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Lettres de libérables désireux de s’expatrier pour échapper à la surveillance de haute police

Mise en ligne : 11 février 2006

Texte de l'article :

L’exemple de Claude Jean Eugène Boivin, détenu à la prison de Bazas.

“ Condamné le 13 Octobre 1863 à Paris à 6 mois d’emprisonnement et 5 années de surveillance de la haute police par la 7e Chambre correctionnelle de Paris pour délit de vagabondage je me suis vu par cette circonstance forcer de quitter mon pays natal et me rendre à Montpellier résidence qui m’avait été assignée.
Enfant de Paris, je pouvais m’y créer des ressources, tandis qu’en province, sans aucune connaissance, ayant un état industriel (dessinateur pour étoffes) je me voyais privé de tout.
Certes Monsieur le Sous-Préfet, on peut me dire sans doute que si je m’étais comporté comme je l’avais fait jusqu’à l’âge de 40 ans la Justice n’aurait pas eu à sévir contre moi. cela est vrai. Mais une alliance contractée contre le sentiment de ma famille et qui a eu de triste résultat, des revers ont contribué à me placer dans la position la plus malheureuse où l’homme puisse se trouver ici bas. Privé de ma liberté et dans cette malheureuse position je n’osais plus me présenter à qui que ce soit, car sur mon front était écrit surveillance de la haute police, chose si infâme. Depuis cette époque comment ai-je vécu ? Ne pouvant me créer les moyens d’existence par mon travail malgré ma bonne volonté, ne voulant pas tendre la main n’y chercher par des moyens frauduleux à me créer des ressources, la rupture de ban m’a ouvert les portes de la Prison où là j’y ai trouvé au moins le pain quotidien.
Il est pénible de tenir un semblable langage mais je dois être franc et par conséquent vous l’avouer, ce que bien des personnes ne comprennent pas, car pour comprendre une pareille position il faut s’y trouver soi-même.
A mon grand regret, voyant que je ne puis espérer trouver une personne assez charitable qui fesant abstraction des préjugés de la société (souvent si injuste) voudrait bien compatir à mon infortune en me tendant une main bienveillante et me procurant un travail avec mes forces me faciliterait les moyens de me retirer de la position pénible ou des circonstances fâcheuses m’ont placé je me vois donc forcé de venir très respectueusement vous prier, Monsieur le Sous Préfet d’intercéder pour moi auprès de qui de droit, afin que je sois dirigé sur une colonie quelle qu’elle soit, où là, je pourrai au moins me procureur par mon travail le stricte nécessaire à mon existence.
J’aurais l’honneur de vous faire observer que j’ai servi comme fourrier au 34e et 43e de Ligne.
Je crois devoir me borner à ce peu d’explications au sujet de ma situation, ne voulant pas abuser de vos instants en prolongeant des détails qui me sont si pénibles à dire.
Daignez agréer, je vous prie, Monsieur le Sous Préfet
l’assurance de mon profond respect
Boivin ”

Notice individuelle de Boivin Claude Jean Eugène, 49 ans, né le 25 septembre 1821 à Paris, sans domicile (extrait)

Tribunal (siège) / Date / Durée de l’emprisonnement / Motif

Paris - 22 novembre 1861 - 1 mois - Vagabondage
Paris - 19 janvier 1862 - 1 mois - Vagabondage
Paris - 25 mars 1862 - 15 jours - Vagabondage
Gien - 2 juin 1862 - 15 jours - Mendicité
Paris - 14 août 1862 - 13 mois - Vagabondage, vol
Paris - 12 octobre 1863 - 6 mois - Vagabondage et vol + 5 ans de surveillance
Nîmes - 17 mai 1864 - 6 jours - Rupture de ban
Marseille - 7 juillet 1864 - 1 mois - Rupture de ban
Macon - 30 septembre 1864 - 15 jours - Rupture de ban
Dijon - 10 janvier 1865 - 3 mois - Rupture de ban
Mulhouse - 1 avril 1865 - 1 mois - Rupture de ban
Lons le Saunier - 4 mai 1865 - 1 mois - Rupture de ban
Lons le Saunier - 8 juin 1865 - 3 mois - Mendicité
Lunéville - 5 octobre 1865 - 15 jours - Rupture de ban
Besançon - 10 novembre 1865 - 1 mois - Vagabondage
Bourg - 5 janvier 1866 - 8 jours - Vagabondage, Rupture de ban
Bourg - 19 janvier 1866 - 1 mois - Vagabondage, Rupture de ban
Macon - 26 février 1866 - 15 jours - Mendicité
Montluçon - 24 mars 1866 - 15 jours - Rupture de ban
Chinon - 25 avril 1866 - 2 mois - Rupture de ban
Chatellerault - 10 juillet 1866 - 1 mois - Rupture de ban
Saint Jean d’Angély - 21 août 1866 - 1 mois - Rupture de ban
Jonzac - 7 novembre 1866 - 2 mois - Rupture de ban
Niort - 27 avril 1866 - 2 mois - Mendicité
Bourg - 8 juillet 1867 - 1 mois - Rupture de ban
Blois - 20 août 1867 - 2 mois - Rupture de ban
Rennes - 5 décembre 1867 - 2 mois - Rupture de ban
Saint-Brieuc - 21 février 1868 - 2 mois - Rupture de ban
Angers - 5 mai 1868 - 15 jours - Rupture de ban
Moulins - 4 juin 1868 - 15 jours - Rupture de ban
Lons le Saunier - 27 juillet 1868 - 3 mois - Mendicité
Grenoble - 1 novembre 1868 - 8 jours - Rupture de ban
Cosne - 28 novembre 1868 - 15 jours - Rupture de ban
Sancerre - 25 janvier 1869 - 2 mois - Rupture de ban
Lyon - 4 août 1869 - 3 jours - Mendicité
Largentière - 14 août 1869 - 1 mois - Rupture de ban
Uzès - 9 octobre 1869 - 6 jours - Rupture de ban
Joigny - 9 avril 1869 - 3 mois - Rupture de ban
Tarascon - 23 octobre 1869 - 1 mois - Rupture de ban
Lons le Saunier - 9 juin 1870 - 1 mois - Rupture de ban
Beaune - 20 août 1870 - 15 jours - Rupture de ban
Chalon sur Saône - 22 septembre 1870 - 2 mois - Rupture de ban
Cognac - 3 mai 1871 - 20 jours - Rupture de ban
Saint Jean d’Angély - 1 juin 1871 - 2 mois- Rupture de ban