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mercredi, 26 novembre 2003 - 2 -

Mise en ligne : 16 May 2004

Texte de l'article :

mercredi, 26 novembre 2003

Samedi, 00h30, Je cours instinctivement en direction de ma maison, je crois que j’ai fait la pire connerie de ma vie, je ne réalise toujours pas, tout s’est fait si vite, ça fait 10 minutes que je cours, le dernier virage avant l’entrée de ma maison, je pense à a mère, comment vais-je pouvoir lui raconter ça ? Que va t-elle en penser ? Des gouttes de sueur coulent le long de mon visage sans que je m’en rende réellement compte, mon cerveau est trop préoccupé par ce que je viens de faire, voilà le dernier virage, je ralentis le rythme, je suis essoufflé, dans ma tête tout est mélangé, je ne sais pas comment cette histoire va finir. J’arrive devant chez moi, puis-je m’arrête brusquement, une voiture de modèle Laguna enclenche ses pleins phares dans ma direction et démarre en faisant crisser les pneus, on se croirait dans un film américain. Par réflexe défensif, je fais demi-tour et lance ce couteau qui est la cause de mes ennuis, je cours le plus vite possible, la voiture s’approche de plus en plus, puis 2 personnes en descendent et crient : « Police ! » Je me retourne, j’aperçois un homme en uniforme, agenouillé, un pistolet braqué dans ma direction, je me stop net, puis tout se passe en un éclair, je me retrouve allongé sur le ventre, menotté, dans ma rue... les policiers me bombardent de questions, je ne réponds pas, je ne suis pas conscient de ce que j’ai fais et de ce qui m’arrive. Je regarde autour de moi, je vois un de mes amis d’enfance qui passe et qui me regarde, j’ai honte, je tourne ma tête pour ne pas être reconnu. Puis, une autre voiture de police arrive, cette fois ci ce n’est pas une voiture banalisée, le policier me relève, et me pousse dans la voiture, mes menottes me serrent, j’ai très mal.

Sur le chemin du Commissariat, les policiers me font raconter les faits, je leur explique et demande de me desserrer mes menottes. J’arrive dans le commissariat, je me fais dévisager par la brigade, ils me font rentrer dans une salle, je regarde autour de moi : 2 cellules de Garde à vue avec une porte vitrée donnant sur un bureau, une des deux est logé par un homme, la quarantaine qui dort dans son vomi, appétissant... Mon escorte me pose sur un banc et m’ôte mes menottes à ma demande. Je raconte une nouvelle fois les faits à un autre policier. Pour le moment, je n’ai pas le courage de regretter quoi que se soit, je ne réalise pas ce qu’il m’arrive, je n’ai pas peur, je ne suis pas triste. Je leur demande combien de temps j’allais rester sur ce banc, on me répond qu’il ne fallait pas que je m’inquiète, la cellule vide à ma droite à été réservée spécialement pour moi...

1h30, je suis assis sur le banc en pierre de cette cellule, il y a des graffitis, des délinquants fièrent de l’être qui y ont laissé leur nom ou surnom, d’autres, ont mis des commentaires, « Arrête de cogiter, ce qui devra arriver arrivera » et « la prison, c’est dur, la liberté, c’est sur ! » En lisant le mot prison, un frisson me parcourt le corps, je commence petit à petit à réaliser, je m’inquiète pour la victime, et si je l avais tué ? Peut être que je ne lui ai fait que des petites égratignures et que dans l’heure qui suive, je serais relâché ? Peut être est-il en train de perdre son sang à l’hôpital ? J’ai peur. Je commence vraiment à stresser, il me faut une cigarette, je pense de plus en plus à la victime : Luc.

2h00, je me souviens de ce film, Usual Suspects, le gars disait que pour montrer que l’on a rien à se reprocher, en garde à vue, il faut dormir, de toute façon, je suis mort de fatigue. Le médecin m’a donné un calmant, il n’a pas trop d’effets mais je vais me forcer, et il faut que je sois en forme pour mon retour à la maison demain. Je me couche sur ce banc de pierre, ferme les yeux et attend que le sommeil m’emporte.