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(2008-03) Lettre de Cyril Khider à sa mère

Mise en ligne : 18 March 2008

Texte de l'article :

Cyril KHIDER
Quartier disciplinaire
CD de Meaux Chauconin

Meaux le 11/03/08

 

Chère Maman,

Quelques lignes juste pour te prévenir de ce qui se passe intra muros actuellement. Encore et toujours devrais je dire. Delphine te dira que je t’ai écrit cette lettre au cas où elle n’arriverait pas et te dira ce que tu peux garder de celle ci.
Je suis tellement écoeuré par cette vendetta administrative que je suis obligé de décharger un peu du trop plein dans mes lettres ce qui me gène vis à vis de toi qui déjà a tant de soucis.
J’aurais tellement voulu te préserver ma petite maman.
Mais, j’ai fait le choix de me battre, parce que quoiqu’en pense l’AP, j’ai des valeurs et qu’il est dit partout que le droit doit s’appliquer à tous de la même façon. Or, la réalité en est tout autre au regard de ce que je subis intra muros, à l’abri des regards, ainsi que beaucoup d’autres qui n’ont personne à leur côté pour les défendre.
Oui, j’ai fait le choix de me battre debout avec les textes de loi, même si je ne me fais guère d’illusions quant à leur application dans ce se sens ci de la machine.
Delphine a du te dire que je viens de prendre injustement 30 jours de cachot comme à chaque fois que je vais présenter une permission de sortie, en vue de ma réinsertion.
Je viens de passer au prétoire où j’ai été « jugé » de façon tout à fait partiale par madame LORNE la directrice lors de la commission de discipline qui s’est tenue hier, le 10 mars.
Comme je vous l’ai expliqué à l’avocate lors de sa dernière visite, lors de mon dernier parloir avec ma femme le dimanche précédent, un surveillant s’est permis d’entrer dans la cabine de parloir en demandant à mon épouse de se lever, puisqu’elle était assise sur mes genoux, tout en fixant son entrejambe et ce, sur un ton agressif et en lui disant que les rapports sexuels étaient interdits.
Voyant son regard pervers et irrespectueux, je lui ai aussitôt dit de fermer la porte que ça allait mal se passer qu’il était inacceptable de s’en prendre à la famille en visite sur un ton totalement insultant. Elle était juste assise sur mes genoux qu’il n’y avait rien laissant supposer que nous pouvions avoir des rapports et alors que je devais avoir un parloir UVF (unité de vie familiale) quelques jours après.
Tout ce que l’agent a raconté par la suite n’est que pure invention pour se couvrir d’avoir manqué clairement de respect à ma femme.
Suite à cela, j’ai été sorti de ma cabine de parloir 10 minutes avant tous les autres. Je me suis donc rendu en direction de la salle de fouille quand j’ai constaté que la chef du CD était présente ainsi que quelques surveillants. Je me suis avancé vers le bureau où se trouvait l’agent qui s’était permis d’invectiver mon épouse et lui ai dit que je souhaitais lui dire deux mots à propos de l’incident qu’il avait cru constater.
Leur chef se met alors à me crier dessus pour que je ne parle pas à son agent et par-dessus cela, le premier surveillant m’attrape par les épaules et me bouscule. Après cela, je me rends au bâtiment de la maison d’arrêt où je me trouve depuis près de 7 mois, et étant donné que je suis sorti du parloir 10 minutes avant tout le monde et que « l’incident » créé par les surveillants d’après eux aurait duré 10 minutes de plus (mensonge), je me rends au bâtiment et vais pour me rendre à l’activité de l’étage histoire de me détendre les nerfs et là, le surveillant du jour me demande de regagner ma cellule.
Alors que pour tout le monde, « excepté moi » peut aller en promenade et qu’il reste une demi-heure avant la fin de celle ci. Pour tous les autres il est possible de rejoindre la promenade, sauf moi.

C’est seulement à ce moment là que je demande à deux ou trois personnes se trouvant dans la salle d’activités, de rester dans le couloir, car j’ai peur qu’ils me tendent un nouveau un guet- apens, qu’ils me recassent la jambe comme la fois précédente ou les côtes comme par le passé. Je te rappelle maman qu’ils m’ont bousculé et menacé à la sortie du parloir quelques instants plus tôt. Avec à la clé un rapport d’incident affirmant le contraire. Comme si j’étais complètement idiot et que je voulais faire annuler mon parloir UVF, ma demande permission etc. Cela m’a rappelé l’exacte contre façon de mon dernier passage au prétoire.
Après cela, après m’être bien comporté durant près des deux derniers mois, suite à ma demande légitime de changement de régime, c’est au zéro que j’atterris un étage de régression qui jouera de manière délétère lors de mon passage devant la JAP pour ma demande de permission. Je n’ai même pas eu de notification écrite comme c’est le cas pour les autres détenus.
Après avoir porté plainte, et m’être fait condamner pour dénonciations calomnieuses contre lesquelles j’ai fait appel, à défaut d’être protégé par un simulacre de justice, qui n’en a que le nom, que puis-je faire pour me protéger contre cette vendetta administrative ? Dois je finalement montrer les dents et ainsi accepter leurs règle du jeu qui me mèneront tout droit dans le mur ?

La directrice s’en est donnée à cœur joie. Pas une seule de mes explications n’a été retenue, il n’y a que ce que leur mémoire sélective leur a dicté d’inscrire. Tous les co-détenus présents ainsi que le chef et ses agents, lors du dernier incident ont entendu, en m’adressant aux autres détenus, je leur ai demandé de sortir de la salle où je me trouvais en leur compagnie, en leur précisant que cela n’était pas leur problème mais le mien. Et ce, à plusieurs reprises.
Comme tout le reste cela n’a pas trouvé le chemin de leur mémoire.

Donc, je conteste le mitard et tous les mensonges qui ont proférés d’un bout à l’autre de la chaîne. Y a jamais eu de menace, ni même d’insulte, tu me connais maman même i par le passé j’ai pu être réactif face à l’indigne parfois, je ne suis pas idiot, surtout si près du but.
J’ai joint dans un courrier à Delphine les documents qui m’ont été remis qu’aujourd’hui. Je conteste la décision. J’ai écrit à Delphine pour lui expliquer que madame LORNE une fois de plus m’a de nouveau parlé de « tout le monde » autour de moi qui s’agite, dont toi en particulier et m’a répété une fois encore que cela me portait préjudice.
Elle ne peut pas te voir à cause de ton combat, elle qui t’avait critiquée lors de mon passage au quartier d’isolement de la prison de la Santé où tu avais réussi à me faire avoir un psychologue et un cours de Taï chi après ton intervention remarquée devant 500 personnes à ce colloque sur la psychiatrisation, où se trouvaient le directeur de l’administration pénitentiaire, le cabinet du ministre de la justice et monsieur Badinter ainsi que tout ce que la France compte en huiles au cœur, heu pardon, au sein de l’AP et de la psychiatrie.

Elle m’en a encore parlé, elle n’arrête pas à croire que tu l’as traumatisée ! Ce qui veut dire que ton combat dehors n’est pas vain. Tout est passé une nouvelle fois à la vitesse supérieure depuis que mon dossier a obtenu la recevabilité devant la cour Européenne des droits de l’homme, le courrier que je viens de recevoir du médiateur de la République fait le reste, le fait que tu aies saisie une nouvelle fois la CNDS par le biais de cette parlementaire des verts, les articles sur tes blogs Internet, sur Ban public, l’article dans le journal de l’OIP, les lettres que tu écris aux instances les gène considérablement.
Te souviens tu il y a quelques jours, ce que tu m’as dit au téléphone avant le mitard à propos de madame Lorne quand l’avocate a demandé à lui parler pour la énième fois alors qu’elle cherchait une nouvelle fois à esquiver la rencontre ? « C’est la direction régionale qui nous met la pression à cause de sa mère et du combat qu’elle mène à l’extérieur ». Ca ne peut être on ne peut plus clair non ?
Dis un grand merci aux membres de l’ACAT, eux qui te soutiennent et t’adressent des petits mots pour moi d’une incroyable gentillesse, ainsi qu’aux personnes de l’OIP qui t’aident dans ce juste combat. Tiens, à propos pendant que j’y pense, c’est carrément l’OIP qui aurait du être désigné comme organisme indépendant pour ce droit de regard indépendant sur ce qui se passe intra muros et non pas un organisme dont les subventions seront comme un bandeau sur leurs yeux.
Elle m’a dit très clairement que c’était préjudiciable pour moi ce que tu fais dehors (afin que je ne finisse pas pendu par leurs soins au bout d’une corde).
Tu te souviens à mon arrivée déjà ? La sous directrice, le sous directeur et Madame Lorne la directrice, lors des entretiens d’arrivant, chacun leur tour m’avaient questionné sur toi. Votre maman ceci, votre maman cela, ce qui m’avait profondément choqué à l’époque. J’avais refusé de leur parler de toi.
Aujourd’hui, nous avons une réponse claire du pourquoi de la chose. Tu les agace, tu les insupporte, ils pensaient que tu aurais lâché prise. Ils ne veulent pas que les personnes se défendent contre l’inacceptable et surtout, que cela donne à d’autres, des velléités de procédure pour dénoncer. D’habitude, les Droits de l’homme et toutes ces instances les font marrer. Remarque...Des fois je me pose de sacrées questions au regard de ce qui se passe dans ce que tu appelles les entrailles de la terre...
Je ne te dis qu’une chose maman, continue de faire ce que tu crois juste et nécessaire. D’ailleurs, j’ai décidé qu’à chaque fois qu’il se passerait un truc bizarre au lieu de demander à parler à un chef de détention ou un membre de leur hiérarchie, je ne dirais plus rien, je t’expliquerais à chaque fois que ce sera nécessaire le tout en détails.
J’éviterais encore plus que je ne le fais déjà de répondre à l’injure, au mépris, à la provocation perpétuelle, ce qui n’est pas chose facile au regard des les conditions dans lesquelles je me trouve après cinq ans d’isolement total et sept de détention.
Crois tu maman qu’ils rencontreront leur conscience un jour si tant est qu’ils en aient une à moins d’un improbable hasard ?
Je reprendrais en détail dans un prochain courrier ce que j’ai pu entendre au prétoire dernièrement dans ce tribunal d’opérette.
Je trouve que je t’en ai dit bien assez comme cela et que tu es une maman formidable qui me permet de tenir debout.
Je souhaite à tous les gars d’en avoir une combattante comme toi, c’est ce qui pourrait leur arriver de mieux...
A part ça, je vais bien, parce que je sais qu’en ce moment tu vas bien, le moral est au top malgré cette kabbale administrative contre moi.
Sache que comme d’habitude, je ne souhaite pas me suicider, ni même m’écorcher un ongle. Que ma fille, ma femme, mes nièces, et toi êtes mon oxygène. Que j’ai aussi beaucoup de chance d’avoir une avocate comme Delphine qui a des principes et qui croit encore en certaines valeurs.
J’aime la vie et je vous aime et je compte vous retrouver.
Ton fils Cyril qui t’aime.
Cyril