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(2006) La sortie de prison est une période à très haut risque de suicide

Mise en ligne : 15 juillet 2006

Texte de l'article :

La sortie de prison est une période à très haut risque de suicide

L’incarcération est, chacun le sait, une situation au cours de laquelle le risque de suicide est spécialement élevé avec selon certaines études une multiplication par 5 de l’incidence par rapport à la population non carcérale. En revanche on n’a que très peu étudié le taux de suicide dans la période qui suit la sortie de prison.

Des psychiatres et des épidémiologistes britanniques viennent de combler cette lacune. Grâce au croisement de deux registres nationaux, celui des décès par suicide et celui des prisonniers libérés, il a été possible d’établir la fréquence réelle du suicide dans l’année qui suit la sortie de prison.

244 988 individus ont été identifiés comme ayant quitté une prison d’Angleterre ou du Pays de Galles au cours des années 2000 à 2002. Parmi ces sujets, 382 décès par suicide ont été identifiés durant la première année de liberté soit un taux de 156/100 000 personnes années c’est-à-dire 13,5 fois plus que dans la population générale. Chez les hommes, le taux de suicide est multiplié par 8,3 tandis que chez les femmes, le taux de suicide, habituellement trois fois plus faible que chez les hommes, rejoint celui des hommes et est multiplié par 35,8 par rapport à une population féminine du même âge.

Dans le détail cette étude permet de mettre en évidence des situations à risque particulièrement élevé. Ainsi, dans les 4 semaines qui suivent la libération, le risque est maximum (79 suicides, soit une multiplication de la fréquence des suicides par 33,75 par rapport à la population générale). Le risque croît également avec l’âge du détenu libéré puisqu’il est multiplié par 5 environ entre 18 et 20 ans et par 15 au-delà de 50 ans.

Les causes de ce risque suicidaire majeur dans les mois qui suivent la libération tiennent très probablement aux difficultés de la réinsertion (croissante avec l’âge), au rejet des anciens détenus par la société, à la décompensation de pathologies psychiatriques lourdes dont on connaît la haute fréquence dans la population carcérale.

Seule une amélioration de la prise en charge médico-sociale des prisonniers libérés, tout particulièrement dans les premières semaines, pourrait permettre d’espérer une diminution de cette surmortalité par suicide.

Dr Nicolas Chabert

Pratt D et coll. : « Suicide in recently released prisoners : a population-based cohort study. » Lancet 2006 ; 368 : 119-23.

Source http://www.jim.fr 

Date de création : 10 juillet 2006

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