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> Edito

Noël en prison, Pâques en zonzon !

Mise en ligne : 28 décembre 2015

  • Editorial
Texte de l'article :

Il est des contes où le père Noël descend par la cheminée et récompense avec moult cadeaux les enfants sages.
Il est des cauchemars où la prison est une dure réalité et où, bien que présentant tous les gages de réinsertion sociale prévus par la loi, le/la prisonnier/ère n’obtient aucune permission, relevé de sûreté ou libération conditionnelle.
Cauchemars ? Pas vraiment. Mais plutôt un constat inquiétant quant à la sévérité croissante des établissements pénitentiaires et des juridictions d’application des peines.
Il est établi que des conditions de détention respectueuses du prisonnier et l’octroi d’aménagement de peines font considérablement diminuer le risque de récidive et assure la réinsertion, tant demandées par la société et le législateur.
Traitez un homme comme un homme et non comme un chien, il deviendra responsable.

Injustice du sensationnel (ou) Une justice sensationnelle

Mais la médiatisation de cas marginaux – un prisonnier en permission de sortie qui ne réintègre pas et comment une nouvelle infraction – sape ces fondements au cœur de l’exécution des peines. 

La justice, qui prétend ne pas succomber aux affres du sensationnel et qui conspue les réactions populistes de certains politiques lors de la médiatisation d’abominables faits divers, semble pourtant subir les conséquences de la médiatisation de ces situations isolées.
Elle est pourtant la première à réagir quand elle est pointée du doigt par le politique, et à faire corps autour des magistrats stigmatisés par les médias et les hommes politiques comme responsables des infractions commises par des prisonniers.
Elle prétend ne pas tomber dans cette réaction épidermique des lois mémorielles prises à la va-vite par un parlement plus préoccupé de se faire réélire que de mener une politique pénale cohérente et à long terme.

Un durcissement de l’application des peines en 2015

Et pourtant, l’application des peines a connu en 2015 un durcissement jamais égalé où le prisonnier « idéal » n’obtient quasiment pas de relevé de période de sûreté ou de libération conditionnelle.

Ce fut le cas de Jacques, d’Icham, de Martine ou encore de Sandra.
Prisonniers « modèles », accomplissant avec dignité leurs peines et les obligations qui pèsent sur leurs épaules pour préparer au mieux leur sortie, ils ont vu le rejet quasi systématique de leurs demandes de relevé de sûreté ou se sont vus accordées de ridicules quanta, plus insultants qu’encourageants. Leurs demandes de libération conditionnelle sont écartées pour des motifs inexistants dans le code de procédure pénale dont par exemple le caractère « prématuré » de la demande (comprendre : le tribunal a prononcé une peine de tant d’années d’incarcération et il ne convient pas de revenir dessus par une mesure de libération conditionnelle – ce que ne fait d’ailleurs pas la mesure d’aménagement de peine….).

Juridictions timorées et allongement de la durée d’incarcération

Les juridictions de l’application des peines – bien que constitutionnellement indépendantes de l’exécutif – sont devenues timorées et ne respectent plus l’esprit de la loi.
Si le législateur a prévu que le relevé de sûreté puisse être accordé de manière exceptionnelle si le/la condamné( e ) présente des gages de réinsertion sociale et s’il a prévu que la libération conditionnelle puisse être accordée à la mi-peine, ce n’est pas parce qu’il estimait que les condamnations pouvaient être remises en question mais bien que la condamnation, si la société souhaitait qu’elle soit efficace, puisse s’exécuter, pour partie, hors des murs d’une prisons.
Aujourd’hui, les durées moyennes d’incarcération s’allongent et les procédures d’aménagement de peine des prisonniers longues peines (supérieures à 5 ans) se complexifient toujours plus laissant aux « experts » le soin de savoir si le condamné d’hier présente un risque de récidive.

Dénier les efforts des prisonniers


Or, retirer cette once d’inconnu propre à l’être humain, et porter l’exécution des peines aux peines prononcées c’est prendre le risque de transformer les prisons en véritable poudrière. Les prisonniers n’auront plus rien à perdre.
Ne pas reconnaître les efforts d’un prisonnier, c’est lui dénier tout espoir, c’est lui retirer sa part d’humanité, c’est faire de lui une chose.
Alors si à Noël vous êtes rentrés en prison, il est fort à parier que malgré tous vos efforts, à Pâques vous serez encore en zonzon.
A tous les prisonniers, de France et de Navarre, des territoires et départements d’outre-mer, à vos familles et à vos proches, Ban Public vous apporte tout le soutien possible et préservera pour 2016 ses combats contre vents et marées.

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