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> Edito

Une autre voix est possible...

Mise en ligne : 6 March 2009

Dernière modification : 6 March 2009

Texte de l'article :

Nous, proches de personnes incarcérées, subissons depuis quelques temps diverses attaques. Personne n’a le droit de juger les proches des personnes incarcérées en se basant sur un contexte particulier. Nous demandons respect pour celles et ceux qui les aiment et qui deviennent indirectement eux aussi emprisonnés. Nous devons subir les regards méprisants, le jugement sur nous qui osons aimer nos pères, nos mères, nos frères, nos sœurs, nos maris, nos épouses, nos enfants, nos amis. Nous ne demandons rien de plus que le respect de nos droits et des leurs pour ne pas rajouter plus de souffrance à la souffrance. Nous n’opposons pas notre douleur à celles des victimes.

Personne n’a le droit de se substituer aux familles qui ont perdu une personne en détention. Ces familles ne s’opposent pas à l’Administration Pénitentiaire et à son personnel. Le combat que ces proches mènent est intime, ils ne réclament que justice et vérité, rien de plus mais rien de moins. Laissez les morts reposer en paix au lieu de les citer à tout va, leur parole appartient à leur famille, uniquement à elles. Le combat judiciaire de celles-ci interpelle l’administration pénitentiaire, les médecins, les magistrats, c’est bien souvent un ensemble de responsabilité : on ne peut crier au bourreau, à la torture, ni nier des actes extrêmement graves, isolés certes, mais bien réels. Tout cela jette le discrédit sur le juste combat des familles et sur le personnel pénitentiaire qui s’enferme dans le corporatisme. La question des suicides et des morts suspectes est trop complexe et mérite un vrai sursaut pour prendre ce problème à bras le corps. Nous ressentons tous dans notre chair l’indécence faite aux proches qui ont perdus quelqu’un en détention, dans la récupération idéologique ou pour justifier l’injustifiable, sur des sujets douloureux débattus de manière outrancière.

C’est lorsque l’on est confronté à la Prison que l’on découvre sa réalité. Osons dialoguer sans a priori, au-delà de l’émotion ou d’une actualité. Pensons à nos responsabilités pour ne pas angoisser outre mesure les personnes incarcérées et leurs proches, et créer des tensions inutiles entre tous. Montrons leur que l’espoir est permis, que nous travaillons pour les accompagner dans leur quotidien et à améliorer les choses pour eux. Nous rejetons la haine et la stigmatisation de corps de métiers ou d’une partie de la population. Nous demandons simplement plus d’humanité dans nos rapports à travers une considération réciproque. Le métier de surveillants est difficile. Etre incarcéré ou proche d’une personne incarcérée l’est encore plus. 

Nous demandons à nouveau un travail multidisciplinaire, avec des représentants des familles, des personnes incarcérées et d’ancien(ne)s prisonnier(e)s, des différents corps et organismes intervenant en prison (syndicats de surveillants et autres personnels, SPIP, médecins, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, le médiateur de la république, un représentant de l’ordre des avocats, de la magistrature, etc.) au nom de l’addition des compétences et de l’intelligence. Appeler les aumôniers à la rescousse (voir http://www.prison.eu.org/spip.php?article11657) pour éluder le vrai débat ne solutionnera rien, au contraire on va créer un nouveau problème, car ce dernier refuge sacré vient d’être profané par des méthodes douteuses…

Nous rappelons encore que nous avons fais le choix d’une attitude de ferme dialogue, mais sans certitudes ou préjugés. Nous souhaitons un débat respectueux, serein et apaisé, sans manipulation ni instrumentalisation. La société change, la Prison doit évoluer avec elle. Les conditions de détention doivent respecter la dignité humaine, et l’Etat doit offrir toutes les garanties pour permettre la réintégration. Mais plus que tout, la Prison doit replacer la famille et les proches au centre du débat. C’est une des voies pour retrouver un sens à la vie et permettre la réintégration dans la société de la personne incarcérée. Car elle sortira bien un jour...

BERGNES Karine, Présidente de l’association Faites la Lumière en Détention
SOLTANI Nadia, Secrétaire générale de l’association Ban Public