14260 articles - 12260 brèves

Billets d’humeur

Réaction d’un surveillant

Mise en ligne : 9 August 2007

Dernière modification : 9 August 2007

Texte de l'article :

Message adressé à la rédaction de Ban Public, par un surveillant (en réaction à l’article de Jean-Marc Rouillan au lien suivant http://prison.eu.org/article.php3?id_article=7175 )

Il est louable de vouloir informer le public. Il est louable de dénoncer l’injustice. Cependant, il est malhonnête de parler de choses que l’on ne connaît pas, et pour certains, de déformer les faits.

De nos jours, il est bien facile de s’exprimer sur des sujets choquants, et de désinformer la population sur une administration qui n’est pas très connue. Et ce manque de connaissance entretient immanquablement le fantasmagorique.

La prison a toujours fait fantasmer ceux du dehors. Que cela doit être dur à l’intérieur, quelles méprisables tortures doivent endurer ces malheureux prisonniers...

Et des personnes comme vous, entretiennent ces légendes urbaines. Dans quel but obscur ? Je mets cela sur la méconnaissance du sujet ainsi que sur la naïveté de ceux qui collectent les "témoignages". A vous lire, les matons sont les méchants, les détenus les blanches brebis immaculées, qu’un état totalitaire a arrêté...

Stop s’il vous plaît ! Je suis d’accord avec vous, pour dire qu’il faut des peines alternatives pour les petits délits (port du bracelet électronique par exemple). Pourquoi êtes-vous tant aveuglés par votre méconnaissance et rancoeur envers une société qui est, certes, loin d’être parfaite, mais qui tente tant bien que mal de nous protéger ?

Avez-vous été dans un pays en guerre, où les droits de l’homme sont vraiment baffoués ? Connaissez-vous le mot exact de torture ? J’en doute.
Moi je les connais, j’y ai été.

Il est facile de regretter un acte, bien plus que pour une famille de surmonter la douleur d’une disparition.

J’ai l’impression que des gens comme vous sont devenus fous. Inversion des valeurs morales, aucun sens de la dignité... Il est facile de plaindre celui qui se retrouve derrière les barreaux, pendant qu’à côté de vous, des familles plongées dans le malheur à cause de ces individus souffrent dans le silence de votre froide indifférence...

Qu’il est facile de s’improviser moralisateur, confortablement assis derrière son clavier...

Le métier de surveillant est difficile. Il demande sang froid, courage, face à des individus de plus en plus violents et qui exigent tout de la société. Beaucoup de ces personnes sont déresponsabilisées, et des gens comme vous les encouragent en ce sens. Ils ne sont jamais responsables de rien, c’est toujours de la faute des autres...

Notre seule arme : le courage. Et il en faut, croyez-moi, lorsque vous arrivez face à l’établissement, à 06 h 30 du matin. Il en faut, du courage, lorsque vous arrivez en coursive, avec ces odeurs mélangées de chaussettes et de nourriture.

Enfin, il faut du courage, à l’ouverture de chaque porte, pour annoncer les tours de douche, et ramasser le courrier, en se disant quelle va être la prochaine prise de tête.

Alors, les gens comme vous, n’auront d’autre réponse que celle-ci : ils n’ont qu’à faire un autre boulot ! Je ne relèverai pas...

On est en droit de critiquer, mais lorsqu’on connaît. On est en droit de contester, lorqu’on est impartial. On est en droit de reprocher, si l’on est juste.

Vous ne possédez aucune de ces qualités requises, face à ce texte qui vous arrange bien, et qui se trouve à des années lumières de la réalité.

Ne dire que ce qui vous arrange, déformer les faits et manipuler les mots, sont des actes irresponsables.

Je n’ai rien vu qui parle des agents qui se font lâchement agresser au dehors des établissements pénitentiaires, simplement parce qu’ils sont surveillants, et font ce métier aussi bien qu’ils le peuvent.

Quid de mes camarades noirs qui se font traiter de singes, quid de mes collègues magrébins qui se font traiter quotidiennement de sales harkis ? Le métier est parfois plus difficile à exercer par eux que par moi-même... Lorsqu’on vous lit, il n’y a que de sales blancs racistes, mais cela ne vous arrange pas que la population sache que le corps des surveillants est multiracial, vous omettez bien de le signaler...

Comme je vous l’ai dit, cela suppose de votre part une certaine partialité. Et comme vous le notez bien concernant votre association composée de soi-disant "intellectuels", je dirai que ce mot est largement galvaudé... face à la simplicité de vos raisonnements.

N’importe qui peut se targuer de tels titres. Se vanter qu’il y a également des journalistes, n’est vraiment pas un gage de qualité, face au manque d’éthique de certains...

Nous vivons une époque lamentable, où les personnes comme vous ont oublié (ou n’ont jamais su) que dans la vie rien n’est totalement blanc ou noir. Il faut être soit totalement pour ou contre quelque chose.

A mon humble niveau, hélas, je ne peux que déplorer votre état d’esprit simpliste.

Avez-vous été remercié par un détenu marocain qui s’étonnait que les surveillants français étaient aussi gentils ? Ce même marocain était également indigné par l’attitude des détenus à l’encontre du personnel pénitentiaire. Et il m’a raconté comment cela se passe là-bas... Allez-y donc faire un tour, si vous en avez le courage...

Interrogez plutôt les détenus occasionnels, plutôt que les pros de la taule. La prison est si dure qu’ils y reviennent, le sourire aux lèvres pour la plupart. Car ça fait bien de passer par la prison, ça donne l’impression d’être un homme, car tout le monde croit, dehors, que les conditions sont dures, à l’intérieur.

Et comme je ne suis pas comme vous, que je suis impartial, je vais vous dire pour qui la punition de la prison est vraiment dure.
Pour le type comme vous ou moi. Pour celui qui a une famille à nourrir, pour celui qui rique de perdre son gagne pain. Pour lui, il s’agit effectivement d’une sanction, et la prison s’avère effectivement vraiment dure.
Mais pour les autres, que nenni. Ils n’ont rien à perdre. Ils en ont rien à foutre.

Et toujours parceque je ne suis pas comme vous, et que je suis honnête, je ne dis pas que tous les détenus sont des salauds. Je ne dis pas qu’ils se valent tous. Heureusement pour nous et pour vous d’ailleurs... J’ai de très bonnes relations avec certains, et pour d’autres, c’est inutile de parler avec eux, ils n’habitent pas sur la même planète. Ils n’ont pas la moralité que vous leur prêté. Mais c’est là un tout autre débat...

Alors, dénoncer quand c’est utile d’accord. Mais cela ne vous donne aucunement le droit de déformer les faits, et voire pire, d’en inventer ! Le service pénitentiaire n’est pas parfait, mais n’exagérez tout de même pas ! Tout ce que vous dites est tellement plus gros que vous-mêmes !

Nous n’avons pas peur de la visite d’observateurs. Nous n’avons pas peur que vous interrogiez les détenus "dignes de foi". Nous n’avons rien à nous reprocher. Et en ce qui me concerne, je me couche tous les soirs, serein. Je peux me regarder dans la glace, sans honte. J’ai servi dans le passé mon pays. Aujourd’hui je sers mes concitoyens, et j’en suis fier.

A moins que de nos jours, l’honnêteté doit être portée avec honte...

Je vous demande donc d’être honnêtes envers tout le monde, et de vérifier la fiabilité de vos sources. Je suis allé faire un tour sur le site d’où vous tirez ce texte...

Je ne pouvais rester muet face à de telles calomnies. J’espère en tout état de cause que c’est l’ignorance qui vous anime, car si tel n’était pas le cas, cela serait très grave...