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Couple au parloir

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Date : 3-05-2018

Sexualité en prison : La grande hypocrisie

Mise en ligne : 3 mai

Interdire les relations sexuelles sans le dire. C’est le tour de force de l’institution carcérale. De fait, tout détenu surpris dans des rapports intimes au parloir est passible de sanction disciplinaire pour avoir « imposé à la vue d’autrui des actes obscènes ou susceptibles d’offenser la pudeur » . Un texte qui renvoie au délit d’exhibitionnisme. Pour qu’il y ait faute, il faudrait que « l’exhibition soit intentionnelle », soulève la professeur de droit Martine Herzog-Evans. Or, en réalité, les couples font tout pour se cacher. Mais dans un espace où aucun lieu ne doit échapper à la vigilance du personnel de surveillance, celui-ci se retrouve « contraint à observer l’intimité d’autrui, ce que, dans le monde libre personne ne songerait décemment à faire » comme le souligne Martine Herzog-Evans. Et les relations sexuelles ainsi découvertes peuvent être réprimées, sans être expressément interdites, ce qui serait probablement jugé contraire aux normes de droit supérieures, notamment constitutionnelles et européennes. La Cour européenne des droits de l’homme a déjà eu l’occasion d’affirmer que la Convention « protège le droit à l’épanouissement sexuel […] qui est l’un des aspects les plus intimes de la sphère privée ». Et le juge français a annulé le règlement intérieur d’un centre hospitalier qui interdisait « les relations de nature sexuelle » au motif que cette interdiction portait atteinte au droit à la vie privée des patients. La règlementation française s’est donc délibérément placée dans l’hypocrisie consistant à interdire de fait les relations sexuelles en prison, sans l’écrire dans aucun texte.

Il n’existe en prison qu’un seul lieu, non surveillé, où sont autorisées les relations sexuelles : les unités de vie familiales. Avoir accès à ces unités est un droit, pour tout détenu. Pourtant, seulement 36 établissements pénitentiaires sur 188 en sont équipés. L’Etat condamne ainsi, sans le dire, les prisonniers et leurs conjoints à l’abandon de leur sexualité.

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