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Les liens familiaux face à l’incarcération

Publié le Friday 2 May 2008 | http://prison.eu.org/spip.php?article10782/

Le 15 mai a été proclamé journée internationale des familles par l’Assemblée générale des Nations Unies, dans sa résolution du 20 septembre 1993. Cette manifestation reflète l’importance que la communauté internationale attache à la famille et la volonté d’inciter les gouvernements à faire porter leurs efforts sur la politique familiale. Cette politique ne peut ignorer la situation des familles ayant un membre incarcéré. Les nombreux rapports sur la prison soulignent rarement cet aspect, tant il y a à dire sur les conditions d’incarcération. Pour autant, l’incarcération bouleverse l’équilibre de la famille, à la fois concernant la relation conjugale, la relation parent/enfant et toute autre relation intrafamiliale.

 La personne incarcérée subit le choc de l’incarcération. De leur côté, les proches subissent la brutalité d’une séparation soudaine. Par la suite, les possibilités de maintenir les liens existent mais elles sont limitées. Il existe la correspondance, le téléphone, les visites, les unités de vie familiale et les permissions de sortir, avec des modalités différentes selon les personnes et les établissements.
La correspondance est vérifiée ; même si les courriers ne sont pas systématiquement lus, le fait de savoir qu’ils peuvent l’être conduit à une autocensure.
Le téléphone n’existe que pour les personnes condamnées définitivement et incarcérées en établissement pour peine, mais que se dire lors de conversations téléphoniques écoutées ?
La distance trop importante entre le lieu de vie de la famille et la prison, les horaires de visite peu souples, la prise de rendez-vous compliquée, l’absence d’intimité durant la visite sont autant d’éléments qui fragilisent les liens familiaux.
La règle 24-1 des règles pénitentiaires européennes, dans leur version adoptée en janvier 2006, stipule pourtant que "les détenus doivent être autorisés à communiquer aussi fréquemment que possible - par lettre, par téléphone ou par d’autres moyens de communication - avec leur famille, des tiers et des représentants d’organismes extérieurs, ainsi qu’à recevoir des visites desdites personnes".
Les unités de vie familiale n’existent que dans 7 établissements sur 190 ; la première a été inaugurée en 2003 (centre pénitentiaire de Rennes), alors que ce dispositif existe au Canada depuis les années 80. Ces unités sont un progrès ; néanmoins, des personnes incarcérées hésitent parfois à inviter un parent, un(e) conjoint(e), un enfant à vivre ce temps avec elles dans l’enceinte même de la prison. En outre, l’octroi de cette possibilité peut être assimilée à l’attribution d’une récompense, en réponse à un bon comportement.

 Les modalités existantes de maintien des liens sont insatisfaisantes, ce qui contribue à ébranler l’équilibre familial. L’absence d’un parent due à son incarcération est pour l’enfant un handicap majeur. La représentation de la prison rend difficile l’investissement dans les liens affectifs lesquels pourraient se retrouver associés à une image négative. L’absence ou l’appauvrissement de la sexualité contribue à déstabiliser les couples. L’incarcération à elle seule ne peut expliquer les ruptures conjugales mais elle les précipite.
Les personnes qui ont commis une infraction sont condamnées à une peine privative d’aller et venir ; elles ne sont pas condamnées à la privation affective, à la privation sexuelle. Les proches n’ont pas à pâtir d’une situation dont ils ne sont en rien responsables.

La rédaction
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Mai 2008