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Ma liberté par les prisons passe mais demeure l’insoumission

Publié le Wednesday 15 May 2002 | http://prison.eu.org/ma-liberte-par-les-prisons-passe/

Lettre au sujet du Colloque

ÉCHEC ET MAT
"Les prisons il paraît que ça existe encore ? »
des 29 et 30 septembre 2000

Colloque organisé par le Barreau du Val de Marne en collaboration avec le T.G.I de Créteil, la faculté de Droit de Paris St Maur (Paris XII) et l’École Doctorale de Droit, Europe et Société.

Je ne vous retracerais pas point par point le détail de cette journée et demie de monologues et de lectures. De statistiques et de réflexions rabâchées depuis plus de 100 ans. Je parlerais des personnes que j’ai entendu, de ce qui c’est dit et de ce que sous entendait certains discours. La chose étant public, je peux citer les noms, chacun par le sien, petits et grands comme le veut la formule des cartes postales qu’on envoie aux familles pour distribuer à chacun son bisou. Cette famille d’intellectuels réunis a embrassé d’un baiser mortifère chaque individu composant l’assistance... qui applaudissait à chaque intervention même lorsqu’on entendait des discours contraires.

Tout d’abord, ces représentants du gouvernement via le ministère de la Justice qui se sont mis à parler du statut des détenus en découpant chacun en tranche comme ce cruel supplice chinois qui voyait un condamné écorché vivant en cent morceaux. Ces représentant on découpé le détenu en 100 morceaux pour nous mettre à l’étal le prisonnier toxicomane puis le détenu malade mental ensuite malade tout court etc. De la même façon qu’on découpe en quatre tranches l’humain comme l’enfant, la femme, l’homme et le vieillard afin que chacun choisisse selon sa sensibilité la tranche sur laquelle il va jouir de chagrin ou pleurer d’humanisme. Voilà donc Madame GORCE sous directrice des personnes placées sous main de Justice qui nous dit qu’il faut absolument établir un statut du détenu alors que les gouvernements de gauche comme de droite ne veulent même pas reconnaître l’existence des Prisonniers Politiques en France victimes de Lois d’exceptions et subissant depuis X années les pires conditions de détention comme 12 ans de Maison d’arrêt pour certains (Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron du groupe Action Directe par exemple).

Messieurs les Sénateurs qui après un mea culpa applaudit se sont sincèrement attelés à la tâche d’espérer transférer la population carcérale du zoo de Vincennes vers la réserve de Thoiry. L’un d’eux s’est tout de même consolé en disant que sa visite du C.J.D (centre de jeunes détenus sans e, les délinquantes mineures n’étant pas assez nombreuses pour être comptées parmi les âmes à sauver, elles n’ont pas de Centre de Jeunes DétenuEs) et de la nurseries de la M.A.F (Maison d’arrêt des Femmes) étaient dignes d’humanité dans sa conception architecturale et par le soin des personnels pénitentiaires à faire de ces prisons des lieux de vie.

Je suis ravi que ce Sénateur (Mr Cabanel ou Mr M.P. Clach, peu importe lequel puisqu’il s’agit des masques de Janus) se soient réjouis de savoir des enfants/adolescents incarcérés et canalisés dans la propreté morale et des Bébés incarcérés jusqu’à l’âge de 18 mois avant le double traumatisme d’être arrachés très humainement à leur mère dont la culpabilité fera des détenues modèles dans cette école, non pas du crime mais de la soumission, de la sournoiserie de l’hypocrisie, qu’est la prison.

Oui, il y a des Bébés en prison, ils y naissent et avant toutes réformes, la première serait la libération immédiate de ces mères et de leurs bébés. Là, les alternatives devraient jouer dans un réflexe de simple logique.

J’ai entendu des discours, misérabilistes, réformistes, humaniste et très peu d’intelligence politique. Un colloque de comptables plus que de juristes mais ce n’est pas un reproche bien au contraire puisqu’il me fait prendre conscience en tant qu’ancien détenu des personnes contre qui j’ai lutté avec une seule arme :

Celle d’avoir su que je n’étais pas privé de ma Liberté mais enfermé avec ma Liberté.

Libre à moi ensuite de la soumettre et d’en payer le prix (la haine) dehors ou de la révolter et d’en payer cash le prix dedans (la fin totale de la peine).Le père Cachot nous a lu des bribes de paroles de détenus, elles ont été droit au coeur du public ces paroles qui au lieu de pousser les détenus dans l’action (la conscience politique) les fait basculer dans l’espoir (la religiosité). Ces paroles émouvantes ont aussi été applaudit. Des paroles coléreuses d’impuissance, des paroles coupables de culpabilité, des paroles criminelles de victimes. Oui, les oreilles ont reçu là, par le témoignage du père Cachot, ce qu’elles voulaient entendre. Non pas la parole de celui qui se confrontent avec la réalité du quotidien carcéral mais celle de ceux qui s’évadent dans le déni en renvoyant la faute au divin. Évidemment, comme entre l’esprit et le coeur il y a toujours une couille, il est préférable pour moi d’aller au diable que de revenir à dieu. Le Père Cachot nous a donné la parole de ses ouailles qui acceptant la prison s’en plaignent à Dieu plutôt qu’à Ste Guigou tant il est dangereux de dire trop haut ce qu’on vit tout bas... à voix basse dans l’anonymat.

Mon Père, donnez nous la parole des Prisonniers Politiques ou non gréviste de la faim qui quand bien même croyant refuse de manger l’hostie avant de mourir.

Mon père donnez nous la parole des prisonniers que l’Administration Pénitentiaire aux ordres de l’État fait tourner dans les quartiers d’isolement des prisons françaises (ce qui est pire que le mitard) non pas pour cause de dangerosité mais bel et bien pour qu’il n’est plus de territoire pour conscientiser par l’exemple la population pénale. Pour qu’ils ne puissent pas casser le caïdat des petites frappes qui font des misères à leur codétenus sous prétexte d’une hiérarchie des délits dont eux même sont en deçà de ceux qu’ils persécutent pour le plus grand soulagement des personnels pénitenciers qui eux même dénoncent aux lâches imbéciles incarcérés leur victime.

Mon père enfin, donnez nous la parole des pendus qui vous tirent la langue et celle des pédophiles eux même souvent victimes dans l’enfance et qui ont fait leur la parole du Christ "Laissez venir à moi les petits enfants" Jésus aurait peut-être du préciser pourquoi les petits enfants et pas les autres ? Cela aurait éviter des malentendus...

Mon père, vous la connaissez la parole de ces détenus qui vivaient déjà détruit, avant incarcération, par l’euthanasie sociale. Faites nous donc ce miracle de les remettre debout plutôt qu’à genoux.

Parlez en avec Madame Liliane Chenain Déléguée régionale de l’Association Nationale des visiteurs de Prison et son fan club présent dans le public qui vont voir les détenus avec le coeur sur la main, paume bien ouverte afin qu’il soit bien mis en évidence ce coeur. Ces visiteurs de Prison qui savent très bien qu’un détenu demande à les voir pour tenter d’améliorer l’ordinaire par un petit mandat, un petit service ou une aide socio-administrative afin d’aménager sa peine... Oui, vous achetez des âmes en croyant gagner des confiances... Sauf exception bien sûr. Et en échange de ces paroles données, je vous offre celle ci :

La prison n’est pas la peine privative de liberté mais la peine d’amputation d’humanité.

Ouf, enfin, il y avait une parole de détenu, Mr Loïc Le Floch Prigent membre du groupe Mialet qui nous a dit à quel point un doigt dans le cul était humiliant lors des fouilles à corps. Dites moi Mr Prigent, vous n’avez pas le rectum susceptible comme l’ont les voyous qui tueraient pour la simple insulte d"enculé ! ". Vous n’avez pas non plus sourit au trou du cul qui voulait en voir un autre lors d’une fouille. J’ai par dévers moi des rapports disciplinaires et discipli nerfs pour avoir refusé de me pencher en avant et de tousser. En quinze ans, mes hémorroïdes peu présentables n’ont jamais eu à subir la moindre petite PHALANGE. D’où vous vient cette idée d’une fouille rectale ? Il aurait fallu que quatre surveillants vous sautent dessus pour que cela se produisent. Votre témoignage Monsieur Prigent dé crédibilise non pas la vérité mais la réalité carcérale. Si il y a des fouilles poussées, c’est le fait de surveillants qui ont à faire à un détenu si soumis, primaire, vivant dans la peur de tout et tous. Là, Monsieur Prigent, il n’est plus question de la prison mais du nazisme de quelques surveillants sadiques et pervers comme l’étaient les violeurs de la misère des détenus travestis du bâtiment D5 de la prison de Fleury-Mérogis.

Dites ce que vous voulez, je vous donne le droit à cette arme qu’est la mauvaise foi puisqu’en face elle est largement utilisée, mais faite attention de ne pas l’avoir réellement dans le cul lorsque la contradiction viendra vous mettre le nez dans votre fantasmatique merde.

Enfin une parole de détenu OUF ! Pardon, j’oubliais le P... POUF !!

A votre décharge Mr Prigent, ce lien intéressant entre la question moyenâgeuse et l’automutilation du à notre système carcérale moderne. Oui, l’esprit souffrant s’auto-torture et cherche la douleur physique pour distraire la conscience de la torture blanche. Merci de cette piste que je pense réelle.

Quel plaisir d’entendre Madame Claire Marliac-Négrier nous parler du bracelet électronique. Un bracelet, au poignet ou à la cheville, le premier symbolisant une main coupée et le second une entrave au pied de la liberté, à la cheville de la fraternité, au moignon de l’égalité pour que marche vers l’avenir les culs de jatte de l’humanité ? Ah Madame Négrier, à quand ces troupeaux bagués qui ne pourront pas sortir de leur banlieues sans faire des Bips aux métro des portes parisiennes ?

Je le vois très bien votre bracelet sortant des usines (peut-être même électroniquement fabriqués par des prisonniers dans des ateliers de sous traitance du travail humain.) par milliers pour entraver la Jeunesse turbulentes des Banlieues... cette Jeunesse a qui vous refusez le droit à la légitime défense sociale et à qui nos politiques prescrivent l’euthanasie social.

A qui le tour ? peut-être à ce directeur des Prisons de Fresnes argotiquement baptisé le Bagne de Fresnes. Oui, Monsieur Pueyo, vous qui m’avez attristé fortement lorsque vous narriez pour la comparaison votre difficile adolescence dans un pensionnat pour jeunes garçons, un pensionnat pas plus dur qu’une prison selon vous. Je vous accorde les circonstances atténuantes Monsieur Puyeo puisque ce tableau terrible d’un pensionnat où le couvre feu était de rigueur où il vous fallait dormir avec sous l’oreiller votre triste zizi frustré où vous rêviez peut-être de révolte ou de vengeance et où, déjà, peut-être vous vouliez vous Directeur d’une Prison pour exorciser votre propre carcéralité d’enfant. Je comprends monsieur Pueyo au point d’espérer que la médecine du travail pénitencier vous offre une psychanalyse gratuite.

Vous n’avez pas choisi la plus simple des Prisons ! Fresnes ? Rien que ça ? Cette Fresnes où, sans aucun racisme anti allemand, je parlais allemand aux surveillants, cette langue désespéranto du fascisme, ces mêmes surveillants qui critiquant le sens socio-humain de leurs collègues mutés, pour cause de TROP de sympathie vis à vis des détenus, à l’hôpital pénitencier de Fresnes disent d’eux :

"Ces Pédés ne sont pas des vrais de vrais surveillants made in Fresnes"

Ah ! Cette fierté du Surveillant de Fresnes de ne pas être le toutou maton de Fleury-Mérogis et d’ailleurs. Pourtant lorsqu’un maton Fresnois est muté dans une centrale et qu’un détenu le reconnaissant dit l’avoir vu à Fresnes, le maton nie y avoir été... de peur ou de honte ? Hum...

Oui Monsieur le Directeur, vous qui gérer les détenus de Fresnes, les caïds du C.N.O, ces dangereux individus condamnés à plus de dix ans qui baissent les yeux devant vous de crainte de voir leur transfert repoussé d’X mois. Les Caïds des quartiers d’Isolements qui crèvent à feux doux dans l’ombre, qui crèvent aussi parce que dans les courettes de promenades individuels, le moindre brin d’herbe poussant sans autorisation ou circulaire en trois exemplaires est arraché d’une fissure dans le béton. Fresnes Monsieur Puyeo a trouvé son Directeur : Un petit enfant terrorisé par les hommes et qui se venge comme le font les enfants, en arrachant les bras et les jambes d’Etre Humain pas plus considérés que des mouches.

Ca ne vous fait pas peur les Hommes Troncs Monsieur Puyeo parce qu’au dessus de vous, Maman Justice, vous assure qu’un homme tronc qui vous mordrait se verrait sans aucun scrupule d’une façon ou d’une autre (symbolique aujourd’hui) guillotiné.

Monsieur Puyeo, un dernier conseil, n’allez pas vous faire muté à Moulin Izeure, Centrale Mouroir, parce que les hommes tronc - de menottes et d’entraves - là bas à force de n’avoir plus que la gueule pour se défendre se sont fait serpent. Non pas venimeux mais constricteur...

Enfin, j’ai aimé votre analyse et témoignage. Nous avons bien entendu que l’Administration Pénitentiaire fait passer pour des vers de terre les couleuvres que les détenus avalent alors, que vous et moi savons qu’il s’agit d’anacondas !

Allez Monsieur Pueyo, je vous laisse. N’ayez pas peur du noir car à défaut d’être une lumière, je vous fait tout de même le crédit intellectuel de vous considérer au moins comme une luciole. Ce sera (et il fera) suffisamment clair pour vous éclairer dans la mémoire de votre pensionnat. Au fait, vous avez le bonjour des ogres incarcérés : bonne nuit. Une dernière chose quand même ? Vous avez dit à vos collègues gestionnaires de misère présents durant ce colloque de ne pas avoir entendu s’élever de voix du temps de la surpopulation carcérale ? Etes vous sourd pour n’avoir pas ouïe les voix des détenus durant les émeutes ou encore individuellement lorsqu’un détenu vous demandait d’être seul en cellule ou à défaut, d’être en cellule avec un compagnon choisi ? Vous ne l’avez pas entendu au prétoire avant de condamner à la peine de mitard ? Vous n’avez donc entendu aucune voix sur les 40 à 50 000 gorges déployées, déchirées de cris.

Monsieur Pierre-Victor Tournier votre amour des mathématiques me pose question : Une peine d’1 an, de 10, de 20 ou de 30 se comptabilise par les quatre opérations mais, au delà de l’algèbre, comment peut on se servir des quatre opérations lorsqu’il ne s’agit pas d’un chiffre mais d’un mot : PERPÉTUITÉ !!

Voici un problème pour vous : PERPETE - 20 ans =  ?

Un détenu condamné à perpète s’est écrié en cour d’assises  :"Monsieur le président, perpète c’est pas un chiffre humain ! donnez moins un nombre possible à vivre... Perpète c’est toute ma vie, je ne sais pas combien ça fait d’années ma vie. »

Perpète pour cet homme fut 2 jours... Il s’est pendu. Soustrait à la Justice comme le dit la formule. A quel injustice s’est-il additionné ? La réponse me divisera toujours d’eux : les bourreaux.

Vous vous posiez la question de savoir qui de Maître Lévy ou de Maître Leclerc vous désignerez au cas où vous vous fassiez criminel ? Vous avez encensé ces deux ténors, ces stars du barreau, ces avocats qui ne touche le coeur d’un juré que lorsque ce dernier à quelque chose sur la conscience. Monsieur Tournier, le choix sera simple. pour Maître Levy, votre défense ne dépendra que de votre capacité à débourser une somme de 30 000frs de provision afin que votre dossier soit lu et, si par la suite, vous gagnez au tirage, grattage ou braquage les 50 000frs - voire plus - vous le verrez plaider votre cause comme s’il défendait sa propre peau avant que de muer pour un nouveau client.

Au sujet de maître Leclerc ? Selon que vous soyez victime ou prévenu, il vous fera ou tout blanc ou tout noir. VICTIME, vous le verrez dans ces effets de manches et de cape comme un Batman. PRÉVENU (du box la vue est meilleure) vous le verrez dans ses effets de manches et de cape comme un Dracula.

Alors Maîtres ? Que dire de vous, moi qui semble tout voir en négatif ? Peu de chose en fait sinon cette obscénité de comparer l’attente au parloir de Fresnes à celle de Fleury-Mérogis. A Fresnes vous attendez votre client une heure dites vous ? Allons, je vous fais grâce d’un quart d’heure en pratique et d’une heure en théorie, tant il est vrai que le temps carcéral s’éternise et qu’en prison, il faut lire l’heure sur le cadran d’une montre peinte par Dali. Mais, dites moi, savez-vous pourquoi à Fleury-Mérogis vous voyez vos clients très vite ? Et bien pour la simple raison qu’arrivant à Fleury vous donnez la liste de vos clients, ces derniers sont stockés près d’une heure voire deux dans des salles d’attentes jusqu’à ce que vous arriviez d’un bâtiment à l’autre. Heureux les détenus que vous visitez en premier, quant aux autres ils vous attendent marchant de long en large comme ces bêtes des zoos auxquels vous les avez justement comparés.

Les détenus attendent à Fleury. Vous attendez à Fresnes. Ca équilibre un peu non ?

J’ai apprécié l’intervention de ce jeune avocat dans le public qui s’offusquait en contredisant Monsieur Pueyo directeur de Fresnes. Il a raison, les avocats d’office font ce qu’ils peuvent selon leur moyen... leurs pauvres moyens qui souvent les poussent à donner X de leurs cartes professionnels à des demi-clients qui, pitoyables, essaient de les distribuer dans les cours de promenades en chassant pour leur avocat d’éventuels clients payants ce, dans l’espoir qu’au delà de l’aide juridictionnel ou de la commission d’office, leur avocat les défendra un peu mieux. Ceci étant à prendre sans généraliser évidemment car certains avocats commis d’office sont si proches encore de la faculté de droit qu’ils traînent encore derrière eux le placenta de foi naïve qui motivaient leurs études de Droit. Certains avocats, et j’en connais, se nourrissent encore de ce placenta qui s’appelle LA VOCATION. Ah la la ces avocats d’office qui viennent voir leur clientèle indigente et qui laisse quelque cartes professionnelles sous entendant :

- Puisque je vous défends pour moins que rien, trouvez moi des clients dans les cours de promenades.

Combien de détenus, aussi misérables que pitoyables, ai-je vu dans les cours tenter de "vendre" un avocat d’office avec et dans l’espoir d’être mieux défendu en tant que rabatteur de clients ?

Madame Christine BOUTIN, chère Députée. Je suis resté bouche bée devant votre discours plein d’humanisme et de raison concernant les longues peines., Détendons nous un peu voulez vous ? Mais, dites moi, en tant que Femme Politique, vous n’avez pas eu un mot pour les prisonniers politiques dont l’enfermement à perpétuité semblent se justifier jusqu’au bout, ces bouts que sont : la Folie et la Mort. J’aurais aimé votre point de vue Madame. Ne serait-ce que pour honorer la mémoire de Louise Michel, notre historique Révolutionnaire semblable aux Prisonnières Politiques Joëlle Aubron et Nathalie Ménigon. La longue peine ne les concerneraient-elles pas ? Bien sûr, ce sont des Terroristes donc, hors concours et hors jeu, mais Madame BOUTIN, vous qui connaissez vos classiques religieux et ce fameux roman de gare qu’est la bible. Ne vous êtes vous pas posé la question du choix qu’avait fait le Christ pour chasser les marchands capitalistes du Temple (Bourse de l’époque) ? Il n’a pas fait de sa baguette magique, un miracle comme pour l’aveugle, le mort etc. Non Madame, il s’est armé du fouet et les a frapper pour les chasser. Oui, Madame, il les a terrorisé avec une arme : LE FOUET l’étant. Le Christ s’est fait terroriste et pourtant, il n’a pas perdu son humanité. Les Prisonniers Politiques en France ( Et tous/toutes à travers eux) ont pris ce terrible risque de perdre leur humanité dans des exécutions de personnes comme le Christ.

Voyez Madame à parlez d’eux lorsque vous témoignez de la torture qu’est la mort lente des longues peines. A leur décharge Madame, aucun d’entre eux, à ma connaissance, n’a enterré dans les terres du tiers monde et d’ailleurs une mine antipersonnel qui aurait arraché les jambes d’un civil qu’il soit enfant ou adulte. Ceci Madame est un terrorisme contre lequel luttent aujourd’hui ceux qui hier les ont vendues, placées et abandonnées pour faire sauter les petits poucets du tiers monde abandonnés par cette Europe, cette Amérique et cette Chine mature et adulte de Civilisation.

Quant au reste de votre intervention, je vous fais confiance pour développer tout ça chez Thierry Ardisson... selon que vous sortiez ou non un autre livre.

A propos de livre, j’ai lu le votre Madame Vasseur. Merci d’avoir mis un énergique gros coup de pied dans cette fourmilière qu’est la pénitentiaire mais avant de shooter au but, dans quoi diable avez vous donc marché qui semble aujourd’hui vous porter bonheur ?

Allons, soyons un tantinet sérieux et parlons donc de la médecine en prison OK ? Pourquoi ne rien nous dire de ce ravissement de la pénitentiaire depuis que la médecine carcérale dépends du ministère de la santé et plus de la justice ? Ils sont ravis de pouvoir se décharger sur vous de leur propre dysfonctionnement lorsqu’un problème grave se pose. Allons Madame Vasseur, pourquoi ne rien dire du fait que l’Administration Pénitentiaire bloque un samu contenant un cardiaque piqué à la morphine et dans l’urgence pour faire passer un camion de transfèrement de détenus. Pourquoi ne pas dire qu’on vous conseille d’attendre qu’un gréviste de la faim soit aux limites du coma avant de signer l’ordre de l’envoyer à l’hôpital de Fresnes ? Hé oui Madame Vasseur, c’est cela aussi. gardons les grévistes de la faim jusqu’à l’extrême limite afin que la peur leur fasse cesser la grève. Vous ne cautionnez pas ces choses là ? Vous pouvez me répondre que la liberté du gréviste de la faim ne peut déontologiquement être niée. Oui mais, sans le forcer à manger, pourquoi ne pas l’hospitaliser ? Je n’ai pas entendu dans votre intervention la nécessité de libérer TOUS les malades. Sidéens, cancéreux, diabétiques etc. Beaucoup sont des petits délinquants. Combien avez vous signez de certificats déclarant l’incompatibilité avec la détention ? Zéro n’est-ce pas ? Par contre, vous en avez signé pour cautionner des expulsions de détenus etrangers et malades, non ? Non. Ah bon... c’était une question.

Que dites vous lorsqu’un détenu fait une insuffisance coronarienne qui doit être prise en compte avant les 6 heures et qui ne l’est qu’au bout de 12 jours ? 12 jours, à raison de 2 grosses douleurs par jour au point qu’une nécrose mène à l’infarctus et débouche sur une opération à coeur ouvert. Qu’en dites vous Madame ? L’A.P. n’aurait-elle pas soufflé à l’oreille du service médicale :
- C’gars là est un simulateur qui voudrait s’évader de l’hôpital.

Vous étiez dans une maison d’arrêt Madame Vasseur, lieu où sont concentrés un maximum de présumés innocents. Une question : vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi au mitard vous piquiez un présumé innocent qui tenu par 5 à 7 matons pétait les plombs ? Vous ne vous êtes jamais dit qu’un détenu prévenu avait le droit, de toutes les manières possibles, de se défendre contre la destruction de son être par le système ? Ca ne vous choque pas que les présumés innocents subissent les affres punitifs de la discipline carcérale ? Combien avez vous shooté de prévenus présumés innocent qui contestaient maladroitement leur incarcération ?

Autre chose. Savez vous qu’un détenu libéré, s’il est informé peut sortir avec son dossier médical ? Si, il fait la demande avant de sortir et vous lui préparer son dossier qu’il prendra lors de la levée d’écrou. Informez vous les détenus de ce droit. Si oui, comment expliquez vous (ne répondez pas si vous n’êtes pas solidaire de vos collègues des autres prisons) que les dossiers soient purgés des pièces prouvant des erreurs graves ? Je vous donne un exemple. Le cardiaque sus cité ne porte pas plainte pour la bonne raison qu’on ne peut porter plainte auprès d’une justice à laquelle on ne croit pas mais il fait des réclamations afin que sa mésaventure n’arrive pas à un autre détenu (insuffisance coronarienne devenu infarctus) auprès du ministère de la santé qui diligente une enquête. Le médecin fait un rapport qui disparaît du dossier à la libération du détenu. Idem, un certificat de complaisance disant la compatibilité avec la détention qu’un généraliste qui n’est ni expert ni cardiologue fait à la demande de l’administration pénitentiaire suite à une demande de grâce médicale du détenu cardiaque. Le fait s’est produit au centre de détention de Melun. Ces pièces ont disparu du dossier par les soins du service médical. Pourquoi ne pas parler de ces choses là ?

Connaissez-vous l’hôpital de Fresnes ? Les détenus sont en cellule 23 heures sur 24 puisqu’il n’ont qu’une heure de promenade par jour. Une heure dans une courette où (en 1998) il n’y a pas un robinet pour boire l’été et pas un préau lorsqu’il pleut ou que le soleil tape sur le crâne des malades. Oui Madame, là où meurent des sidéens, des cancéreux, des dialysés, des vieillards. Là ou la maladie s’ajoute à la misère la solitude, la désespérance. Madame Vasseur, de vous à moi, 7 à 8 ans pour vomir... Vous avez de l’estomac pour avoir tenu les dents serrées sur votre nausée hein ? Ah la vache !! Pas folle... la guêpe blanche.

Teut teut, non je ne vous oublie pas Messieurs/Dames les Magistrats ! En voilà des beaux discours gruyère. Pas un mot des innocents ? Lorsque Seznec n’est toujours pas réhabilité alors que l’inspecteur Bony avait monté un faux dossier contre cet homme et que ce même Bony engagé par la Gestapo a été fusillé pour intelligence avec l’ennemi et crime contre l’humanité. En réhabilitant Seznec, la magistrature craindrait elle de salir la mémoire de ce bon flic ? Et Abdel-Amin Hakkar passant aux assises sans avocat vous ne le faites pas libérer ? Il y a tant d’exemples que je me dois de résumer en une phrase  :

La magistrature Française ne s’est pas guérie des séquelles du serment de fidélité que 99% des magistrats ont fait à Pétain.

Dans l’amphithéâtre de la Faculté, je ne vous ai pas reconnu mais quel flash pour moi lorsque je vous ai vu siégeant dans la cour d’assise du T.G.I de Créteil. Monsieur Sabatier Premier Substitut, Procureur de la République et, vous avez oublié de le dire dans votre C.V. Président des commissions d’expulsion à Ivry. Vous, Magistrat, au service d’une préfecture de police qui chasse les Étrangers alors qu’ils ont été jugés par vos pairs à de la prison SANS avoir été condamnés à des IDTFs (interdiction définitive du territoire Français). Vous qui cautionnez la double peine, ne serait-ce qu’en donnant un avis favorable ou pas à l’expulsion, du seul fait d’accepter de siéger.

Répondant à Maître Levy qui faisait montre de sa psychologie sauvage en vous disant que vous n’alliez pas ou rarement exercer votre droit de visite en prison (vous Magistrats) parce que vous craigniez de croiser le regard d’un condamné par vos soins et que de ce fait vous aviez ou auriez honte ? Mais la honte est un sentiment humain Maître Lévy ! Là, ce n’est pas le cas. Monsieur Sabatier n’a pas avoir honte de ce dont il ne se souvient pas. Voilà la raison Nietzschéenne :

"J’ai fait ça ?  dit ma mémoire. Jamais ! répond mon orgueil et c’est toujours la mémoire qui cède..."

Les Magistrats pour la majorité oublient les condamnés et ne gardent que les condamnations comme tout bon taxidermistes qu’ils sont. L’important étant le trophée qu’est le nombre de procès gagnés.

Pourquoi Monsieur Sabatier se serait-il souvenu de Monsieur Benotman lorsqu’il est passé en commission d’expulsion devant lui ? Où, Monsieur Sabatier ajouta à la désespérance l’angoisse de passer en commission d’expulsion avant sa libération, juste avant pour ne pouvoir espérer un délai suffisant afin de faire un recours NON SUSPENSIF de l’expulsion. Monsieur Sabatier disant qu’il n’a pas pour habitude d’émettre un avis favorable à l’expulsion pour un étranger né en France. Monsieur sabatier revenant sur la chose jugée et refusant de lire le mémoire de 4 pages condensant 36 ans de vie. Monsieur sabatier se faisant, durant ce colloque et face au public, passer pour un magistrat intègre, sympathique, à l’écoute de l’humain et qui, en fait, s’est trouvé être le complice aux ordres d’une préfecture de police qui, sous prétexte administratif rejuge des condamnés deux fois pour la même affaire.

Non Monsieur sabatier n’a pas honte de requérir ou de condamner puisque c’est là son métier. Par contre, lors du Cocktail, me rappelant à son bon souvenir ; il a eu honte de n’avoir pas eu ma peau d’ourson alors, il a fait semblant de ne pas me remettre et faisant j’espère qu’il ne s’en remettra pas des confidences faites devant témoins.

Ouh la la, j’ai failli vous oublier Monsieur le Magistrat Jean-Louis Gallet Président du T.G.I de Créteil et je dois vous dire que de tous, vous êtes celui qui s’est le mieux tenu dans cette farce d’où la justice tire sa force. je vous ai vu comme je vous connais, non pas ennemi mais adversaire puisque je n’ai d’ennemi que vos idées et votre certitude d’être dans le juste alors que je vous souhaiterais dans le vrai puisque vous confondez souvent, trop souvent, le JUSTE et le BIEN comme lorsque vous jugez vous faite l’amalgame entre l’AFFAIRE d’un HOMME et l’HISTOIRE d’un HOMME. Monsieur Gallet, laissez moi vous dire juste ceci. Au moment de jugez, que l’aiguille de la balance ne soit pas votre morale mais plutôt votre intellect. C’est, durant ces débats, votre morale que j’ai perçu.

Quand à vous Mesdames les Juges d’Application des Peines, cette réforme qui fera que vous aurez tout pouvoir lorsque la Garde des sceaux se sera séchée les mains après les avoir lavées (en ayant choisi de mettre en liberté conditionnelle un moderne Barrabas -braqueur et cavaleur- plutôt qu’un Antéchrist -tueur et kidnappeur-) en vous octroyant la tâche de siéger dans des tribunaux et de trancher dans la peine pour des libérations. Je vois déjà la chose jugée. Je vois déjà les détenus comparaissant avec leur dossier sous le bras d’un avocat qui dira combien ce détenu s’est soumis en donnant toute satisfaction au PEP (Projet d’exécution de la peine) qui n’est rien d’autre qu’une agence de recouvrement des frais de justice et des dommages et intérêts aux parties civiles. Le surveillant en charge du PEP ne dit rien d’autre au détenu que ceci :
"Si vous faites, en plus des versements mensuels automatiques que sont les 10% pris sur votre salaire de néo-esclave, un geste de bonne volonté sonnant et trébuchant d’une somme X. Vous aurez en plus d’un bon dossier, des remises de peines supplémentaires, des permissions de sorties etc....

- Que me faudrat-il faire ? dit le détenu
- Presque rien... répond le Surveillant du PEP

- Mais encore ?

- Balancer vos codétenus. Allez voir le psy pour nous couvrir en cas de récidive. Dire bonjour aux gardiens et ne pas dire bonjour à certains détenus... Et lorsque vous aurez acheté, pièce par pièce, le puzzle de votre liberté vous sortirez en conditionnelle entre 6 et 18 mois avant la fin de votre peine... Sur quinze ans c’est un bon deal ! Vous faites une affaire.

- Mais ceux qui sortent entier en fin de peine surveillant ?

- Ah, ceux là ? Et bien... Ne sont pas attachés ni marqués du collier et courent encore mais ils en auront bavé jusqu’au bout et avec un peu de chance, on leur aura filé une telle haine contre nous qu’ils nous reviendront vite et ce n’est que partie remise.. Tandis que vous, le temps que vous remontiez votre puzzle intérieur, l’eau aura coulé sous les ponts et, n’oublions pas de faire notre travail en gardant une pièce de ce puzzle par dévers nous afin que toujours vous en sentiez le manque qui rappellera la prison à votre bon souvenir.

- Mais Monsieur le surveillant du PEP, pour s’en sortir dans la vie, ne vaut-il mieux pas avoir la haine contre vous que le dégoût de soi même  ?

- Je vais noter cette phrase dans votre dossier moi ! Z’allez voir ce qu’il en coûte de réfléchir et de réfléchir dans un autre miroir que celui que j’ai la bonté de vous tendre.

Ceci nous amène aux surveillants qui, il est vrai, ont changé comme nous l’a démontré ce surveillant paternaliste dans son discours concernant les jeunes détenus. Moi même je m’en suis rendu compte entre 1976 et 1999. Jadis je pensais tous les surveillants d’extrême droite comme au bagne de Fresnes mais, l’âge aidant - histoire de rester objectif - j’avoue qu’il y en a quelques uns tout simplement de droite.

J’en reviens donc à ce papa/maton surgit du public. Micro dans une main et l’autre dans la poche, déhanché comme un crooner et déversant dans nos oreilles son amour de la détention.

Cet ancien maton de Clairvaux, baptisé le cimetière des durs, a oublié de nous parler du mitard de Clairvaux qui semblait à l’époque une caisse de bois prête à être embarqué. Oui ce mitard, très sérieusement baptisé Villa Suchet du nom d’une famille de matons (de père en fils), dont le W-C turc semblait être la seule preuve d’humanité. Bien qu’il soit possible que ce mitard ait été refait, il n’empêche que ce maton a fait là bas ses humanités, y a forgé son altruisme. Du temps où les dortoirs étaient des cages en fer. Du temps où l’on tuait du prisonnier. Du temps où c’était (pour l’A.P) l’bon temps.

Ce maton n’a pas plus de mémoire que Monsieur Sabatier sauf qu’il me semble plus excusable que ce dernier puisque contrairement à lui il n’a pas de conscience. Comment en vouloir à qui n’a pas de coeur ? La gravité est d’en avoir un et de ne pas s’en servir. La seule chose que nous pouvons reprocher aux surveillants tous confondus c’est de ne rien avoir sur la conscience. Voilà le drame, le tragique :

CE RIEN !

Donnez leur n’importe qui à garder, ils le feront ! Du résistant ? Pas de problème ! Du collabos ? Idem ! Des enfants ? On est là pour ça ! Des femmes enceintes ? Chouette, deux taulards en un... Même du maton on est prêt à garder ! Donnez nous juste notre quota d’humains, de la viande numérotée... nous autres on sait l’attendrir et la livrer réinsérable ou récidiviste puisque c’est la face et le pile d’une même médaille. Réinsérer un détenu ? Suffit de prendre le prisonnier d’en faire un récidiviste et le voilà réinsérer en tant qu’alibi social : un détenu à vie, à long terme... éternellement recyclable.

Par la voix de ce maton, nous avons entendu le malaise de tout le personnel dans leur vie extra muros. Ils disent vivent comme des parias ? Mais pourquoi ont ils honte de leur métier au point de ne pas dire être des matons ? Hors les murs ces Messieurs Dames cachent leur fonction en proclamant travailler pour le Ministère de la Justice... Fonctionnaires. De quoi ont ils honte ? Les bourreaux de jadis étaient exclus de la cité mais ils avaient au moins l’honnêteté de se reconnaître, au nom de l’état et de la société, en tant que criminels légaux. Le surveillant moderne ne veut pas se considérer comme un criminel légal même lorsqu’il ferme la porte d’une cellule sur un détenu dont il est sûr qu’il est innocent. Combien de surveillants, après X années d’observation, disent d’un détenu :
- Ce mec est innocent !

Et pourtant sans objection de conscience, ils l’enferment. Le Moyen Age a souvent été cité durant ce colloque. Alors, qu’on médite sur cet adage prisé des bourreaux de ces temps bien moins barbares que le notre  :
- Nous reconnaissons un coupable d’un innocent du seul fait que, sous la torture, l’innocent avoue.

Merci de l’organisation de ce colloque Monsieur Moscara, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Barreau du Val de Marne. Je vous ai trouvé sincère et je sais que vous l’êtes malgré les paradoxe qui vous habite et dont nous avons parlé lors du cocktail.

Oui, lorsqu’un détenu, avec raison, veut s’en prendre à son avocat, il doit passer par vous. Sa plainte doit suivre la hiérarchie et n’aboutit quasiment jamais puisqu’on ne trouve pas d’avocat acceptant de s’en prendre à un collègue lors d’un différent entre Maître X et son client. Devant vous tout s’étouffe. Vous arrangez les petites affaires de vos confrères dont vous êtes aussi l’espèce de père déontologique. Par contre, pour aider un avocat à toucher ses honoraires lorsqu’un prévenu le licencie sans autre forme de procès, vous montez vite aux créneaux vous autres les Bâtonniers. Enfin, que dire d’autres que cela sinon que les Bâtonniers ont ratés bien des luttes comme celle du procès Papon qui aurait du être un formidable levier de jurisprudence puisqu’étant le seul à ne pas comparaître incarcéré aux Assises. Combien auriez vous pu sortir de détenus prévenus à ce moment là. Je suis plus attristé qu’en colère en disant cela mais bon... nous nous battrons sans vous.

Il y avait présent un autre détenu et celui là est mon ami. Olivier Cueto. Oui toi. J’attendais un Combattant au coeur de cette Cour Seigneuriale et j’ai vu un Bouffon (au sens noble du terme). Tu as fait rire et sourire avec ton humour mais la séduction vaut pour avoir l’écoute des ignorants, des désinformés mais ne vaut pas pour l’ennemi. Tu étais au milieu d’ennemis, d’adversaires et ta verve n’a pas fait mouche. j’attendais que tu les déséquilibres en arrachant les masques un à un quitte à leur prendre un peu de chair avec tant voilà des années voire des siècles qu’ils les portent. A croire que certains sont nés masqués.

A les faire rire et sourire, ils ne vont garder que le souvenir de la boutade qu’ils feront leur plutôt que le sens de ce qui fait mal au point d’en rire douloureusement. Je partage avec toi le fond de tes interventions mais pas la forme. Parlons de ces deux faces qui, après avoir tourné en l’air, se sont annulées en tombant sur la tranche et me semblent donc avoir été vu dans la minceur du profil là où j’espérais la densité.

Je ne sais ni où ni par qui ces pages seront lues mais je ne peux et ne veut pas t’épargner dans ce bilan.

D’ailleurs, m’incluant parmi les détenus d’aujourd’hui d’hier et de demain, je ne m’épargnerais pas moi même puisqu’il faudra conclure sur les victimes de nos actes.

Lorsque tu as parlé des détenus étrangers que les sans figures politiques qualifient de sans papiers tant la mode est aux SANS (domicile/espoir/travail/existence) tu n’as pas développé l’évidence de tes dires. Les étrangers travaillent quasiment tous et toutes en prison pour des salaires de misère (entre 300 et 1000frs - pour les plus Skatanovit chiens d’entre eux - mensuel). Ces détenus cotisent et reçoivent des fiches de paie et donc répondent à une des premières règles de régularisation, à savoir travailler en étant déclarés. Pourtant, en fin de peine ou libérés en conditionnelle expulsion (pour les rares qui l’acceptent) voilà qu’on les lèse de tous les droits. Non contents de les avoir exploités via des concessionnaires sans scrupules on les expulse alors qu’après de bons et loyaux services la Civilisation nous apprends que tous esclaves à le droit d’être affranchi. Les étrangers en prison ne le sont pas. Lorsque tu as posé ce point administratif de régulariser les travailleurs étrangers intra muros tu n’as pas mis au pied du mur les Magistrats et avocats présents en leur demandant POURQUOI ils se refusaient a cet argument lors des requêtes, recours etc. préférant toujours la plaidoirie misérabiliste défensive plutôt que le réquisitoire contre le Ministère de l’intérieur et celui de la justice qui cautionnent la double peine. Et je tais ces étrangers qui plutôt que l’expulsion choisissent le suicide. Oui, le suicide tant ils aiment la France& Je tais la chose tout en gueulant bien fort : MORT POUR LA FRANCE !

La situation des étrangers est bouleversante tu le sais et d’autant plus qu’ils n’ont aucun aménagement de peine. Pas de permission de sortie, pas plus de parloir amélioré si leur famille traverse X continents pour leur rendre visite (cas d’un Néo Zélandais incarcéré depuis plus de 17 ans) alors que les juges d’application des peines pourraient leur octroyer des remises de peines pour compenser à durée égale les 23 jours de permission annuel auxquels ont droit les détenus Français qui répondent aux critères de détenus modèles ce que sont 99% des détenus étrangers. Sans oublier les conditions de détention de ces détenus qui vivent lorsqu’ils travaillent dans une peur panique du déclassement sans chômage (plus de travail pour X raisons). La plupart de ces détenus envoient une partie de leur paie chez eux à leur famille qui parfois vit avec. La crainte d’être déclassé les livre pieds et poings liés à l’administration pénitentiaire qui en plus de les presser comme des citrons, les oblige à se concurrencer entre eux. Untel fait tel rendement pour avoir 1000 fr., le moins rapide se voit obligé de suivre en accélérant sa cadence. La pénitentiaire joue de cela. Il faut le voir partir le matin pour les atelier ce troupeau d’humain bicolore du tiers monde. Les matons les traitent comme des bêtes de somme entre le tutoiement et l’aboiement. Menés aux ateliers tambours battants et gare à la mauvaise tête qui laisserait un bref éclat de regard éclairé ou un geste de mauvaise humeur. Ces détenus silencieux, clandestins jusque dans les entrailles de la prison au point que les autres détenus ne les considèrent pas en tant que tels puisqu’ils en deviennent invisibles. Oui Olivier, invisibles ne serait-ce que parce qu’on les imagine éternellement là à remplir les ateliers de leur silence acharné à produire. On ne s’aperçoit même pas de leur libération, de leur suicide ou de leur mise au mitard quand le mot nègre ou bougnoule leur fait lever la tête et réveille en eux l’aventurier qui a passé X jours sans manger ni chier ni pisser dans un container en fond de cale. On ne sait même pas, nous autres détenus, qu’ils sont là. Il faut qu’un détenu étranger végétarien meurt de faim pour qu’on sache. Les autres ? Bha, ils manquent d’appétit.

Disant ce que tu as dit de ces sous-détenus, tu as fait confiance à leur intelligence pour développer. Ils ne le feront pas Olivier car ils ne le veulent pas et tu aurais du le faire pour eux.
Parfois tu es partis dans le symbole ou la poésie ou ce qu’eux appellent l’utopie. J’ai senti l’indulgence du public dans la salle - Ben dis donc, c’est pas mal dit pour un ancien détenu... - et le soulagement des intervenants - Tant qu’il fait de la poétique Rimbaldienne et non du vers libre à la Prévert - il ne sera pas trop dangereux pour nous.

Olivier,
La seule façon qu’à la Société de nous donner raison sans le vouloir c’est de nous condamner sans le savoir à devenir révolutionnaire. De là, il faut tirer notre énergie et ça tu le sais.

Quand tu dis souhaiter que la salle de la Cour d’assise devienne un jour une salle de bal , s’en est une olivier... pour le bal des pendus.

Selon que la parole était à la défense ou à l’accusation, le mot victime sonnait et résonnait différemment mais tous et toutes étaient d’accord pour donner une place de choix (sauf la leur) aux victimes. Les volées, les violées, les assassinées, les escroquées etc.

On pense aux victimes individuelles jamais collectives et la question se pose de savoir quel intérêt à la société de se pencher sur la victime d’un criminel alors qu’il est évident que la société et au delà d’elle la Civilisation est basée sur le CRIME universel que sont les guerres armées, économiques, sociales, nationales etc.

Qu’est-ce que l’abomination, l’ignominie, d’un crime commis par un malade mental ou un voleur ou un gangster devant la Schoa,, Hiroshima, le Vietnam, l’Algérie et plus d’un million d’autre exemples ? Voilà la vraie question concernant LA VICTIME.

Le criminel individuel sans le justifier (me justifier) ni l’excuser (m’excuser) a au moins le mérite masochiste de payer cash les conséquences de ses actes quelqu’ils soient. Ne serait ce qu’en cela, la victime n’est pas oubliée car en fait la seul personne qui PENSE sincèrement à la VICTIME est l’auteur du crime. La Magistrature s’en fout !! Le détenu assassin lui vit à perpétuité ou 10 ou 20 ou 30 ans avec le cadavre de sa victime lorsqu’il s’agit d’un crime de sang. En prison, revenir sur les lieux de son crime n’est rien d’autre que revenir inlassablement dans un passé d’où la victime vous appelle et vous hante.

En dehors de cela, maigre consolation pour les familles de victimes, il n’y a pas de réparation possible. Quant aux délits sur les biens ? Un coffre fort ne vaut pas une cellule. Il y a plus de richesse volée dans l’enfermement d’un homme que dans toutes les banques du monde ! Prendre la vie d’un homme, l’amputer d’existence parce qu’il a volé de l’argent montre le vrai visage de la Société capable d’enfermer un Peuple dans une guerre pour se faire un Pouvoir Lucratif.

Et toi ?
Ah moi... et bien durant cette journée et demie a les écouter et regarder je me suis fait des pauses en m’intéressant à une jeune femme brune, plutôt jeune et jolie. Lorsque la nausée me prenait ou l’envie de me lever pour prendre la parole, ce que j’ai fait une fois, je la cherchais des yeux.

Pourquoi dire à cette assemblée non la vérité des choses mais la réalité des Etres ? On y perd son énergie et la chose dite ne vous appartient plus puisqu’ils la font leur. Ce qui leur permet ensuite de s’en servir. Je ne suis donc venu que pour prendre la taille, la mesure, de ces ennemis et de ces faux amis (les avocats par exemple). Pour ne pas livrer mon vrai regard, j’adoucissais mes yeux sur cette jeune femme... c’est dire les dégâts intérieurs de mes 15 années de prison. Dans ma tête, j’avais ce besoin de faire mal à cette jeune femme inconnu - le regard d’un homme comme moi est toujours violent puisqu’inaffectif bien qu’émotif - pour pouvoir LES regarder eux d’un oeil éteint, celui du crocodile qui attend sa proie.

Oui, je suis venu prendre leur MESURE, leur TAILLE... pour commencer à tronçonner l’arbre de leur cercueil ou de leur potence ou de leur lit de mort pour les plus vieux d’entre eux&

A force de vouloir me faire à leur image ils m’ont défait en me privant d’humanité plus que de liberté.

Heureusement, il y avait cette jeune femme brune. Belle comme je l’ai vu, la vois... une tête de mort sous son masque de chair.

La prison m’a donné cette capacité là. Voir à travers les murs, ce mur de viande carcérale derrière lequel chacun, chacune est enfermé(e).            

AH BENOTMAN