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La Vie en prison... vue de "dedans" - Paul Denis

(2006) Blog 06 En Cellule... à 4, en M.A.

Mise en ligne : 1 October 2006

Texte de l'article :

En Cellule... à 4, en M.A.

1019 Jours de détention... en Maison d’Arrêt
Extrait de la correspondance adressée à ma fille, pour lui présenter mes conditions de détention et mon « nouveau » cadre de vie

Cellule de 4 :

La vie quotidienne, en prison, est souvent décevante, car monotone et sans surprise...

Le moral se maintient malgré le fait que l’inactivité et le sentiment de ne servir à rien commencent à me peser.
Tu m’as interrogé sur l’alcool et le vin. Ceux-ci sont strictement interdits depuis quelques années, sous toutes ses formes, ainsi même certains après-rasages ou déodorants sont « interdits » de séjour en détention.
Pour ma part, je m’y fais, mais, j’avoue qu’un peu de vin avec le fromage me manque...

Aujourd’hui, je vais te parler de l’organisation de notre vie plus intime, dans nos 20 m2 - (nous parlerons, une autre fois de la cellule pour deux), et où nous ne sommes que trois, donc en surface le double d’une cellule pour 2, et, en pratique, plus d’espace vital et de confort. Avec 2 lits à étage (moi, je suis en haut de l’un), 4 chaises, en principe 2 tables (nous en avons trois), en principe 2 armoires (nous en avons 3). Nous bénéficions d’un "vrai" coin "toilettes", avec WC et lavabo, quand je dis "vrai", en fait cela veut dire que ceux-ci sont dans un coin avec deux cloisons, une de 1,9 m de haut, une autre de 1,2 m avec une porte.

Ce niveau de confort qui n’existe pas dans les cellules de 2, permet une "certaine" intimité lorsqu’il faut aller aux toilettes, se laver ou se changer.
Bien sûr, tout dépend des co-locataires, mais je dois dire que je suis bien tombé et qu’à ce niveau, il n’y a pas d’ambiguïté et la discrétion est de rigueur (chacun a son heure).
Evidemment, nous n’avons pas d’eau chaude et pas de vrais robinets, tout est à poussoir - ce, pour éviter, je pense, les robinets qui coulent tout le temps et les inondations (volontaires).
Au niveau décor, tout notre étage a été repeint en juillet 2001, et notre cellule est impeccable (encore une exception, par rapport à ce que j’ai pu voir plus tard), en peinture jaune cassée et bleue et plafond blanc. Il est interdit de fixer quelque chose aux murs si ce n’est sur un panneau (matérialisé par une autre couleur de peinture). Le nôtre comprend : quelques photos de chanteuses (découpées dans des revues), un calendrier (planning), une table de conversion (franc/euro), la pensée d’Albert Camus (dont je t’ai déjà parlé), un éphéméride (calendrier - feuille à feuille), le planning des cantines.
Pour compléter notre décor, il ne faut pas faire abstraction du décor (utilitaire) que sont les chaussures (alignées au sol), et les séchoirs (du type séchoir de radiateur) qui reçoivent les serviettes de bain (douche) et le linge que nous lavons sur place. Sur les tables : cruche pour chauffer l’eau, verre pour le café (Ricoré), les tables ont des niches (faux tiroirs) pour les papiers à lettres, livres, timbres, crayons à bille, courrier, etc... Bref, tout ce que tu veux. Le fait d’avoir chacun une table apporte un confort et une intimité supplémentaire très appréciée. C’est notre seul "chez nous". Chacun a la sienne et on ne se permettrait pas de fouiller dans celle du voisin.

Mais je te rappelle qu’il s’agit là d’une situation privilégiée, puisque, pour la majorité des autres détenus, ces deux objets (meubles) se partagent.
En fait, il faut reconnaître que l’individualisme est très cultivé : à chacun, ses affaires, tout se fait à l’individu, sauf le chauffage de l’eau pour le café (mais à chacun, son café), à chacun "sa" cantine. Le collectivisme et le partage sont rares. J’essaie de l’instaurer pour quelques situations particulières mais c’est dur : lavage de la vaisselle (individuelle) 2/3, le nettoyage de la cellule et des sanitaires : chacun son tour, j’essaie de le faire faire ensemble. Au repas, j’essaie et fais la proposition de partager : réponse (souvent) : "j’en ai". C’est vrai, mais ce n’est pas la même chose. En fait, je constate que si tu demandes, tu n’obtiens pas de refus, mais la proposition spontanée est rare. L’ambiance est bonne et ce qui précède ne fait partie que du détail.
J’ai oublié de préciser pour le décor, qu’est fixé au mur, un support TV, il est vrai que nous ne l’utilisons pas parce qu’il est mal situé et ne nous permettrait pas de voir la TV de nos lits. Au plafond, il y a 3 plafonniers qui sont actionnables de l’intérieur et de l’extérieur de la cellule. Il pourrait (l’interrupteur extérieur) être actionné la nuit, lors des rondes (mais il y en a fort peu), je pense ne l’avoir vu s’allumer qu’une fois depuis que je suis là, et encore, je pense que c’était pour s’amuser...

Il n’y a qu’une prise de courant : un problème qui oblige l’emploi de multiples rallonges (6) et de plusieurs multiprises (5) qui, sur une seule prise, alimentent : TV, frigo, thermoplongeurs (3), radio. Et cela ne saute pas...

Au niveau de la "sécurité", car sécurité, il devrait y avoir, la porte est équipée d’un oeilleton qui permet de voir de l’extérieur (pendant les rondes). En plus de cela, il y a normalement un système d’interphone et de haut parleur, couplé à un système d’écoute. Mais dans notre zone (étage), ce système ne fonctionne pas.
Bref, de la sécurité, il n’y en a pas, et ce, pas plus le jour que la nuit. Pour le jour, si on veut faire ouvrir la porte, il faut mettre (passer) une feuille de papier dans la porte, on appelle cela un drapeau... ! Le surveillant vient quand il la voit, s’il le veut ou en a envie. Si cela tarde, c’est souvent (pas chez nous), des cris et interpellations "surveillant" et des coups dans la porte. La nuit, il y a encore moins de sécurité puisqu’il n’y a que 2 ou 3 passages sur l’étage et une écoute plus que superficielle (à mon avis, la durée de passage ne doit pas excéder la minute).
Inutile de dire que s’il devait y avoir (ou lorsqu’il y a) "un pétage de plomb" et/ou une agression, ou, une maladie (crise) la nuit, l’issue et la résolution poseraient (posent) problème.

A suivre sur le blog