Ban Public
Le portail d’information sur les prisons
Suisse : Quels Choix de réinsertion chez nos voisins helvétiques ?

Publié le Tuesday 17 July 2007 | http://prison.eu.org/suisse-quels-choix-de-reinsertion/

Echange de deux visiteurs de l’ANVP d’Alsace avec le Service de la probation du canton de Berne, le 13 décembre 2005.

Le canton de Berne, deuxième pour la population avec environ 1 million d’habitants, compte trois centres pénitentiaires pour quelque 500 personnes détenues.
S’il existe en Suisse une association nationale des services de réinsertion, chaque canton, du fait du système fédéral, dispose d’une grande latitude d’approche et de traitement des problèmes posés par la réinsertion.
Dans le canton de Berne, la « Section de la probation et des formes particulières d’exécution des peines » (S.P.F.P.) est animée par deux cadres, dont notre hôte : Madame Pia Adolf, et dispose d’une trentaine d’assistants sociaux et d’environs 300 collaborateurs bénévoles. L’importance des ressources humaines mobilisées frappe d’emblée le visiteur de prison français en relation avec les SPIP.
Il faut dire que ce service a un champ d’action assez large :
Du fait du principe de base retenu dans ses activités : l’assistance continue ;
Par la diversité des populations suivies : détenus, condamnés avec sursis, condamnés à des peines de substitution (Travail d’intérêt général et « Arrêts domiciliaires »), libérés de détention préventive, libérés avec sursis ou définitivement ;
Par la variété des prestations recherchées en commun : matérielles (logement, travail en partenariat avec une fondation spécialisée et autres), psychologie (analyse et thérapie), sociales (appuis à la reprise d’une vie sociale, puis en vue d’une réparation des dommages causés) et enfin, en liaison avec la Justice, rédaction de rapports sociaux et volonté d’éviter ou de raccourcir certaines peines d’incarcération aux « conséquences néfastes ».
Par la mise en place et le suivi des travaux d’intérêt général qui peuvent se substituer aux courtes peines (un à trois mois) et avec de nombreuses possibilités de placement - environ 600 - dans des institutions publiques du canton, connaissent une issue en général favorable ;
Par l’organisation et le contrôle des « Arrêts domiciliaires » (sorte d’assignation à résidence au domicile) dont peuvent bénéficier les personnes condamnées à une peine de un à douze mois ou, pour leur fin de peine, celles condamnées à plus de 18 mois. Un programme individuel d’activité d’un minimum de 20 heures par semaine (travail, formation ou autre occupation) est alors imposé et surveillé électroniquement ;
Enfin, le Service assure seul le recrutement (sans autre intervention de la Justice que la seule prise en compte du casier judiciaire) et la responsabilité totale des actions des quelque 300 collaborateurs bénévoles.
Ces collaborateurs sont liés par contratIl définit les missions larges et permanentes avant, pendant et souvent longtemps après les incarcérations ou les autres formes d’exécutions de peines de la personne confiée (une seule !) ;
Engage à un partenariat étroit avec l’Assistant(e) social(e), en particulier dans tous les cas de situation difficile ;
Evoque la nécessité du secret professionnel (pouvant aller jusqu’à l’utilisation de pseudonyme pour entretien avec des tiers) ;
Rappelle enfin aux collaborateurs l’entière responsabilité de leurs actes, l’ultime responsabilité étant elle assumée par l’Assistant(e) social(e) concerné(e).
Une formation initiale mais aussi continue est assurée aux bénévoles. Comme leur est acquis l’appui permanent des assistants sociaux et du Bureau de la collaboration bénévole.
Outre les conventions d’assurances habituelles (RC, tous risques voiture et accidents professionnels), une indemnité partielle pour les frais en relation avec l’encadrement est versée aux collaborateurs.
En résumé, pour un visiteur de prison français, ce « Service de la probation et des formes particulières d’exécutions des peines » du canton de Berne semble caractérisé :
Par l’importance des moyens, humains surtout, mobilisés et sa très large autonomie dans l’approche et la mise en oeuvre de la politique de réinsertion (cherchant aussi à éviter ou à réduire les incarcérations) ;
Par une implication forte des collaborateurs, y compris des 300 bénévoles (visiteurs) dans l’aide apportée et la diversité des appuis proposés aux personnes suivies ;
Enfin, par un partenariat développé avec la Justice (pour les aménagements de peines), les établissements publics (pour les peines de substitution (TIG) et les organismes spécialisés (pour la recherche de travail).
En regrettant que le manque de temps n’ait pas permis d’évoquer plus en détail les résultats atteints, ce qui fut signalé dans l’entretien semblait toutefois probant. L’optimisme et l’énergie ressentis chez les responsables du service doivent eux aussi avoir leur signification

Daniel Deffarges
Visiteur à la maison d’arrêt de Mulhouse