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> Edito

réponse à un email anonyme

Mise en ligne : 7 July 2004

Texte de l'article :

Un email anonyme nous parvient :

« je trouve bizard (comme à chaque fois...) que vous ne parliez jamais des victimes .il est vrai que ces personnes sont mortes donc c’est dèjà du passé vous prèfèrez dèfendre des individus dènués de tout scrupules. les faits sont là...certains détenus sont hyper médiatisés(ex.aubron) d’autres inexistants n’obtiennent pas une L.C médicale malgrè 1cancer en phase terminale ;c’est la médiatisation à outrance (on souffle le chaud,on souffle le froid).heureusement qu’il existe 2mois d’été comme tous les ans il va faire chaud dans les prisons ».

Banpublic oeuvre avec acharnement pour l’introduction du droit en prison, seule voie possible pour restaurer une concorde collective.

Pour que la prison cesse d’être le bras armé d’une vengeance hors la loi déléguée à des agents désormais formés en quatre mois qui, pour beaucoup, au terme d’échecs économiques et sociaux successifs, auraient très bien pu se retrouver à la place de ceux qu’ils surveillent.

Banpublic ne néglige pas les victimes.

A la différence du grand public, conditionné par des médias asservis aux pouvoirs de police, nous avons l’expérience et la connaissance nécessaires de la prison pour ne pas réduire l’ensemble des personnes incarcérées aux 9% d’auteurs d’homicides volontaires et de faire de leurs victimes les icônes exclusives d’une politique de contrôle qui pénètre chaque jour plus avant dans la vie de la population.

Plus de 80 000 personnes entrent et sortent de prison chaque année, pour une peine moyenne d’à peu près 1 an. Si l’on multiplie ce chiffre par 6 (femme, enfants, proches) on parvient à 1 million de personnes profondément affectées par le passage en prison, victimes directes et innocentes de la barbarie qui y règne.

L’absence de droit (famille, santé, droits de l’homme, travail, éducation, expression, sécurité, réinsertion, etc.), l’idéologie de comptoir qui guide les exécutants de la peine privative de liberté, la violence physique et psychologique systématique qui s’exerce sur les personnes incarcérées, qu’elle soient prévenues (1/3 de personnes non jugées, et présumées innocentes) ou condamnées, font de la prison un incubateur industriel à haine, à récidive et à violence sociale.

L’absence de soins rajoute à la peine légale les stigmates d’une justice moyenâgeuse : édentations systématiques, amputations, paralysies, agonies en cellule sans médicament. L’absence de droit du travail, la pratique officielle de l’esclavage pour les grandes multinationales du luxe et les PME sans scrupule élimine toute idée de ré-insertion dans les cadres légaux de l’entreprise. Comment payer des parties civiles lorsque l’on touche 1/3 du SMIC et que les denrées nécessaires à la survie sont plus chères qu’à l’extérieur ? Comment aider sa famille ? Comment préparer son retour à la vie civile ? L’humiliation et les brimades imposées aux familles, aux enfants et aux femmes attisent la désocialisation de pans entiers de la population. La mascarade d’un système éducatif concurrentiel avec le travail, le sport, les activités culturelles, la promenade et les parloirs, la flétrissure permanente du volet économique du casier judiciaire disqualifie toute idée de réinsertion par la connaissance et la volonté d’entreprendre.

Active sur tous ces fronts, sans aucune discrimination, Banpublic revendique une action responsable, intransigeante et documentée envers la société et ses citoyens, à contre-pied radical des comportements tribaux auxquelles les forces de gouvernement s’attachent à réduire les comportements collectifs en l’absence de tout projet solide de vie en commun.

Nous sommes ainsi attentifs à toutes les victimes, sans aucune exception, passées, présentes et à venir, et spécialement à ces dernières, parce que nous savons que l’entretien de la récidive procède d’une volonté politique et économique délibérée d’asservissements des exclus. Les médias et la publicité sont les soldats objectifs de cette spirale qui, matraquant les esprits de modèles de vie inaccessibles, développent une culture inflationniste de l’appropriation directe des êtres et des biens.

"Entreprises ne délocalisez pas [dans le tiers-monde], nous avons la même main d’oeuvre chez nous" : A l’argument marketing officiel de l’Administration Pénitentiaire, les gouvernements répondent par le développement des prisons et leur privatisation qu’ils confient à Bouygues, Dumez, Vivendi, à la Sodexho, etc. pour ranger les chômeurs des bassins industriels dévastés de part et d’autre de barreaux flambant neuf.

Les prisons ne sont pas ces bastilles de dessin animé où l’on effacerait pour toujours les "violeurs, criminels et pédophiles" (épouvantails grossiers brandis par Sorkozy à 100 minutes pour convaincre). Elles sont des lieux de passage temporaires pour de plus en plus de Monsieur-tout-le-monde où se dissout méticuleusement la civilisation au profit de pouvoirs en mal de main d’ oeuvre et de scrutins.

Vous semblez vous réjouir du passage de la canicule dans les prisons. Il faut beaucoup de courage pour continuer d’ignorer obstinément que ses effets, superposés à la déshumanisation organisée par les apôtres du Talion, ne manqueront pas de se faire sentir dans la ville un jour ou l’autre. Et un minimum de responsabilité pour signer ses prises de position et tenter d’installer un dialogue. Nous le croyons indispensable.

Jean-Christophe Poisson Banpublic