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> Edito

Pour Utopia

Mise en ligne : 7 November 2002

Texte de l'article :

La prison ou l’horreur carcérale est typiquement le sujet de société qui fait des titres dans l’actualité avant de retomber dans l’oubli ou l’indifférence. Le système carcéral avec son lot d’arbitraire, de suicides, de brimades, d’écrasement, de folie et de promiscuité a été pointé par des parlementaires comme « La honte de la République ».

Conséquences : en adoptant un arsenal législatif criminalisant des pans entiers de la population et en entamant un plan immédiat de 4000 nouvelles places (auquel il faut rajouter 27 nouveaux établissements en projet) la seule réponse de l’Etat est de renforcer cette logique.

La France veut-elle s’aligner sur l’exemple de l’immense goulag que sont les Etats Unis où deux millions de prisonnier(e)s croupissent en cellule sans que la fameuse sécurité obsédant les politicien(e)s soit assurée pour la population ? Ou faut-il voir dans cette logique de mort une manière démocratique de régler la question sociale ?

Il s’est bien trouvé quelques personnes pour fêter l’anniversaire de l’abolition de la peine de mort mais peu ont noté que le processus infernal de l’allongement de la durée des peines incompressibles (à l’origine crée pour des cas criminels très précis puis étendu à tous les délits) fabrique des morts-vivants auxquels l’espoir même de réinsertion est interdit. L’objectif reste de briser et ce ne sont pas les quelques quartiers VIP réservés à des politiciens ou des financiers véreux qui feront illusion, même en taule l’inégalité sociale reste de mise !

Aujourd’hui on compte sept fois plus de suicides (ou prétendus tels) en prison qu’à l’extérieur. Le travail est une surexploitation basée sur des tâches absurdes, un salaire misérable faisant les choux gras d’entreprises privées (qui cogèrent les nouvelles prisons) et n’ont donc pas besoin de délocaliser vers le tiers monde, ou de l’Administration Pénitentiaire qui fait financer ses établissements par les détenu(e)s eux-mêmes. Toute vie sociale ou familiale est bousillée par le système pénitentiaire. La prison permet de « stocker » bon nombre d’individus malades, psychologiquement atteints ou en fin de vie alors que leur place n’est originellement pas prévue dans ce type de structure.

On pourrait continuer longtemps le catalogue des horreurs…

Remarquons juste que les voix qui ne sont jamais prises en compte à ce sujet sont celles des détenu(e)s. Et que l’ensemble de la société avec son contrôle, ses peurs, son atomisation ressemble de plus en plus à un vaste système pénitentiaire (quoique plus subtil).

Le groupe des « Filles de l’air » veut s’attacher à faire vivre la parole des détenu(e)s ou de leurs proches, créer des liens et informer sur une réalité qui touche une part grandissante de la population. Pour cela nous présentons deux films : « L’œil du maître » (court métrage 12mn) et « Extérieur mur » (45mn). Avec la présence de l’AFLIDD (association des familles en lutte contre l’insécurité et les décès en détention) et de Christian Carlier.