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Étude de législation comparée n° 163 - mai 2006 - Le maintien des liens familiaux en prison

00 Note de Synthèse

Mise en ligne : 3 June 2006

Texte de l'article :

 LE MAINTIEN DES LIENS FAMILIAUX EN PRISON
Note de synthèse

En France, le code de procédure pénale prévoit que les autorisations de visite aux détenus, délivrées par le chef de l’établissement, ne peuvent être refusées aux membres de la famille d’un condamné que pour des motifs liés « au maintien de la sécurité ou au bon ordre de l’établissement ».

Les visites se déroulent en principe dans un parloir sans dispositif de séparation, mais en présence d’un surveillant, qui « doit avoir la possibilité d’entendre la conversation ». Les jours et heures de visite, ainsi que leur durée et leur fréquence, sont déterminés par le règlement intérieur de l’établissement. Les condamnés doivent pouvoir recevoir au moins une visite par semaine. En pratique, la durée minimale des visites est d’une heure.

Dans le cadre de sa politique de maintien des liens familiaux, l’administration pénitentiaire a, depuis 2003, ouvert des unités expérimentales de visite familiale (UEVF) dans trois établissements pilotes, le centre pénitentiaire de Rennes, ainsi que les maisons centrales de Poissy et de Saint-Martin-de-Ré. Les UEVF sont destinées à permettre aux détenus de recevoir leur famille dans des conditions de confort, de durée et d’intimité satisfaisantes.

À Rennes, trois appartements de type F3 ont été construits à cet effet dans l’enceinte de l’établissement, mais à l’écart de la zone de détention. Ils se composent d’une salle de séjour équipée d’un coin cuisine, de deux chambres disposant respectivement d’un lit double et de deux lits simples, d’une salle de bains, de toilettes séparées, d’une terrasse et d’un jardinet. Les visites s’y déroulent sans surveillance directe. Le détenu doit commander à l’avance les produits qui serviront à la confection des repas.

Une circulaire de la direction de l’administration pénitentiaire du 18 mars 2003 a précisé les modalités de fonctionnement des UEVF.

L’accès aux UEVF est réservé aux détenus définitivement condamnés et qui ne peuvent pas bénéficier d’un aménagement de peine garantissant le maintien des liens familiaux. Les visiteurs peuvent être soit des membres de la famille justifiant de leur lien de parenté soit des personnes avec lesquelles le détenu a un lien affectif durable, la réalité de ce lien faisant l’objet d’une enquête.

Les visites en UEVF sont autorisées par le responsable de l’établissement pénitentiaire après consultation du personnel, ainsi qu’à la suite d’entretiens avec les futurs visiteurs et avec le détenu. Les décisions de refus ne peuvent être justifiées que par des motifs tenant à la sécurité.

La durée de la visite - entre 6 et 48 heures - est déterminée par le chef de l’établissement en fonction du dossier et de la demande de l’intéressé, ainsi que des possibilités d’accueil. La circulaire recommande un allongement progressif des visites. Une fois par an, une visite de 72 heures peut être accordée. Les visites en UEVF sont limitées à une par trimestre.

Pendant la visite, les personnels pénitentiaires ont la possibilité de pénétrer dans les UEVF. Les contrôles ont lieu à des heures précisément fixées selon des modalités figurant au règlement intérieur, communiqué préalablement au détenu et à ses visiteurs.

Le caractère expérimental des visites familiales conduit à s’interroger sur la situation à l’étranger. La présente étude examine donc les normes qui régissent actuellement les visites familiales dans plusieurs pays étrangers ainsi que la pratique qui y est observée. Les pays suivants on été retenus :
l’Allemagne, l’Angleterre et le pays de Galles, le Danemark, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Suède et le Canada. Ni le cas particulier des détenus mineurs ni celui des personnes placées en détention provisoire n’ont été étudiés.

L’analyse montre que :
- les visites familiales sont couramment admises, voire encouragées, au Danemark, en Espagne, en Suède et au Canada ;
- aux Pays-Bas et dans plusieurs Länder allemands, certains détenus bénéficient de visites familiales ;
- en Italie ainsi qu’en Angleterre et au pays de Galles, quelques expériences sont menées pour promouvoir le maintien des liens familiaux des détenus.

1) Les visites familiales sont couramment admises, voire encouragées, au Danemark, en Espagne, en Suède et au Canada

En Espagne et au Canada, les textes détaillent les droits des détenus en matière de visites familiales. En revanche, au Danemark et en Suède, la plupart des établissements pénitentiaires sont aménagés pour accueillir les familles, notamment les enfants, mais en dehors de tout cadre normatif précis.

a) Les visites familiales font l’objet de dispositions normatives très
précises en Espagne et au Canada

En Espagne, le régime des visites familiales est déterminé par le principal règlement d’application de la loi pénitentiaire et par une circulaire de la direction générale des institutions pénitentiaires. Ces deux textes accordent aux détenus qui ne peuvent pas bénéficier de permissions de sortir le droit de bénéficier de :
- une visite familiale par mois, dont la durée est comprise entre une et trois heures ;
- une visite à caractère intime par mois, dont la durée est également comprise entre une et trois heures ;
- une visite conviviale trimestrielle, d’une durée maximale de six heures.

Toutes ces visites ont lieu dans des locaux annexes spécialement aménagés. Les visites à caractère intime sont réservées aux personnes qui peuvent apporter la preuve écrite d’une relation affective stable d’au moins six mois, tandis que les visites conviviales sont réservées aux détenus, mariés ou non, mais qui, avant leur incarcération, vivaient au sein d’un couple stable, ainsi qu’à leurs enfants de moins de dix ans.

Au Canada, les textes, qui insistent sur l’importance du maintien des relations familiales dans la réinsertion sociale des détenus, donnent aux personnes condamnées à une peine privative de liberté d’au moins deux ans la possibilité de bénéficier de visites familiales prolongées. Tous les deux mois, les détenus peuvent, dans le cadre de visites familiales privées, recevoir leurs proches dans des appartements meublés situés à l’extérieur de l’aire de détention de l’établissement. Les visites familiales privées ont une durée maximale de 72 heures.

b) Le Danemark et la Suède accordent une attention particulière aux liens entre les détenus et leurs enfants

Dans ces deux pays, les dispositions normatives sont peu développées, mais les visites familiales sont couramment admises.

Au Danemark, dans la plupart des prisons, il existe un quartier réservé aux visiteurs, qui comprend une salle de jeux, et les visites ont lieu dans des parloirs individuels, qui sont meublés comme des salons familiaux.

En Suède, les visites ont lieu soit dans des parloirs individuels meublés soit dans les cellules ou dans les espaces collectifs de l’établissement, selon que l’intéressé est détenu dans un établissement fermé ou non. De plus, un tiers des établissements sont pourvus d’appartements réservés aux visites familiales.

Dans les deux pays, des efforts sont faits pour l’accueil des enfants. Du reste, en Suède, la Direction de l’administration pénitentiaire a décidé que chaque établissement devait désigner, à partir du 1er septembre 2005, un délégué pour les enfants.

2) Aux Pays-Bas et dans plusieurs Länder allemands,
certains détenus bénéficient de visites familiales

Aux Pays-Bas, les visites sont généralement surveillées et ont lieu dans des parloirs collectifs. Cependant, les établissements jouissent d’une grande autonomie pour déterminer le régime des visites, de sorte que les directeurs peuvent décider d’accorder aux détenus qui purgent de longues peines des visites non surveillées, qui se déroulent dans des parloirs individuels meublés. Par ailleurs, plusieurs établissements ont aménagé des parloirs pour les enfants.

De même, en Allemagne, la pratique est variable, d’une part, à cause de l’absence de dispositions explicites sur les modalités des visites dans la loi sur l’exécution des peines et, d’autre part, parce que chaque Land dispose de sa propre administration pénitentiaire. Depuis le milieu des années 80, certains établissements pénitentiaires donnent aux détenus qui purgent de longues peines la possibilité de recevoir leur famille dans le cadre de visites « de longue durée ». Ces visites durent en règle générale trois heures. Elles ont lieu plusieurs fois par an, mais ne constituent jamais un droit. Elles peuvent se dérouler dans des parloirs individuels spécialement aménagés.

3) En Italie ainsi qu’en Angleterre et au pays de Galles, quelques expériences sont menées pour promouvoir le maintien des relations familiales des détenus

En Italie, où les visites ont généralement lieu dans des parloirs collectifs, quelques expériences sont menées pour promouvoir le maintien des liens entre les détenus et leurs enfants (aménagement de salles de jeux, d’espaces verts, etc.).

De même, en Angleterre et au pays de Galles, les visites continuent à avoir lieu dans des parloirs collectifs, sans la moindre intimité, mais quelques établissements s’efforcent d’encourager la venue des familles, en organisant par exemple des journées réservées aux familles, des repas familiaux ou des visites d’enfants.

Dans les deux cas, ces expériences sont en général réalisées avec le
concours de bénévoles.