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N°09 - une condamnation à mort

Mise en ligne : 30 May 2002

Dernière modification : 6 November 2013

Texte de l'article :

Suivi par Ban public - Créée pour faire connaître l’univers carcéral et faciliter la réinsertion des détenus, Ban Public développe son action autour du site, le cas de Patrick B. est symptomatique des difficultés auxquelles sont confrontés les détenus pour obtenir une libération conditionnelle, malgré un état de santé très dégradé.

Muni d’un certificat d’hébergement, d’une promesse d’embauche, d’une inscription à un Deug d’histoire, ainsi que de certificats médicaux attestant de la gravité de son état et de la difficulté du suivi thérapeutique, Patrick B., malade du sida et souffrant d’une hépatite C chronique, a vu sa demande de libération conditionnelle rejetée, le 6 juillet 2001, par la juridiction régionale de la libération conditionnelle (JRLC) de Bourges. Un jugement confirmé en appel. Reconnaissant « les efforts tout à fait méritoires mis en oeuvre par Patrick B. pour améliorer ses compétences et accéder à une formation » - il a obtenu, en prison, son diplôme d’accès aux études universitaires, la JRLC a néanmoins estimé son projet de réinsertion « largement incohérent », car il « prétend que sa santé est fortement dégradée et que son état est préoccupant » alors qu’il se propose « de travailler comme gardien de l’hôtel appartenant à son grand-père » (à mi-temps) et « de poursuivre des études universitaires » (par correspondance). En outre, estime la JLRC : « A cette incohérence s’ajoute un total manque de réalisme : l’intéressé entend demeurer chez son amie à Montrouge tout en travaillant à Montreuil. ». Enfin, s’appuyant sur une expertise médicale dont il résulte que « l’état de santé de Patrick B. n’est nullement incompatible avec la détention et qu’une partie des difficultés qu’il rencontre pour se soigner efficacement provient de ses réticences, voire de son hostilité à l’égard de l’équipe qui le prend en charge », la JLRC fixe « un délai d’un an pendant lequel il ne pourra pas renouveler sa demande ». Le médecin de l’UCSA, qui suit ce détenu, souligne pourtant qu’il ne « refuse aucunement les soins », mais que de fréquentes intolérances l’obligent à arrêter les traitements... Pour Ban Public, il s’agit là d’un jugement inique : « Aujourd’hui, Patrick B. vit dans une situation de stress et de violence permanente. Souvent transféré, il subit des ruptures de soins et il va mal. Dehors, il pourrait peut-être récupérer les forces et l’énergie suffisantes pour repartir. Ce refus de libération conditionnelle est une condamnation à mort. »
F. R.