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1C La création d’entreprise par un public anciennement détenu

Publié le Saturday 24 June 2006 | http://prison.eu.org/1c-la-creation-d-entreprise-par-un/

C. La création d’entreprise par un public anciennement détenu

Comme nous venons de le voir, un porteur de projet n’ayant pas eu de vie carcérale fait face à bien des difficultés pour créer une entreprise. Une personne anciennement incarcérée rencontre des difficultés supplémentaires, dont témoigne Arnaud Berger de l’ADIE en expliquant que "les anciens détenus qui créent leur entreprise sont peu nombreux ». Etudions ces difficultés spécifiques à ce public, en plus de celles que nous avons déjà vu.

 1. Législation
Selon la loi du 7 mai 2005 relative aux incapacités en matière commerciale des personnes anciennement détenues, toute détention de plus de trois mois ferme entraîne une interdiction de l’exercice du commerce [1]. Celle-ci peut être rejugée, mais au prix de démarches administratives assez complexes et souvent décourageantes pour la personne anciennement détenue. Par conséquent, les activités les plus souvent créées sont des activités ambulantes.

 2. Les troubles psychiatriques
Dans un cadre pénitentiaire, « la probabilité de présenter des troubles psychiatriques est plus élevée pour les individus sans activité professionnelle avant l’entrée en détention et pour ceux ayant des antécédents judiciaires. Selon l’enquête, la probabilité de présenter un trouble psychiatrique est de 55 % pour un prévenu de sexe masculin, âgé de 30 ans, sans antécédents judiciaires et incarcéré pour une atteinte aux biens. Elle atteint 60 % s’il a déjà eu affaire à la justice, et 61 % s’il est incarcéré pour crime, à situation de référence identique [2]. »

 3. Précarité et exclusion
Le travail est le lieu privilégié de l’intégration sociale. Hormis l’aspect financier, il fournit un statut, une existence. Or 59 % des sortants de prison sont sans emploi. La prison a été une sacrée coupure qui, cumulée à une période de chômage, ne leur permet plus d’être en lien avec le monde actuel et les met dans une situation de détresse, d’autant plus quand la famille n’est pas présente pour les soutenir.
On repère ainsi 3 grands domaines de détresse psychologique chez les publics marginalisés : le manque de confiance en soi, l’anxiété et les troubles psychosomatiques liées à l’angoisse et l’incapacité à faire face au quotidien.

 4. La spécificité culturelle
En 2003, 21.4% de la population carcérale était d’origine étrangère, il est donc important de souligner cette portion de la population. Il faut savoir que, d’une manière générale, le taux de pérennité des entreprises créées par des personnes immigrées ou d’origine immigrée est plus faible que celui des créations en général (Ibid), taux d’autant plus accentué avec des personnes sortant de prison. Ceci peut s’expliquer par 3 facteurs principaux qui sont des difficultés langagières, des différences de culture qui supposent des différences de management d’entreprise et enfin une discrimination de la part de la population locale.

 5. Le raisonnement logique
En 2001, on comptait 10,5 % des personnes incarcérées illettrées [3]. En plus du handicap que cela cause en terme de lecture et de rédaction, les notions d’espace, de temps et de nombre sont altérées. « Certaines personnes peuvent ainsi avoir des difficultés à se présenter à l’heure à un rendez-vous, ne pas savoir lire l’heure, ne pas pouvoir calculer le temps, utiliser un agenda, tenir des comptes, etc. » (Ibid)

 

[1] Extrait de la loi du 7 mai 2005 : « Nul ne peut, directement ou indirectement, pour son propre compte ou pour le compte d’autrui, entreprendre l’exercice d’une profession commerciale ou industrielle, diriger, administrer, gérer ou contrôler, à un titre quelconque, une entreprise commerciale ou industrielle ou une société commerciale s’il a fait l’objet depuis moins de dix ans d’une condamnation définitive »

[2] DRESS. 2002. La santé mentale et le suivi psychiatrique des personnes détenues accueillis par les services medico-psychologiques régionaux

[3] Véronique MISTYCKI. Janvier 2001. « Quand la prison débouche sur la création ». Créascopie