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Les liens familiaux

Un de plus. Un de trop.

Mise en ligne : 16 juillet 2012

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Texte de l'article :
J’aurais voulu que tu sois libre
J’aurais voulu que tu connaisses la sensation des saisons doucereuses 
J’aurais voulu que tu puisses fouler de tes pieds le sable fin des plages désertes
J’aurais voulu que tu souris à la vue d’un enfant heureux
J’aurais voulu que tu ries aux éclats devant la légèreté de l’être
J’aurais voulu que tu t’abreuves d’amour jusqu’à ne plus pleurer
J’aurais voulu que tu te révoltes contre le monde d’aujourd’hui en levant le poing parmi tes semblables
J’aurai voulu que tu gouttes à la liberté comme on savoure un fruit d’été
J’aurais voulu te voir courir sous la pluie en riant

J’aurais voulu qu’il n’y ait jamais cette vitre pour te séparer du monde des vivants
Du monde des normaux
Du monde des inclus
J’aurais voulu que jamais la marge ne te dérobe, que jamais tu ne t’y égares

J’aurais voulu te voir libre un jour, aveuglé par une lumière dérobée

J’aurais préféré te voir tomber à genoux devant l’ampleur de la liberté

J’aurais voulu pour toi des jours heureux, des folles passions. J’aurais voulu pour toi des complicités malicieuses, des découvertes enfantines. J’aurais voulu pour toi la fin des impossibles.

Tu avais des rêves pleins les poches toi aussi.

Ils ont dit que tu t’es donné la mort. Mardi 10 juillet 2012. Dans ta cellule.

Je ne crois pas que tu t’es donné la mort. Je crois que la prison l’offre, la mort. Sur un plateau. 
Je crois qu’elle s’infiltre, la mort.
Vicieuse, visqueuse. 
Impudique. 
Violente.
Depuis longtemps, elle s’est infiltrée en toi.

Tu as pris la mort comme on prend un autobus pour rejoindre le bout du monde. Comme on emprunte sa liberté. Tu as choisi la seule voie possible pour signer ta délivrance.

Je te comprends. Mille fois, je te comprends. Je ne t’en veux pas.

Je suis en colère. Contre mon pays. Contre mon système. Contre un système qui a laissé des enfants sans repères pour les retenir captifs. Enfermés toujours pour ne jamais apprendre la vie. Enfermés toujours pour apprivoiser la mort.

Tu avais 27 ans. Tu étais trop jeune pour rencontrer la mort. Je suis en colère.

La prison continue de tuer. Continue de laisser des hommes et des femmes « se donner la mort » dans la solitude d’une étroite cellule. Elle t’a laissé mourir. Elle a laissé mourir tous ces enfants qui te ressemblent.

Je ne vois rien dans les médias. Pas un mot. Pas une ligne.
Des articles relatent qu’au 1er juillet 2012, 67373 détenus peuplent les prisons françaises. Au 10 juillet, il n’y en a plus que 67372.

Qu’en ont-ils à faire de ces chiffres ? Qu’en ont-ils à faire de notre peine ? Qu’en ont-ils à faire de ton corps refroidi, sinon la conscience des chiffres ?

Ils ne parlent pas de toi.

Moi je voudrais te rendre un hommage. Si petit soit-il. Si peu médiatisé soit-il. Dire ma colère contre un système tueur. Dire ma peine. Dire l’horreur.

Encore un. Encore un suicide en prison. 

Il paraît que le changement c’est maintenant. 

Le changement ne t’aura pas sauvé. Il ne t’aura pas attendu.

Ma peine est immense. Ma colère intacte.
Mes pensées avec toi, petit corps d’enfant disparu pour voler ta liberté.



Toi – 1984-2012
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