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(2006) Blog 08 Ecrivain Public en Maison d’Arrêt

Publié le Tuesday 3 October 2006 | http://prison.eu.org/spip.php?article8558/

Ecrivain Public en Maison d’Arrêt

1019 Jours de détention... en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie

Mon activité : un métier ? en tous cas, un service...

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas toujours...
En effet, pour moi, il y a du neuf qui devrait me permettre de vivre « autrement » et de me sentir « mentalement » utile.
Tu vois, il suffit parfois de savoir attendre. A mon arrivée, j’avais fait connaître ma disponibilité et mon souhait d’être occupé à la bibliothèque dès qu’une place se libérerait...
Il y a quelques jours, j’ai renouvelé ma demande... ce ne fut pas en vain...
Depuis quelques jours, j’ai pris de nouvelles fonctions, celles d’écrivain-bibliothécaire.

Mon emploi d’écrivain-bibliothécaire peut être défini comme un service aux détenus : je les aide et/ou rédige pour eux, sous leur dictée (mais avec des mots corrects), toutes sortes de courriers administratifs, judiciaires ou internes à la prison, et même plus personnels, à leur famille/épouse/ copine/enfants....
Mon rôle n’est pas de conseiller, mais de transcrire et il peut m’arriver de faire des demandes « inutiles » (à mes yeux), mais « demandées » par les intéressés. Même si celle-ci ne sert à rien, c’est leur droit et cela leur fait du bien (ce qui est déjà pas mal).
Cette fonction d’écrivain me permet de côtoyer un « public » qu’on ne peut pas imaginer (mais qui est bien réel, crois-moi) - des jeunes de 20-25 ans qui ne savent ni lire, ni écrire bien qu’étant français ; pour les étrangers, c’est plus compréhensible, mais chaque jour m’apporte des « surprises » désagréables ; où va-t-on ?
Tu te doutes bien que cet emploi ne me pose aucun problème « intellectuel ».

Il y a une partie très répétitive et formelle. Il me faut parfois composer pour présenter au mieux les demandes ou justificatifs.
Il m’arrive même de créer des « lettres d’amour ».

Tu vois, je ne m’ennuie pas...
Ce qui représente, par jour, au minimum une vingtaine de documents, rarement plus de trente, et cela d’un intérêt (pour moi) d’inégale valeur, parfois quelques lignes, parfois plusieurs pages pour expliquer au juge, une situation compliquée que l’intéressé ne saura pas (ne pourra pas) mettre en valeur dans le peu de temps qui va lui être donné. Et je pratique le principe : « l’écrit reste »... et on ne peut pas dire qu’on ne l’a pas reçu.
En plus de cela, j’essaie de renseigner, à leur demande, les détenus sur leur avenir, en consultant le Code Pénal (CP), le Code de Procédure Pénale (CPP), et le Guide du prisonnier (édité par l’OIP - Observatoire International des Prisons).
Je peux te préciser que mon « activité » se passe en bibliothèque lorsque c’est leur jour de bibliothèque ou en étage, pour des demandes « urgentes » ou plus complexes et/ou plus confidentielles ou si ce n’est pas leur jour. Ainsi donc, cela me fait « voyager » et tout le monde me connaît. On m’appelle « l’écrivain », c’est mon nouveau « nom », ça me plait plus que « papy » et « pépé » qui, en situation « normale », m’aurait été attribué...

A ce travail d’écriture, s’ajoute la surveillance de dictionnaires, encyclopédies, livres en langue étrangère et œuvres diverses + la presse (le RL et une dizaine de revues, Paris Match, NouvelObs, Marianne, entre autres) qui sont « à consulter sur place ».

Pour cette tâche de surveillance, j’ai un acolyte qui s’efforce de surveiller la porte de la salle pour éviter que les ouvrages et revues précitées partent en cellule et en privent d’autres.

Avantage pour moi : cette activité m’occupe bien, de 8 h à 11 h et de 14 h à 17 h, chaque jour, sauf le samedi après-midi et le dimanche. Aussi l’inactivité et l’inutilité de mon temps m’obsèdent moins.
Autre avantage : les conditions matérielles. Je bénéficie d’une cellule « seul » (9 m²) que je peux aménager, à mon goût, sans gêner les autres, et ce, tout en respectant ce qui est permis/toléré. J’ai accès aux douches, chaque fois que je le souhaite... De plus, j’ai droit à un casse-croûte : fromage ou charcuterie (chaque jour) + 2 litres de lait et 2 l de jus d’orange (très bon) par semaine. Et une fiche de paie de 110 à 120 € selon le nombre de jours.
Il me paraît évident que la nature de l’emploi et mon âge appellent le respect aussi bien des détenus que des surveillants : « on ne me casse pas la tête » comme on dit ici.
Bref, la vie s’organise, la qualité de ma vie s’améliore.
Il n’empêche bien sûr que mon souhait le plus cher reste de quitter ces lieux dès que possible et de rejoindre les miens et tous nos amis.
Voici donc ce qui me occupe 6 heures de mes journées.

La bibliothèque

Il y a encore, dans une salle vis-à-vis de la nôtre, deux bibliothécaires qui assurent le prêt et l’entretien de plus de 5.000 volumes (en tout genre) et des centaines de BD (dont j’ignorais l’existence même) qui peuvent être emportés en cellule (3 à la fois).
En plus de nous, il y a au sein de l’Ecole, une enseignante qui assure le suivi et l’approvisionnement, en nouveautés, et selon des demandes spécifiques d’intérêt général. En cas de demande particulière, elle peut, pour le détenu, emprunter à la Médiathèque.
C’est donc toute une organisation qui s’adresse aux 600 détenus qui peuvent venir 2 fois par semaine en bibliothèque (par roulement).
Il faut avouer que pour certains, ce n’est qu’un lieu de détente, et de convivialité, une occasion de sortir de leur cellule.
Aussi, nous sommes dans une salle de 30 m², en permanence, une dizaine (parfois une vingtaine) de personnes.

A suivre sur le blog

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