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> Edito

La fumisterie du 8 mars

Mise en ligne : 20 March 2003

Dernière modification : 20 March 2003

Texte de l'article :

Jacquette, dite Coucougnette, a été condamnée à perpétuité pour avoir tué et découpé en morceaux son ex-compagnon après qu’elle l’ait surpris en train de violer sa gamine de 6 ans. Dans la même affaire, le complice du pédo a été condamné à 7 ans. Dans ce procès le Procureur de la république a dit clairement à Jacquette qu’elle n’avait pas à se faire justice elle-même, d’autant plus que c’était de sa faute si sa gamine avait été violée étant donné qu’elle laissait cette dernière aux mains des inconnus le soir pendant que soi-disant, elle allait travailler. Mère indigne. Perpétuité plus l’enfant placé. Amen.

Carole, une jeune mère de quatre gosses dont était un légume à cause d’une malformation au cerveau dû au coups de son male alcoolo lui assenait pendant sa grossesse. Elle a tenu un an, seule, avec trois gosses bien portants en bas-âge et un autre qu’il fallait nourrir par une paille. Je vous épargne les détails. Résultat : elle a craqué en étouffant le légume pour que les trois autres puissent grandir à peu près normalement. Sanction : 20 ans et les trois gosses placés. Amen.

Je passe sur des cas banals qui sont de nombreuses femmes qui croupissent dans les geôles de la république parce qu’elles ont transporté de la drogue pour ces mâles. Ces mêmes mâles qui ont voté à l’unanimité que la matrice de la femme leur servait pour dissimuler de la came. Et n’oublions pas non plus ces femmes de parloir qui sont enfermés dehors pour leurs fils, frères, amants, maris, qui eux sont dedans. C’est d’autant plus complexe que quand ces hommes étaient dehors ils mêlaient leurs affaires comme ils l’entendaient.

La femme, celle du voyou, ne devait pas, surtout pas, poser de questions, genre : « où tu vas ? que fais-tu ? » « Non ! ce n’est pas ton problème. » Sauf quand il se retrouve derrière les barreaux, là, c’est toi, la femme qui devient la solution aux problèmes que lui a posés… mouais…

Et dans ce cas précis, la femme n’existe que dans l’œil de l’homme qui la considère. Il peut l’encenser, la démolir, selon son bon goût à lui, circonstances idéales, modulées – mais, ça, faut pas le dire.

Pour en revenir aux cas extrêmes, entre autres, celui de Jacquette et Carole, je ne dis pas qu’on a le droit de tuer en toutes circonstances. Je dis que la tolérance zéro, le doute, les circonstances atténuantes oeuvrent fort peu devant le Juge quand il s’agit de ces femmes. Et pourtant, chacun sait qu’une certaine tolérance pour celles qui enfreignent la loi, celles qui ont vu rouge comme Jacquette et Carole, c’est l’espoir de se réinsérer dans la société. Et que si on supprime cet espoir, c’est la condition de la femme qu’on supprime. Elle n’a même plus lieu d’être, ou d’exister.

Si d’entrée la tolérance zéro est appliquée, à quoi sert alors l’instruction ? les avocats ? le procès ? Il ne reste plus qu’à distribuer les années de prison, c’est la justice des robots, où les coupables sont envoyé(e)s à la casse comme du matériel défectueux. Décréter la tolérance zéro est aussi crétin que d’espérer que son enfant ne mentira jamais, ne volera pas, ne tuera pas, ne violera pas. Bref, qu’il sera un enfant aussi prévisible qu’une pendule. Et dans ce cas, il vaut mieux adopter une pendule !

Mais la justice est une affaire humaine. Pas une affaire de machines. Si on la sait aveugle dans les tribunaux, c’est pour qu’elle ne soit pas influencée par les apparences. En revanche, on ne la sait pas sourde, mais bordel de merde ! Pourquoi n’entend-elle pas les cris de ces femmes qui pleurent dans ses prisons ?

Il est écrit dans le Nouveau Testament qu’au commencement Dieu a créé Adam et Eve. Un homme et une femme. Et d’après ce que je sais, ils étaient égaux. Je sais aussi que c’est Eve qui a fait manger la pomme à Adam, qui n’a pas dit non ! Où je veux en venir ? Qu’on ne me casse plus les ovaires avec des mots, des paroles, genre : « la femme doit s’intégrer dans la société », alors que je sais qu’elle n’a pas à s’intégrer où que ce soit, puisqu’elle était là dès la création. Elle existe, elle a les mêmes droits que l’homme, ce n’est pas un animal que l’on ramène chez soi, et à qui l’on doit apprendre à se coucher et à vivre avec le reste de la société.

Si la femme s’est tue depuis tant de générations, c’est à cause de la morale judéo-chrétienne qu’on nous prodigue dès le plus jeune âge. Dans les douze apôtres, aucune femme !

L’homme et la femme font partie intégrante de l’espèce humaine. A chacun sa manière, et pourquoi tel genre doit se considérer supérieur ? Pourquoi certaines devraient faire plus d’efforts pour être égales ? Je ne comprends pas. Et c’est d’autant plus paradoxale que ni l’un, ni l’autre ne peuvent vivre l’un sans l’autre.

Ce qui me paraît important, c’est de savoir, sur qui, nous les femmes, devons-nous compter ? Qui sont nos allié(e)s ? (d’autant qu’il n’y a pas plus machistes, plus sexistes que les femmes entre elles) Nos complices ? pour améliorer nos situations de vie, de travail, nos rapports à la famille. Pouvons-nous compter sur les personnalités ? sur les médias qui ne stigmatisent que la violence des quartiers ? Pouvons-nous compter sur les politiques actuels ou passés, qui ne proposent que du sécuritaire ? Je pense désespérément que ce n’est pas au sexe, dit « faible », de défaire ce que le sexe dit « fort » a tissé. C’est à eux de se mettre face à eux-mêmes.

Les avancées que les femmes ont eu en France, depuis les années 60, n’ont eu lieu que parce qu’elles se sont mobilisées pour les obtenir. Mais n’oublions pas qu’il a fallu pour les obtenir, l’aval des hommes !

Les femmes ont toujours subi et continueront à subir. Dans la vie sociale, dans la vie quotidienne, l’esclavagisme dans laquelle elles travaillent, la femme est malmenée de tout et partout en règle générale. Comment les femmes peuvent-elles se révolter dans ce monde, alors que c’est ce même monde qui est la cause dépendante et indépendante de leur malheur ?

La violence impérialiste, la violence des grandes puissances, qui s’est abattue sur l’Afghanistan, qui étrangle depuis 50 ans la Palestine et qui aujourd’hui atteint l’Irak. La violence machiste qui est amplifiée par les conditions sociales mettant les femmes dans des impasses sociales. La violence de l’Etat par le retour de l’ordre moral. Les conditions que ces politiques répressives ont sur la vie des familles, et pour en atténuer les effets, ils ont inventé la parité ! La violence sexiste qui est amplifiée par la condition des femmes en milieu carcéral.

Alors, imaginez la femme détenue, incarcérée dans un monde fait par et pour les hommes. Dès la garde à vue, elle se fait traiter de tous les noms d’oiseaux. Si elle est auteur des faits, on lui perfuse la culpabilité des faits, la honte qu’elle devrait ressentir en tant que mère de famille. Et si elle ne l’est pas, on la traite de demeurée, de salope, de fille indigne, de mère indigne, que sais-je encore ?

Alors, ne venez pas me gonfler avec cette journée du 8 mars. En tant que femme, je n’éprouve ni le besoin, ni la nécessité d’une journée de reconnaissance pour savoir que j’existe. Rien ne me paraît plus dérisoire, plus ridicule, plus abêtissant que l’importance accordée à cette journée. Cette nuance délicate, cette comédie de la « journée de la femme », que de snobisme de plus en plus populaire ! Abêtissant !

Pour terminer, je conclurais par cette phrase qui me vient d’un grand poète, dont je tairais le nom par pudeur et modestie, qui a dit ceci (et je l’approuve entièrement) : « la révolution des femmes se fera quand elles feront la grève du ventre ».

Alors, mesdames, on commence quand ?

Francine