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mercredi, 17 décembre 2003

Mise en ligne : 28 May 2004

Texte de l'article :

mercredi, 17 décembre 2003

Coup de sifflet, les détenus retournent à leurs cellules respectives.

J ?entends dans le couloir les surveillants qui ouvrent les portes unes à unes et les télés qui commencent à s ?exciter.

L ??illet bascule, la porte ne s ?ouvre pas. J ?aperçois un ?il.

« 
- Hé ! Olivier enculé t ?es mort fils de pute.

Ne pas se laisser faire, ne pas montrer que je suis mort de peur.

- Ouais ouais garde la pêche.

- Ah ouais tu gazes en plus sale français ! j ?vais t ?niquer enculé ! T ?as cru ça y ?est t ?as planté un mec alors j ?vais avoir peur de toi ?

- Ecoute, retourne dans ta cellule et vas te remettre de tes blessures.. Que je n ?ai pas à me battre avec un éclopé.

- Un quoi ? vas y t ?es mort sur la vie d ?ma mêre. »

 

Quelques coups de pieds violent dans ma porte, puis je l ?entends partir en criant « je vais le niquer ! je vais le niquer ! »

Je m ?allonge sur mon lit en regardant mes mains trembler. J ?ai mal au ventre.

Je fais un petit bilan dans ma tête, je suis en prison, le pire endroit que je n ?ai jamais vu. Je n ?ai pas réellement d ?amis sur qui compter, je suis seul et les surveillants ne bougent pas lors des bagares.

Je pense à ma mère, je suis sur qu ?elle pense à moi en ce moment. Je sens cette boule dans la gorge. J ?ai envie de pleurer.

A quoi bon se retenir, je pleure.

 

Alors que je suis, allongé sur le ventre de mon lit en train de pleurer la tête dans mon blouson en cuir, un surveillant, Philippe, entre dans ma cellule pour me donner mon repas. Je me retourne, il me voit, les yeux complètement rouge.

 

« 

- Olivier qu ?est ce qu ?il y a ?

- Rien, rien, tout va bien.

- Tu as des problèmes avec des détenus ?

- Non non, j ?ai des problèmes avec personne.
- Ecoute mon grand, si tu as des problèmes, n ?hésite pas à en parler, on te changera de bâtiment par exemple d ?accord ?

Quel intérêt, changer de bâtiment.. je le recroiserai quoi qu il en soit. Aussi, j ?ai entendu parler d ?un gars qui avait changé de bâtiment à cause d ?une histoire, il s ?est fait frapper par la moitié des détenu à sa première promenade car ce sont les balances qui changent de bâtiment ?

- Je n ?ai pas de problème, surveillant.

- Ok, tiens prends ça, ce sont des fiches pour cantiner

Le surveillant me sort des longues fiches de couleurs. Les fiches de cantine et me les donne.

- Ah merci »

 

Je découvre ces fiches dont tout le monde parle pour la première fois. Elles servent d ?intermédiaire pour commander à manger, fumer, de quoi se laver, etc. Lorsque l ?on fait une commande, notre compte enrichi par les mandats cash que l ?on reçoit est débité.

Cela me fait un peu de lecture, je vais enfin lire autre chose que le livre de bienvenue que je connais maintenant par c ?ur.
Il y a sept couleurs différentes : La bleu pour le lundi, la jaune pour le mardi, la verte pour le mercredi ? Les produits sont sur chaques ligne et il suffit d ?indiquer le nombre que l ?on désire. Chaques fiches est diffférente. On ne peut cantiner des cigarettes, du tabac à rouler ou des feuilles à rouler que le jeudi. Il n ?est pas possible de commander plus de quatres cannettes de sodas par jour, sachant qu ?il n ?y a que deux jours où l ?on peut en cantiner. Je continue à faire le tour de ces fiches et je vois des boites de conserve diverses, petit couteau, brosse à dents, toto ( appareil que l ?on place dans un verre pour chauffer de l ?eau ) la célèbre rallonge électrique, qui a d ?ailleurs beaucoup de succés auprès des suicidaires, et auprès des mineurs aussi, car nous sommes placés au second étage juste en dessous des 18-21 ans. L ?électricité des cellules des mineurs est coupée à 00h00 ( avant si un détenu s ?amuse à placer sa fourchette dans la prise de la télé pour faire sauter les plombs de tout l ?étage ), donc tous les premiers samedi du mois, les mineurs aiment bien se brancher à l ?aide de leur rallonge à la cellule du dessus pour regarder le célèbre documentaire sur Canal Plus.

L ?eau à la bouche, je remplis ces fiches pour me faire un peu rêver. Dès que j ?aurais reçu mon premier mandat, je leur donnerai.
Quatres paquets de Marlboro, de la brioche, un mois de location de télévision, des Pépitos, du gel douche ( par superstition, je préfère cela à la savonnette ), un toto, des pâtes, de la farine, des chips, 6 bouteilles d ?1 litre 5 d ?eau ( pour ne pas cuire mes pâtes dans du calcaire ) du chocolat, deux litres de lait, six ?ufs, un couteau et pleins d ?autres victuailles.

J ?ai trop froid. Je n ?ai toujours pas de vêtements propres, et mes chaussettes sont sales et humides. Je me mets à la fenêtre :

« 
- Héé Kalidou ?

- Ouais Ouais ?

- Dis moi, tu as une paire de chaussette à me dépanner s ?il te plait ?

Une autre voix apparaît, au loin sur ma droite. Une voix toute enrouée.

- Hé ! Hé ! c ?est qui là ?!

- C ?est Olivier.

- Ah ouais ok, vas y mets ta main je t ?envois des chaussettes !

- Heu ok, merci. Mais t ?es qui ?

- C ?est Carl là

- Ok

Il a l ?air sympa, lui. Je l ?ai vu dans la cour, c ?est un noir minuscule et très sec qui marche avec les gros gabarits. Faisons en un ami. »

Démarche habituelle, je mets ma main, je recois le yoyo avec des chaussettes propres. Je suis presque heureux.

Je les enfile rapidement sur mes pieds gelés.

On m ?appelle à la fenêtre.

« 
- Ouais Ouais ?

- Ouais c ?est Carl, t ?as eu tes fiches de cantine ?

- Ouais ouais.

- Ok, alors prends de quoi noter tu vas cantiner pour moi.

- Comment ça ?

- Et ouais mec je te passe des chaussettes rends moi service j ?ai pas d ?argent, donc commandes moi hum de la brioche, des biscuits, de la sauce tomate, des pâtes, du ?

J ?aurais du me douter que cet élan de générosité cachait quelque chose. Je le coupe.
- Hé ! je peux pas désolé, j ?ai pas d ?argent.

- Ok alors écoute quant tu auras de l ?argent tu me cantines tout ça, dès que tu recois tu m ?envois le tout.

- Ok, je t ?enverrai un paquet de pâtes, et c ?est tout.

- Non non ! tu cantines tout ce que je t ?ai demandé mec !

- Dans ce cas je te renvois tes chaussettes.

- Ok renvois. »

Quel enfoiré. Je lui envois ses chaussettes à l ?aide du yoyo et me fourre dans mon lit.

Une journée de plus de passé. Je me demande comment l ?histoire avec Walid va se terminer. Quand je pense que lorsque l ?on veut annuler une action, en informatique, il suffit d ?une simple pression sur Control et Z. Et là, la bétise que l ?on a faite disparaît. Là, je n ?ai d ?autres choix que d ?assumer une fois de plus une de mes impulsions.