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« Il s’estimait maltraité, exploité »

Mise en ligne : 6 March 2006

Placé en garde à vue à Epinal, le tueur présumé de Jacques Lerouge, aurait agi par vengeance. Il sera déféré cet après-midi au parquet spinalien.

Texte de l'article :

EPINAL. - « Il s’estimait maltraité, exploité », explique la substitut du procureur d’Epinal, Delphine Jabeur. Durant les premières heures de sa garde à vue - prolongée hier soir -, le meurtrier présumé de Jacques Lerouge, n’a pas souhaité être assisté d’un avocat. Il s’est borné hier à répéter ce qu’il avait déjà expliqué aux enquêteurs la veille. A savoir qu’il voulait se venger de Jacques Lerouge, président fondateur de l’Association pour l’aide aux personnes en voie de réinsertion (Aperi), qui lui avait tendu la main à sa sortie de prison.

Maintenu en liberté conditionnelle alors même que la durée de sa peine était écoulée, l’auteur présumé avait quitté le centre de détention de Val-de-Rueil (27) pour entamer un CES à Neuves-Maisons, où se trouve le siège de l’Aperi. Puis il avait été employé à Charmes, sur le chantier du Haut-du-Mont, ancienne maison de retraite de la filature Boussac, destinée à devenir un foyer pour détenus en fin de vie. Un projet cher à Jacques Lerouge et qui avait été validé par le ministère de la Justice.

Il avait prévenu la PJ de Nancy

Sur le chantier à Charmes, les conditions de travail étaient semble-t-il difficiles. Au point que deux autres détenus avaient même préféré renoncer, quitte à retourner en prison... Quant au meurtrier présumé, il s’était d’ailleurs plaint il y a quelques semaines aux policiers de Nancy, qui avaient même ouvert une enquête.

Jeudi soir, l’auteur présumé venait tout juste d’arriver au Haut-du-Mont lorsqu’une altercation a éclaté entre Jacques Lerouge et l’ancien détenu, armé d’un couteau de cuisine. En tentant de s’interposer, Pierre Bouffard, un bénévole de l’Aperi âgé de 56 ans, a été blessé d’un coup de couteau à l’abdomen. Hospitalisé au centre hospitalier Jean-Monnet d’Epinal, ses jours ne sont pas en danger.

Après avoir frappé ce proche collaborateur de Jacques Lerouge, l’agresseur a entraîné le président de l’Aperi dans la cour, où il lui a asséné neuf coups de couteau, à la tête et dans le haut du corps. Lorsque les secours sont arrivés deux heures plus tard, Jacques Lerouge était déjà mort. Et le tueur avait pris la fuite.

Sans résistance

Il s’est écoulé presque 20 h entre le meurtre et l’arrestation de l’auteur présumé, vendredi vers 15 h à Epinal. En regagnant son domicile de la rue des Provinces à Epinal, cet ancien violeur et braqueur, successivement condamné à 16 et 14 ans de réclusion, s’est lui-même jeté dans la gueule du loup. « Sans doute était-il un peu perdu.

Tout de suite après les faits, il aurait quitté Charmes pour Epinal, en bus. Puis il aurait erré dans la cité avant de rentrer chez lui », explique Delphine Jabeur. Les gendarmes du Peloton de surveillance et d’intervention d’Epinal, en planque depuis le matin, n’avaient plus qu’à le cueillir.

Les gendarmes ont aperçu la silhouette de l’homme qu’ils recherchaient à travers les vitres d’un bus, qu’ils ont aussitôt obligé à s’arrêter. L’homme, qui portait sur lui un couteau, n’a opposé aucune résistance. « Mais nous ne sommes pas sûrs que l’arme blanche retrouvée sur lui soit celle qui ai servi à commettre le meurtre », souligne la substitut.

Placé en garde à vue depuis vendredi soir, interrogé par la section de Recherches de Nancy avec le concours de la brigade de recherches d’Epinal, le meurtrier présumé sera présenté cet après-midi au parquet spinalien, où une information judiciaire devrait être ouverte pour assassinat.

Maxence ALIBERT

Sourece : Est Républicain du 19/02/06