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KAMO Société Caraïbéenne de Psychiatrie et de Psychologie Légales

2007 N°4 KAMO : Prise de contact du pole de psychiatrie légale avec les CEM

Mise en ligne : 2 August 2007

Dernière modification : 6 April 2008

Texte de l'article :

PRISE DE CONTACT DU POLE DE PSYCHIATRIE LEGALE EN GUADELOUPE AVEC LES CENTRES EDUCATIFS POUR MINEURS

L’équipe du SMPR de Baie-Mahault (service de psychiatrie implanté dans la prison), unité fonctionnelle du pôle de psychiatrie légale du centre hospitalier de Montéran à Saint-Claude en Guadeloupe entreprend une démarche de contact avec tous les foyers accueillant des mineurs en difficulté.

Le centre pénitentiaire de Baie-Mahault est doté d’un quartier mineur et depuis plusieurs le SMPR a mis en place un protocole mineur, mobilisé dès l’incarcération d’un mineur. Il s’agit d’emblée de manifester à l’adolescent que son incarcération est un souci majeur pour les adultes qui l’entourent. Il faut utiliser ce moment de sa vie de manière optimale pour lui permettre de sortir d’une spirale délinquante, d’un ratage possible de sa vie et des préjudices occasionnés à autrui. Chaque mineur est reçu initialement, comme pour tout arrivant en prison, par un membre de l’équipe infirmière pour un entretien d’accueil. Le fonctionnement du service lui est expliqué et une lettre lui est remise (version française, créole ou anglaise) lui expliquant la démarche. Il est ensuite revu par un pédopsychiatre, une psychologue et un psychomotricien. Contrairement aux détenus majeurs, des consultations systématiques sont programmées pour les mineurs, sauf opposition massive et sans motif psychiatrique patent, afin de l’inciter à une réflexion sur sa situation.

D’ici quelques mois, à l’issue de travaux d’aménagements, le pôle de psychiatrie légale ouvrira un espace d’accompagnement psycho-légal à l’extérieur de la prison (Immeuble Nevada, La Jaille, Baie-Mahault), unité pivot du service (et non plus l’espace clôt de la prison) qui devra permettre, notamment pour les mineurs, de maintenir et de développer, si nécessaire, le lien thérapeutique noué en prison.

La rencontre avec des professionnels s’occupant des adolescents en difficulté a pour but d’optimiser notre travail avec les adolescents, en connaissant les adultes et les lieux qui les accueillent. Cette démarche nous paraît plus constructive que les propos et les actions déstructurantes à l’encontre des adolescents. Il est pourtant de notoriété publique que l’adolescence est une période de la vie riche en modifications psychologiques et physiques au cours de laquelle un fort sentiment d’incertitude, d’insécurité intérieure peut habiter normalement de nombreux adolescents et qu’il convient que les adultes leur renvoient des messages clairs, sans ambiguïtés, cadrants et structurants. La nécessaire articulation entre les différents professionnels prenant en charge les mineurs est incontournable, si l’on souhaite réellement les accompagner. Cette articulation est loin d’être aisée mais elle s’avère constructive, si l’on se réfère à l’expérience des réunions de la commission de suivi mensuelle des mineurs incarcérés instituée en prison, en l’occurrence au centre pénitentiaire de Baie-Mahault. Dans le cadre de ces commissions, les professionnels pénitentiaires, éducatifs, et sanitaires se rencontrent dans le respect de l’éthique et de la déontologie de leurs professions pour contribuer à une réflexion commune bien nécessaire pour contribuer à la prise en charge des situations complexes de ces jeunes mineurs incarcérés. Cet espace de rencontre et de concertation participe au décloisonnement des pratiques professionnelles et contribue à l’accompagnement de ces adolescents. S’il est vrai que cet espace n’a pas été évident à se mettre en oeuvre, il n’en demeure pas moins riche, par les confrontations des pratiques et approches que cela implique.

Condamner des mineurs comme des majeurs (en supprimant l’excuse de minorité pour les multirécidivistes) est une absurdité incroyable et la marque profonde d’une société qui perd complètement ses repères.
MD et FC.