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Fabien, un Boulonnais de 36 ans, retenu en prison au Népal

Mise en ligne : 28 août 2014

Texte de l'article :

Le jeune homme, d’origine boulonnaise, croupit dans des geôles népalaises depuis un peu plus d’un mois. Motif : fausses déclarations, pour une situation entre la colocation et le concubinage. Ses proches se mobilisent pour le faire sortir sous caution, dans l’attente d’un éventuel procès.

L’histoire d’amour a viré au cauchemar. Le récit est romanesque, entre correspondances amoureuses, hauteurs himalayennes et échanges culturels. Mais l’issue est émaillée d’accusations de violences, de soupçon de mariage gris et surtout, d’emprisonnement au Népal dans des conditions extrêmes. Fabien, d’origine Boulonnaise, poursuit des études en biologie lorsqu’en 2005, il rencontre via Internet Kamala (*), une jeune fille népalaise. Ils conversent pendant un moment et tombent amoureux. Fabien décide de tout plaquer pour le Népal.
Sur place, à Pokhara (au centre du pays), Kamala insiste pour qu’ils se marient rapidement. Leur union, non officielle, pourrait être mal vue par la population locale. Au mois d’août 2005, ils se connaissent depuis quelques mois seulement mais convolent en noces. Ils reviennent en France à la fin du mois et y restent deux ans, jusqu’en 2007.
Puis Fabien souhaite retrouver les neiges éternelles de l’Orient. Le couple retourne donc au Népal, à Katmandou. Fabien travaille d’abord dans une agence de trekking, puis il devient directeur d’une autre agence et fait embaucher sa femme comme guide de montagne. Le temps passe. Kamala obtient la nationalité française en mai 2012.

Disparue sans laisser de traces
Un an plus tard, le 7 mai 2013, Fabien rentre chez lui. Là, plus personne. Kamala a laissé un message dans lequel elle l’accuse de tous les maux. Elle a aussi envoyé des courriers à l’agence de trekking et à l’ambassade de France à Katmandou. Il y est question de violences conjugales. Le Boulonnais remue ciel et terre pour retrouver sa femme. L’ambassade lui fait savoir que le départ semble volontaire et qu’il n’y a rien à faire. Il la cherche pendant quatre mois. En vain. Elle a disparu sans laisser de traces.
Dans le même temps, Louise, la maman de Fabien, qui habite Boulogne, entame pour son fils une procédure de divorce en France. Mais elle ne dispose pas de l’adresse de Kamala pour la joindre au dossier. Le seul renseignement qu’elle obtient, à partir de la sœur de Kamala résidant en Belgique, c’est que la jeune femme est désormais à Hong Kong. Sur la base de ces informations, huit mois après cette disparition, Fabien décide de passer à autre chose. Début 2014, il rencontre une autre Népalaise, Rabina, par ailleurs amie de son épouse.
Cet été, Fabien arrive à Boulogne pour des vacances. Il profite de sa famille. Fin juillet, il rentre au Népal. Le lendemain de son retour, le 22 juillet, la police arrive à son domicile et l’arrête en compagnie de sa nouvelle copine, Rabina. Ils sont placés en garde à vue tous les deux pour fausses déclarations, ayant indiqué qu’ils étaient en colocation et non en concubinage. Ils sont détenus dans des conditions extrêmes. Ce n’est que le début du calvaire.

« Une cellule de 15 m², à plus de vingt détenus, avec des punaises, des poux… »
Après avoir été arrêtés à leur domicile, Fabien et Rabina ont passé trois semaines en détention provisoire dans un commissariat de Katmandou. Le mardi 12 août, un juge décide de libérer sous caution Rabina mais renvoie sa décision pour Fabien, qui est transféré vers la prison de la ville. La veille, sa maman, Louise, âgée de 63 ans, est arrivée à Katmandou à partir de Boulogne, dans l’espoir d’assister à la remise en liberté de son fils. Depuis deux semaines, sur place, aidée par Rabina, elle se bat contre des intermédiaires plus ou moins crédibles (voire plus ou moins véreux selon les contacts). Entre les responsables de la prison, les geôliers, les avocats, les autorités locales et le personnel de l’ambassade de France (*).
Louise, qui a effectué plusieurs voyages au Népal par le passé, décrit les conditions de détention extrêmes vécues par son unique enfant : « Il était dans une cellule de 15 m², avec une mince paillasse sur le sol, où plusieurs détenus dormaient parfois à plus de vingt. Ils étaient tous alignés, ramenés et jetés là à n’importe quelle heure de la nuit, avec la lumière toujours allumée, sans possibilité de sorties. Il y avait des punaises, des poux… »
Louise s’organise pour les visites en prison (pas plus de deux par semaine) et attend désormais la prochaine audience. Vendredi, un juge devrait décider de la remise en liberté sous caution ou non de son fils. Dans l’attente, par la suite, d’un éventuel procès. Mais Louise se désespère : « De report en report, il pourrait y en avoir pour encore trente-cinq jours de détention, c’est impensable. D’autant que le divorce est en cours au Népal, pourquoi ça ne mettrait pas fin à tout ça, c’est incompréhensible ! »

Pourquoi des accusations de bigamie ?
Au Népal, c’est un délit d’abandonner une femme pour une autre. Fabien n’a visiblement pas pensé que la bigamie, qui consiste à vivre sous le même toit qu’une autre femme que son épouse, pouvait s’appliquer à son histoire. Là où il semble insoupçonnable, c’est qu’au moment des faits son épouse était introuvable et qu’une procédure de divorce avait été entamée en France. Actuellement, les papiers du divorce sont relancés au Népal.
La famille de Fabien s’interroge alors : pourquoi est-il toujours en prison ? Les proches craignent des dénonciations calomnieuses de l’ex-épouse. C’est elle qui aurait mis les autorités sur la piste de la bigamie, avant de rappeler les violences conjugales dont elle aurait été victime, afin de se débarrasser de Fabien, qu’elle aurait floué financièrement (lire aussi ci-contre).

Enjeux nationaux népalais
Les proches de Fabien pensent qu’à la base de toute cette affaire, qui a commencé par des accusations de bigamie, se trouve Kamala, l’épouse disparue. « Juste avant son départ prémédité, elle a déjà dépouillé financièrement Fabien », dénonce Louise, qui poursuit : « L’accusation pour violences conjugales était la seule qui convenait à Kamala parmi les quatre valables pour justifier un tel abandon de domicile conjugal. Pourtant, aucune plainte n’a été déposée pour ces faits. »
D’après la famille du Boulonnais, Kamala est intervenue pendant la garde à vue pour rappeler les violences conjugales dont elle aurait été victime par le passé. Elle se serait aussi rapprochée d’une association féministe locale. Association qui aurait défilé devant le logement du juge en charge du dossier de Fabien. Cette affaire pourrait bien être détournée au nom d’enjeux nationaux, dans un pays où la dénonciation des violences faites aux femmes s’inscrit depuis quelques années dans des promesses de campagnes politiques.

NOTE
* Nous n’avons pas pu joindre l’ambassade hier, la ligne étant continuellement occupée ou saturée, d’après un message enregistré.
* À part pour Fabien, tous les prénoms ont été changés.

CV
1978 : naissance de Fabien à Boulogne.
De 1989 à 1993 : élève au collège Paul-Langevin.
De 1993 à 1996 : élève au lycée Mariette.
En 2005 : étudiant en biologie par correspondance à l’UTC de Compiègne.
Le 1er mai 2005 : départ au Népal
Le 1er août 2005 : il se marie au Népal, à Pokhara. le couple arrive en France à la fin du mois.
En 2007  : ils repartent au Népal, à Katmandou. Fabien travaille dans une agence de trekking et sa femme devient guide de montagne.
Le 9 mai 2012 : sa femme obtient la nationalité française.
Le 7 mai 2013 : elle disparaît sans laisser de traces.
Le 22 juillet 2014 : après des vacances en France, Fabien est interpellé à son domicile de Katmandou avec sa nouvelle copine puis placé en garde à vue.

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