)

  • Lettre 203

    26 mai 2005

  • Cher Julien, Tu n’as lu qu’une demi-nouvelle de Wells et tu voudrais déjà juger toute l’œuvre de cet écrivain, qui a écrit des dizaines et des dizaines de romans, des recueils de nouvelles, des essais historiques, etc. ? Cela me semble un « peu exagéré ». Et quelle nouvelle as-tu donc lue ? La plus belle ou la moins bonne ou celle qui représente la moyenne des possibilités de l’auteur ? Le plus grand écrivain de la Grèce antique fut Homère et l’écrivain latin Horace a écrit que même Homère, quelquefois, « (...)

  • Lettre 205

    15 septembre 2005

  • Très cher Giuliano, Tu veux que je t’écrive des choses sérieuses. Fort bien. Mais qu’est-ce donc que ces « choses sérieuses » que tu veux lire dans mes lettres ? Tu es un enfant et pour un enfant même les choses pour les enfants sont très sérieuses, parce qu’elles sont en rapport avec son âge, avec ses expériences, avec les capacités que les expériences et la réflexion sur ces dernières lui ont données. D’ailleurs, promets-moi de m’écrire quelque chose tous les cinq jours ; je serai très content si tu le (...)

  • Lettre 207

    16 septembre 2005

  • Cher Julik, Comment te trouves-tu dans la nouvelle école ? Qu’est-ce que tu préfères : vivre au bord de la mer ou vivre dans le voisinage des forêts, parmi les grands arbres ? Si tu veux me faire plaisir, tu devrais me raconter une de tes journées, depuis le moment où tu te lèves jusqu’au soir quand tu te rendors. De la sorte, je pourrai mieux imaginer ton existence, te voir dans presque chacun de tes gestes. Décris-moi également le milieu, tes camarades, tes maîtres, les animaux, tout en somme. (...)

  • Lettre 208

    17 septembre 2005

  • Cher Delio, Cette fois, tu ne me parles pas des éléphants porteurs d’une éventuelle civilisation. Des éléphants, tu en as en savon et, en ce sens, ils peuvent apporter la civilisation (ou l’un de ses aspects) dans une salle de bain : pauvres éléphants ! Il est vrai que tu me parles de tant d’autres choses et je devrais entreprendre avec toi tout un tas de polémiques. Mais je ne peux pas parce que je souffre de maux de tête et que je n’arrive pas toujours à me concentrer même pour des choses de peu (...)

  • Lettre 212

    18 septembre 2005

  • Cher Delio, Je vois que maintenant tu t’intéresses beaucoup aux singes. La photographie que tu m’envoies est bien réussie : il doit s’agit d’un singe-penseur. Il doit penser aux caroubes qu’il peut manger et aux autres choses que la direction du Zoo lui donnera pour ses repas. Et le perroquet ? J’ai parlé des feuilles de salade, mais je me reportais aux moineaux. Qu’est-ce qu’il mange ton oisillon ? Des végétaux tendres comme la salade ou bien des fruits secs et des légumes comme les fèves, les noix, (...)

  • Lettre 213

    19 septembre 2005

  • Cher Delio, J’ai appris par maman Julie que ma dernière lettre (et d’autres aussi ?) t’a fait quelque peu de chagrin. Pourquoi n’as-tu rien écrit ? Lorsque quelque chose te déplaît dans mes lettres, il est bien que tu me le fasses savoir et que tu me donnes tes raisons. Tu m’es très cher et je ne veux nullement te faire souffrir. Je suis si loin ! je ne peux te caresser et t’aider comme je le voudrais à résoudre les problèmes qui naissent dans ton esprit. Tu dois me répéter la question que tu m’avais (...)

  • Lettre 214

    20 septembre 2005

  • Cher Delio, Pourquoi tu ne me parles plus de ton petit perroquet ? Vit-il encore ? Peut-être que tu n’en parles plus parce que, une fois, j’ai fait la remarque que tu en parlais toujours ? Heureux Delio ! Tatianivka veut que je t’écrive qu’à ton âge j’avais un petit chien et que j’étais devenu à moitié fou de joie de l’avoir. Tu vois ! C’est vrai qu’un chien (même s’il est tout petit) donne beaucoup plus de satisfactions qu’un perroquet (mais toi, tu crois peut-être le contraire) parce qu’il joue avec son (...)

  • Lettre 218

    21 septembre 2005

  • Très cher Delio, Je suis quelque peu fatigué et je ne peux t’écrire beaucoup. Toi, écris-moi toujours et parle-moi de tout ce qui t’intéresse à l’école. J’imagine que l’histoire te plaît, comme elle me plaisait lorsque j’avais ton âge, parce qu’elle s’occupe des hommes vivants et que tout ce qui regarde les hommes du monde qui se rassemblent en société et travaillent et luttent et s’améliorent ne peut que te plaire plus que toute autre chose. Mais en est-il ainsi ? Je t’embrasse. ANTOINE.