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Communiqué de la CNT-Jura : pour la libération immédiate des prisonniers politiques d’Action Directe

Mise en ligne : 18 April 2004

Texte de l'article :

Communiqué de la CNT-Jura

« A Toulouse, une cour d’assises bien française envoya Langer à la guillotine pour le crime de détention de vingt-cinq kilos de dynamite ! Langer, un ancien des Brigades internationales, évadé du camp de concentration du Vernet, avait pris le train pour récupérer cet explosif à Saint-Gaudens où travaillaient des carriers espagnols. Il fut arrêté à la petite gare Saint-Agne une fin d’après-midi. Lespinasse, procureur général, requit la mort de cette vermine étrangère et communiste. Le sang impur abreuva les sillons de La Dépêche. Quelques semaines après l’exécution, un commando FTP-MOI rattrapa le magistrat sur les bords du canal du Midi, du côté du pont des Demoiselles. Il marchait vers l’église, un matin pour l’angélus. Un jeune homme était appuyé à un platane. Il le laissa passer puis l’apostropha : « Lespinasse ! » Le procureur sursauta. Il se retourna avec l’arrogance du puissant face à l’affront de cette interpellation. Le jeune à casquette - était-il espagnol ou italien ? - prononça entre ses dents : « Langer » et lui tira cinq balles. Puis il s’enfuit à longues pédalées... Aujourd’hui, le procureur Lespinasse figure toujours à l’ordre des magistrats : « Mort pour la France ». Quelle France ? »

in Jean-Marc Rouillan, Le roman du Gluk, L’esprit frappeur, 2003, p.151

C’est en commençant par ces mots de Jean-Marc Rouillan, prisonnier politique d’Action Directe, actuellement soigné à Lyon pour un cancer du poumon et toujours incarcéré, que la CNT-Jura veut dire sa nausée, son rejet, son horreur et sa révolte quant à la justice française.

En effet, quelle France honore les assassins et assassinent les résistants ? La même qui a libéré Maurice Papon et condamné à mort les militants d’Action Directe !

Les faits qui révulsent :
- En 1998, Maurice Papon est condamné à 10 modestes années de réclusion criminelle pour complicité de crime contre l’humanité, reconnu responsable d’avoir ordonné plus de 1500 déportations vers le camp d’Auschwitz et la mort de 200 à 300 personnes le 17 octobre 1961 lorsqu’il était préfet de police de Paris. En 2002, il est libéré pour raison de santé (broncho-pneumopathie chronique avec toux).
- En 2004, Loïck LeFloch-Prigent, ex-PDG du groupe Elf et André Tarallo, le « Monsieur Afrique » du même groupe - un Monsieur que servent les médias aux crapules ordinaires -, condamnés l’an passé pour détournements de fonds publics, bénéficient d’une libération pour raison de santé (psoriasis géant et dépression...).
- Nathalie Ménigon, militante d’Action Directe, condamnée en 1986 comme ses camarades Joëlle Aubron, Jean-Marc Rouillan et Georges Cipriani à la réclusion à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 18 ans pour les meurtres de Georges Besse, ex-PDG de Renault, et de l’inspecteur général Audran, se voit refuser une telle libération alors même qu’elle est quasi mourante, partiellement hémiplégique suite à une série d’accidents vasculaires cérébraux.

En suivant la logique qui a présidé à l’application, jusqu’à présent, de la loi Kouchner, on se prend à penser que Nathalie aurait dû voler beaucoup d’argent ou tuer des centaines d’innocents pour espérer obtenir le bénéfice de cette loi plutôt que de s’engager pour un monde meilleur.
Jean-Marc Rouillan et Joëlle Aubron, notre camarade en attente d’être soigné d’une tumeur au cerveau et entravée sur son lit d’hôpital 8 jours durant, peuvent-ils espérer bénéficier de cette loi bourgeoise, de cette justice de classe ?

Il faut rappeler que l’état de santé déplorable des membres d’Action Directe est la conséquence des nombreuses années d’isolement subies lors de leur détention alors même que Papon, LeFloch et Tarallo ont vécu leurs quelques mois de prison en quartiers V.I.P. Il semble évident que la justice française cherche à réduire, en ses geôles, certains prisonniers qu’elle seule qualifie d’extrêmement dangereux, à l’état de bête sauvage alors même qu’elle en préserve d’autres.

Qui est dangereux pour l’humanité ? Une Nathalie Ménigon ayant commis le « crime » de combattre pour la justice sociale, ou les fossoyeurs Papon et Le Floch-Prigent, ordonnant la déportation et la liquidation, pour l’un, de milliers d’anonymes et détournant, pour l’autre, des sommes considérables d’argent public ?
Et combien de morts Georges Besse a-t-il ordonné à la chaîne des usines Renault ?

Action Directe combattait pour la justice et la révolution. Leur choix tactique -la lutte armée- était peut-être discutable, mais pas la finalité de leur engagement. Papon, Le Floch et Tarallo n’ont eux jamais aspiré qu’à asseoir leur pouvoir et accroître leurs intérêts personnels. Ils doivent aujourd’hui leur liberté à ce même Etat bourgeois dont ils étaient les sbires et qu’Action Directe, en revanche, - et c’est pourquoi l’administration pénitentiaire veut les détruire à petit feu - a toujours combattu.

La CNT-Jura s’engage à tout mettre en oeuvre pour obtenir la libération immédiate des prisonniers politiques d’Action Directe. Non à la peine de mort en prison ! Luttons contre cette justice de classe !

Oui à ce que Joëlle Aubron appelle, dans son dernier communiqué, « notre engagement pour une libération sociale, politique et culturelle du mode de production capitaliste[...] pour changer de société et rendre l’avenir à l’humanité. »

CNT-Jura