14142 articles - 12260 brèves

La Vie en prison... vue de "dedans" - Paul Denis

(2006) Blog 15 Quelques questions..... intéressantes

Mise en ligne : 10 October 2006

Texte de l'article :

Quelques questions..... intéressantes

1019 Jours de détention... en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie 

Les questions que tu ne me poses pas, mais qui méritent une réponse...

Peut-on cuisiner ?

Oui, mais c’est aussi une galère.
Oui, si on a les moyens de s’acheter de quoi mettre dans la poêle.
L’usage du réchaud est interdit, donc, il faut utiliser de l’alcool solidifié et/ou des moyens moins réglementaires. Mais tout cela est long (peu efficace) et sent mauvais... !
En cantine, on trouve de tout, des plats cuisinés, des produits de base à cuisiner ou prêts à la consommation.
Pour qui en a les moyens financiers, tout est possible.
Les prix des produits sont sensiblement les mêmes qu’en grande surface, il t’est donc facile d’imaginer ce que cela coûte à celui qui se refuse à manger la gamelle.
Il est vrai que « le raisonnable » peut y trouver ce qui lui manque pour équilibrer son alimentation. La gamelle étant sur ce point, mal adaptée à ses consommateurs « jeunes » et désireux de variétés... Mais, je l’ai déjà dit : si ce n’est pas bon, c’est souvent mangeable.
Il est à préciser que l’activité « cuisine », outre son côté utile et agréable, permet de bien occuper le temps... le temps de préparation étant, de loin, plus important que le temps de consommation...

En Centre de détention, des moyens sont mis à la disposition des détenus. Certaines maisons d’arrêt autorisent les réchauds électriques...
Une fois de plus, il faut donc tomber au bon endroit...

L’habit :

L’usage de l’uniforme est, depuis de nombreuses années, aboli...
Celui qui est dépourvu de vêtement (indigent et souvent étranger) peut en obtenir par l’intermédiaire du Secours Catholique qui est habilité à fournir ces vêtements (de base).
Il n’est pas autorisé de recevoir des vêtements par l’envoi d’un colis postal.
La plus grande majorité des détenus se font apporter, par leur famille, ce dont ils ont besoin, et cela passe du simple, de l’utile, au dernier cri qui vient de sortir en boutique...
Il est vrai que si l’usage de l’uniforme paraît un peu « barbare », il avait au moins l’avantage d’éviter un certain nombre de conflits (moqueries) et de convoitises.
Malgré que ce soit interdit, les échanges sont fréquents. Lorsqu’il n’y a pas échange, il y a parfois « vol », pas toujours facile à déceler, la tenue des jeunes s’apparentant à un « uniforme », et l’on retrouve le même sur de nombreux sujets...
Il y a aussi ce que j’appelle : les concours d’élégance, certains détenus n’étant privés de rien...
Le faire-voir est une « activité » à part entière, pour certains, cela passe par la culture de son corps, mais aussi par l’aspect vestimentaire.
Certains ont sur eux plusieurs (nombreuses) centaines d’euros, en vêtements de marque... !

La religion :

Chacun devrait être en mesure de pratiquer sa religion, s’il le souhaite.
La religion islamique est pratiquée, souvent, individuellement, il y a peu d’aumôniers « iman ». Les protestants et les juifs sont encore plus mal lotis.
Seule la religion catholique est véritablement présente. Et en fait, elle s’adresse à tous.
Les intervenants sont plus ou moins nombreux. Des offices (messes) sont organisés, souvent, chaque semaine. Des rencontres collectives ont lieu, à jour fixe, une ou deux fois par semaine.
Toute cette activité dite religieuse, certes, reste religieuse, mais c’est aussi l’occasion de se rencontrer, de discuter, d’échanger quelques réflexions sur la vie de « dehors » et de « dedans ».
Il est vrai qu’on y trouve toujours les mêmes qui, parfois, ne sont pas de religion catholique. Très souvent, la pratique religieuse antérieure (à la prison) est inexistante et l’inculture chrétienne déconcertante.
Tu l’as compris, le rôle de cette aumônerie est plus d’amener un peu d’« humanité » entre ces murs que de « convertir » ou même que d’« entretenir ». Le but principal me semble la communication et les échanges que ces rencontres peuvent apporter.
A aucun moment, je n’ai senti une agressivité contre les catho. Il paraît que ce ne fut pas toujours le cas, et il y a quelques années, c’est tout juste s’il ne fallait pas se cacher pour aller à l’aumônerie...
En fait, je pense qu’une certaine tolérance (indifférence) est de mise.
Pour l’administration, c’est une activité comme les autres qui a l’avantage de ne pas faire de vague...

Il est à noter qu’une « fonction » importante de l’aumônerie est de rencontrer (en individuel) tous les arrivants qui le souhaitent, peu importe leur passé et leur conviction religieuse (s’il y en a une). Cela permet à certains de s’exprimer et en cela, ce ne peut être que positif.
D’ailleurs, toute facilité est accordée par l’administration, aux membres de l’aumônerie, qui voit, en eux, des alliés et des interlocuteurs « utiles » pour aider ceux qui en ressentent le besoin.
L’aumônier est un des rares intervenants « extérieurs » (peut-être le seul), qui soit autorisé à rencontrer un détenu dans sa cellule...

A suivre sur le Blog

Le bouquin de Paul Denis n’a pas encore trouvé d’éditeur. Vous pouvez l’acquérir en envoyant un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à TOP SERVICES, 31 rue des Allemands à 57000 METZ. Pour 13 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4).