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Les détenus sont bien pris en charge

Interview du Dr Fac, médecin à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), 2e division Sud

Mise en ligne : 25 March 2003

Texte de l'article :

La particularité de la maison d’arrêt de Fresnes est qu’elle compte bon nombre de détenus en transit : des hommes qui sortent de l’hôpital pénitentiaire de Fresnes et qui y restent incarcérés avant de retourner dans leur centre de détention d’origine, ceux passant au CNO (Centre National d’Observation) – c’est-à-dire des détenus qui ont encore plus de dix ans de détention à effectuer et qui sont « observés » avant que l’administration ne décide dans quelle prison ils seront affectés, ainsi que des détenus en transfert d’un établissement vers un autre.
En février, on comptait à la maison d’arrêt de Fresnes sept personnes de plus de 75 ans et quatre de plus de 80 ans. Neuf médecins se partagent la lourde tâche de s’occuper des 1 500 détenus.

Ces détenus âgés ont-ils vieilli en prison ?
Dr Fac : « Non, pour la plupart ils sont arrivés tard dans leur vie en prison, souvent pour des histoires de mœurs dont les faits remontent loin. Les plaintes étant différées, l’incarcération est, elle aussi, différée. Certains de ces détenus âgés sont en bonne santé, d’autres très dégradés. Jeunes ou moins jeunes, la plupart des détenus de la division Sud ont une pathologie.

Fresnes a la particularité d’avoir des cellules adaptées aux personnes dépendantes.
Dr Fac : Oui, nous avons huit places pour personnes dépendantes (en fauteuil roulant, munies d’un déambulateur ou désorientées) ayant besoin d’une aide à la vie. Ces espaces adaptés se composent de deux fois deux cellules reliées par une salle de bains centrale aménagée. Les lits ne sont pas superposés, les toilettes sont rehaussées, un siège est installé dans la douche… De plus, nous avons récemment fait installer une rampe d’accès près des escaliers.

Les prisons françaises sont-elles adaptées aux personnes âgées ?
Dr Fac : Pas vraiment, il fait froid en cellule, seule de l’eau froide coule aux robinets… les conditions de vie sont difficiles en général et encore plus pour des détenus malades. Mais ils sont suivis et bien pris en charge. Ils peuvent être admis à l’hôpital européen Georges Pompidou (Paris) en cas de problèmes cardiovasculaires, au Kremlin-Bicêtre auquel je suis rattachée, à l’hôpital pénitentiaire voisin…

Quels sont les rapports entre les détenus d’âge différent ?
Dr Fac : La répartition dans les cellules est réalisée par la pénitentiaire. Ce service veille à ne pas mettre une personne âgée dans la même cellule qu’un détenu jeune, parce qu’ils ne s’entendraient sans doute pas, qu’ils n’ont pas les mêmes horaires de vie… Les jeunes ne sont généralement pas agressifs envers eux, et font même occasionnellement preuve de respect à leur égard. En revanche, les personnes âgées vivent souvent repliées sur elles-mêmes et parfois, l’idée de croiser de jeunes détenus « dangereux » dans les couloirs ou pendant les activités, les terrorise.

Le prisonnier âgé peut-il se réinsérer ?
Dr Fac : Ceux qui sont ici ne sont pas totalement « dé-insérés » puisqu’ils ne sont finalement pas en prison depuis bien longtemps. Souvent, ils ont travaillé, perçoivent une retraite et, parfois, disposent encore de leur logement à l’extérieur. Mais, évidemment, si on a été socialement intégré pendant une grande partie de sa vie, l’incarcération est souvent vécu plus honteusement. Plus on a perdu, plus le retour dans la société est difficile.
Une fois la peine terminée il arrive que, l’âge aidant, les détenus ne soient plus capables de vivre seuls. Il faut donc leur trouver une place en maison de retraite. On ne libère pas les détenus âgés ou malades sans endroit où aller. S’il n’y a pas de lieu de résidence au moment de la libération, les détenus sont placés d’office aux urgences du Kremlin-Bicêtre et charge à cet établissement de leur trouver un long ou moyen séjour.

Aujourd’hui, quelles sont vos attentes dans le cadre de la prise en charge des détenus dépendants ?
Dr Fac : L’attente principale des médecins de prison est la création d’établissements voire de quartiers dans les prisons, qui soient assimilables à des services de long séjour. En effet, pour certains, qui pour des raisons multiples ne peuvent pas bénéficier de mesures de libération, l’incarcération habituelle n’est pas adaptée, l’hospitalisation en services aigus non plus. Pour le moment, il n’existe donc pas de structures adéquates.

Pensez-vous qu’il y aura de plus en plus de personnes âgées en prison ?
Dr Fac : Personnellement, je crois que ce ne sera pas forcément le cas et qu’un pic a été atteint. Les affaires de pédophilie étant de plus en plus médiatisées, je pense que les victimes sont incitées à parler plus jeunes, et n’attendront plus forcément leur majorité pour dénoncer leurs bourreaux, si bien que les condamnés arriveront en prison plus tôt dans leur vie. »

Article paru dans "Décideurs en Gérontologie" n°52