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Les étranger(e)s incarcéré(e)s en France

Sans-papiers : la France s’assoit sur la décision de la Cour de justice

Mise en ligne : 5 May 2011

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Texte de l'article :

03 mai 2011

Les ministères de la justice et de l’intérieur avaient souhaité procéder à « une analyse approfondie » de la décision de la Cour de justice de l’Union européenne, qui interdit d’incarcérer un étranger sans titre de séjour. C’est fait. Ils s’assoient dessus.

Témoin la dépêche AFP, datée du 3 mai, à 14 h 48.

  Arrêt européen : la France continuera de pénaliser le refus des reconduites

AFP-France - PARIS

Après l’arrêt jeudi de la Cour européenne de Justice enjoignant l’Italie de ne plus incarcérer un étranger en situation irrégulière, la France estime n’être pas concernée et continuera de le faire « en cas de refus » d’éloignement, a indiqué mardi le ministère de l’Intérieur.
Interrogé par l’AFP sur les conséquences de cet arrêt européen, le ministère a souligné qu’il visait « directement une réglementation italienne » et que le dispositif français était « différent » de celui de l’Italie.

« A ce stade de notre analyse, le dispositif existant en droit français est suffisamment différent pour qu’on n’ait pas la même interprétation sur la signification de cet arrêt », a indiqué le ministère de l’Intérieur.
Selon lui, en Italie, « la peine d’emprisonnement existe pour le simple fait de rester (sur le territoire)en séjour irrégulier ».« En France, poursuit-on de même source, elle ne vise que le refus d’être reconduit à une frontière ». Une telle « soustraction à une mesure d’éloignement constitue un comportement délibéré de fuite, de rébellion », juge-t-on Place Beauvau, et c’est cette « fuite », cette « rébellion » qui sont pénalisées.

  La France n’est pas concernée ?

Autant de contre-vérités en si peu de lignes relève assurément de la prouesse. La France, comme tous les pays de l’Union, est évidemment concernée.

§ 53 de l’arrêt de la Cour du 28 avril : le droit de l’Union prend le pas sur la législation des Etats membres.

” Il convient toutefois de relever que si, en principe, la législation pénale et les règles de la procédure pénale relèvent de la compétence des États membres, ce domaine du droit peut néanmoins être affecté par le droit de l’Union (voir en ce sens, notamment, arrêts du 11 novembre 1981, Casati, 203/80, Rec. p. 2595, point 27 ; du 2 février 1989, Cowan, 186/87, Rec. p. 195, point 19, et du 16 juin 1998, Lemmens, C-226/97, Rec. p. I‑3711, point 19).”

§ 54. Les Etats membres doivent donc aménager en conséquence leur législation.

“Il s’ensuit que, nonobstant la circonstance que ni l’article 63, premier alinéa, point 3, sous b), CE, disposition qui a été reprise à l’article 79, paragraphe 2, sous c), TFUE, ni la directive 2008/115, adoptée notamment sur le fondement de cette disposition du traité CE, n’excluent la compétence pénale des États membres dans le domaine de l’immigration clandestine et du séjour irrégulier, ces derniers doivent aménager leur législation dans ce domaine de manière à assurer le respect du droit de l’Union. “

§ 55. Sinon, ce n’est pas la peine de voter une directive.

“En particulier, lesdits États ne sauraient appliquer une réglementation, fût-elle en matière pénale, susceptible de mettre en péril la réalisation des objectifs poursuivis par une directive et, partant, de priver celle-ci de son effet utile.”

  En France, la prison ne vise que le refus d’être reconduit à une frontière ?

C’est évidemment faux. L’article L621-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers dispose que

“L’étranger qui a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 211-1 et L. 311-1 ou qui s’est maintenu en France au-delà de la durée autorisée par son visa sera puni d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 3 750 Euros.”

Enfin, la Cour de justice souligne très clairement que le droit de l’Union interdit d’incarcérer un étranger en situation illégale “pour le seul motif qu’il demeure, en violation d’un ordre de quitter le territoire de cet Etat dans un délai déterminé, sur ledit territoire sans motif justifié”.

Cette violation d’un ordre de quitter le territoire est puni en France d’une peine de trois ans de prison.

En revanche, et le ministère de l’intérieur mêle sciemment les points de droit, les Etats peuvent bien sûr envisager des mesures pénales mais seulement si toutes les dispositions de la directive retour n’ont pu être appliquées, comme par exemple après un refus d’embarquer, c’est bien “la rebellion”, et seulement elle, qui est pénalisable :

§ 60 ” Cela n’exclut pas la faculté pour les États membres d’adopter, dans le respect des principes de la directive 2008/115 et de son objectif, des dispositions réglant la situation dans laquelle les mesures coercitives n’ont pas permis de parvenir à l’éloignement d’un ressortissant d’un pays tiers qui séjourne sur leur territoire de façon irrégulière. “

  Vers de nouveaux contentieux

Les déclarations du ministère de l’intérieur prouvent une fois de plus que le gouvernement français, faute de prendre acte des décisions qui s’imposent aux pays membres, préfère être condamné par les juridictions internationales plutôt que de prendre des mesures législatives qui s’imposent. C’était le cas pour la garde à vue, avec les désordres que l’aveuglement français a finalement provoqué. C’est désormais le cas pour l’éloignement des étrangers. Ce le sera bientôt pour le statut du parquet.

En attendant, les avocats des sans-papiers ne manqueront pas de saisir les tribunaux du non-respect de la directive européenne, la Cour de cassation appliquera le droit européen, mais tout cela prendra du temps et le pays ne sera sans doute plus en période électorale

  Post scriptum

A lire les commentaires du post précédent, on méditera utilement les déclarations de Marine Le Pen lors du défilé du Premier mai (Le Monde du 3 mai), dans lesquels se retrouvent quelques internautes :

“La grande affaire du discours a été « la France libre ». C’est-à-dire, pour Mme Le Pen, la reconquête par la France de sa souveraineté, qui a été confisquée par l’Europe et diverses institutions internationales. En mettant en avant son projet de« République référendaire », elle a promis un référendum sur le sujet en des termes un peu abscons. Puisqu’il y a combat pour la France libre, il y a désormais les résistants et les « collabos ». Les résistants, c’est le FN. Les ennemis sont nombreux. Il y a les « euromaniaques », « les gouvernants de gauche et de droite », les « élites autoproclamées ».

Note rassurante : 181 connections au blog, mardi 3 mai, venaient directement du site Nation Presse infos, “l’information sur Internet de tous les nationaux et patriotes non reniés et qui n’entendent pas baisser les bras face aux défis que nous impose ce début de siècle”, si vous voyez ce que je veux dire, et 45 du blog Egalité et réconciliation d’Alain Soral, transfuge du PCF passé au Front national.