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Date : 2-11-2003

Le psychologue clinicien au coeur des conflits institutionnels

Mise en ligne : 18 November 2003

Le journal des psychologues, n°210, septembre 2003

Texte de l'article :

La pratique du psychologue clinicien s’inscrit à l’interface des contradictions entre différentes logiques institutionnelles, celles de la justice, du pénitentiaire et du sanitaire. Quelles sont les conditions de sa pratique ? Qu’en est-il de ses relations avec le juge d’application des peines ? À quelles exigences est-il confronté ?

La prison est le théâtre d’une rencontre de personnes qui ont été jugées pour le crime qu’elles ont commis avec d’autres qui sont là pour soigner leur corps ou leur esprit, aux côtés de ceux qui les surveillent, sous le regard de ceux qui décideront de l’avenir de ces « criminels en tout genre ». que l’on nomme « détenus »...
Les thèmes de l’enfermement, de la marginalité et de l’exclusion, sont générateurs de mouvements passionnels.
Le milieu carcéral a toujours suscité des avis très tranchés, à la mesure de ce que peut introduire toute institution qui fait peur, dérange, culpabilise.
Il sera question ici de l’intervention du psychologue clinicien en centre de détention. Le régime y est plus « souple » qu’en maison centrale, les personnes détenues sont jugées et purgent leur peine. La porte de leur cellule - souvent individuelle - restant ouverte en journée, elles peuvent circuler en détention, accéder aux différentes activités, suivre des formations professionnelles ou travailler à l’atelier.

Réforme du 18 janvier 1994 naissance es unités de consultations et de soins ambulatoires

La santé en prison a considérablement évolué depuis quelques décennies. Jusqu’à la réforme de 1994, l’administration pénitentiaire avait la responsabilité de l’organisation des soins aux détenus.
Depuis la loi du î8 janvier 1994, la prise en charge sanitaire des personnes détenues est transférée du ministère de la Justice au ministère de la Santé. L’objectif premier de cette réforme est d’assurer à la population incarcérée, désormais affiliée à la Sécurité sociale, une qualité et une continuité de soins équivalentes de celles offertes à l’ensemble de la population.
Les unités de consultations et de soins ambulatoires (UCSA) sont créées ; elles sont chargées des soins somatiques dispensés aux détenus.
Porter un autre regard sur la personne détenue, au-delà des faits qui ont conduit à l’incarcération, est essentielle dans la prise en charge sanitaire. C’est aussi lui permettre de prendre soin de son corps, de l’écouter et de lui éviter des souffrances supplémentaires. Dans la préface à l’édition de 1831 du Dernier jour d’un condamné, Victor Hugo écrivait : « La peine d’emprisonnement subsistera, mais sera conçue comme un traitement.[...] On regardera le crime comme une maladie et cette maladie aura ses médecins qui remplaceront vos juges, ses hôpitaux qui remplaceront vos bagnes. »
La réforme représente une grande avancée en matière de soins aux personnes incarcérées. Cependant, long est encore le chemin à parcourir pour arriver à une « réelle » prise en charge sanitaire, en considérant notamment les conditions de vie des personnes détenues.
En ce sens, il est nécessaire de continuer à penser le dispositif du système de santé en prison tout en remettant en question les lacunes existantes.
Le 16 avril 2002, un programme national pour l’amélioration de la prévention et de la prise en charge sanitaire des détenus était proposé par B. Kouchner et M. Lebranchu avec pour thèmes principaux : l’offre de soins somatiques, la santé mentale, la prévention du suicide, l’hygiène et les conditions de vie, les addictions, la prévention du sida et des hépatites, la prise en charge des auteurs d’infraction sexuelle, les maladies chroniques, le vieillissement et la fin de vie.
La qualité de la prise en charge devait être améliorée et le comité national d’éthique devait être saisi afin de clarifier les conditions éthiques et déontologiques dans lesquelles les membres des équipes psychiatriques - psychiatres, psychologues, infirmiers psychiatriques - seraient amenés à collaborer avec les services pénitentiaires et judiciaires pour l’application des peines.
Ce programme est malheureusement resté à l’état de projet ...

La justice

C’est en 1958 qu’apparaît une nouvelle fonction : le juge d’application des peines (JAP) qui est le symbole et le principal maître d’œuvre de l’individualisation de la peine.
Le JAP ne fait pas partie de l’administration pénitentiaire ; C’est un magistrat du siège, nommé pour une période de trois ans renouvelable, auprès d’un tribunal de grande instance. Il détermine l’individualisation des mesures et des peines prononcées à l’égard des condamnés de sa juridiction.
En milieu ouvert (en dehors de la prison), il contrôle l’activité du comité de probation et d’assistance au libéré (CPAL) ; en milieu fermé (dans la prison), il préside les commissions d’application des peines (CAP).
Concernant la possibilité d’aménagement de peine - liberté conditionnelle, semi-liberté ou permission de sortir -, les critères du juge d’application des peines sont essentiellement « la bonne conduite » en détention, à savoir le travail, la formation et le paiement des parties civiles, mais aussi le suivi psychologique : condition sine qua non pour certains détenus.
Dans ma pratique, j’ai souvent été confrontée à cette difficulté : il n’y a parfois aucune demande, et même un refus, de la personne détenue à rencontrer un psychologue, mais ce fameux « papier », l’« attestation de suivi psychologique », leur est nécessaire pour obtenir un aménagement de peine.
L’exigence du juge est tout à fait compréhensible, mais pose question eu égard au travail psychologique possible avec une personne n’éprouvant pas le besoin ou le désir. Elle interroge aussi quant aux moyens dont dispose le clinicien dans sa pratique. Les listes d’attente pour un premier entretien ne désemplissent pas, la file active est généralement constante ; les temps d’intervention des psychologues sont souvent insuffisants.
Les demandes affluent, elles nous parviennent des personnes détenues directement, du signalement du service médical, de l’administration pénitentiaire via les surveillants ou du directeur lui-même, mais aussi des conseillers d’insertion et de probation (CIP).

L’administration pénitentiaire

Créée en 1871, l’administration pénitentiaire est l’une des cinq directions du ministère de la Justice (depuis 1911). Elle a pour mission d’exécuter les décisions de justice, d’assurer la surveillance, l’entretien, l’éducation et la réinsertion du détenu. Elle se compose d’une administration centrale dont dépendent les services extérieurs. Le corps du personnel de surveillance représente le plus grand nombre de personnes dans l’administration pénitentiaire.
Les surveillants occupent de nombreux postes comme le mirador, la détention, l’escorte de détenus lors d’extraction [1] ou de transfert, le greffe, le vaguemestre, les ateliers ou l’infirmerie. Leur fonction est primordiale ; ils ont un rôle d’intermédiaire entre les personnes détenues et le personnel soignant, et peuvent nous signaler, le cas échéant, des comportements inquiétants en détention.
Il se crée d’étroites relations entre les surveillants et les détenus. Ils apprennent mutuellement à se connaître, ils s’estiment ou se détestent ... les uns représentant le monde extérieur, les règles, la sécurité, les autres ayant transgressé les interdits... Ces relations, souvent empreintes d’animosité ou de véhémence, font partie du quotidien de chacun.
L’existence de ce tissu relationnel, très présent dans les entretiens avec le psychologue, permet aux détenus de recomposer du lien social.
L’image des surveillants, communément appelés « matons », est souvent pensée de manière très réductrice. En effet, « le rôle des personnels pénitentiaires ne se limite pas à assurer la sécurité du personnel soignant et la fluidité des mouvements inhérents au fonctionnement de l’UCSA. En contact permanent avec les détenus, ils ont un rôle d’alerte irremplaçable lorsqu’un détenu, présentant manifestement des problèmes de santé, ne formule pas, de lui -même, une demande de soins  [2] . »
Leur travail est difficile, car ils exercent dans un climat d’agressivité et, la plupart du temps, conflictuel.
Les professionnels de santé exerçant en milieu carcéral doivent tenir compte des spécificités de ce milieu. Favoriser le dialogue et le respect mutuel est indispensable pour une collaboration dont il convient de préciser les contours. Comme nous allons le voir, cela n’est pas toujours facile en raison des différentes missions de chacun. « L’interdépendance entre les missions sanitaires et de surveillance oblige ceux qui en ont la charge à la recherche permanente d’un équilibre satisfaisant pour tous, dans l’objectif commun de contribuer à l’amélioration de la santé du détenu, premier pas vers la réinsertion [3].  »

Intrications institutionnelles : soin/justice/pénitentiaire

Le psychologue se situe à l’interface des contradictions entre les logiques institutionnelles. Sa pratique est marquée d’une opposition entre une clinique individuelle et la dynamique de trois institutions, dont les missions différent.
Avec la réforme de 1994, l’administration pénitentiaire a pu vivre l’arrivée de multiples partenaires extérieurs sur son territoire comme autant d’attentes à son pouvoir ou à ses missions.
Ce « bouleversement » est venu marquer l’indépendance administrative des soignants à l’égard des institutions judiciaires et pénitentiaires.
Pénétrer dans un établissement pénitentiaire, c’est aussi se plier à un certain nombre de règles de sécurité comme le contrôle quotidien de l’identité ou le passage sous un portique détecteur de métal... C’est aussi attendre patiemment que les nombreuses grilles de l’établissement s’ouvrent pour accéder à l’ultime, celle de l’infirmerie.
L’interdépendance des missions sanitaires et pénitentiaires est constante. « Le juste équilibre entre les exigences de la mission de soins et celles de la mission de surveillance est souvent difficile à trouver, certains estimant que le “détenu-malade” est d’abord un “détenu” avant d’être un malade, d’autres qu’il est d’abord un “malade” avant d’être un détenu  [4] . » « Le danger serait que d’un côté il y ait le soin, le dynamique, l"’"humain " ; de l’autre le gardiennage, l’immobilisme, la machinerie [...]. Les rencontres entre les différents professionnels intervenant en prison sont indispensables à l’amélioration de sa fonction maïeutique  [5] . »
Une « réelle » autonomie des soignants est difficilement envisageable dans ce contexte. Le psychologue ne travaille pas dans une institution sanitaire, il doit « adapter sa pratique » au milieu carcéral.
Dans le planning des consultations, il faut tenir compte des heures de parloir et de promenade, des différentes activités ou de la formation professionnelle, de l’heure d’arrivée des surveillants affectés à l’UCSA...
Les surveillants n’apprécient généralement pas de travailler à l’infirmerie. Source de conflits concernant les heures de passage, ils se confrontent à l’agressivité ou aux altercations entre détenus contraints à l’attente, debout, dans le sas d’entrée.

Le secteur psychiatrique

Concernant l’intervention du secteur psychiatrique, le décret du 14 mars 1986 a confié au service hospitalier les actions de santé mentale en milieu pénitentiaire. Ce même texte crée les secteurs de psychiatrie en prison, dont les services médico-psychologiques régionaux (SMPR), travaillant en étroite collaboration avec les UCSA, constituent le pivot.
Les SMPR assurent les soins courants au bénéfice des détenus de leurs établissements d’implantation et constituent le lieu d’accueil, pour les soins plus intensifs, pour les détenus de l’ensemble des établissements pénitentiaires de leur secteur, y compris ceux du « programme 13 000 [6] ».
À l’heure actuelle, vingt-six sites disposent de SMPR.
Ces services, principalement implantés dans les maisons d’arrêt, se composent de psychiatres, de psychologues et d’infirmières.
Dans les établissements qui ne disposent pas de SMPR sur place, la prise en charge repose sur les secteurs de psychiatrie générale. Les soins courants sont dispensés par l’équipe du secteur de psychiatrie générale du centre hospitalier de proximité.
Dans le cas d’une éventuelle hospitalisation, seule l’hospitalisation d’office, sur ordre du préfet, est possible. Malheureusement, les hôpitaux se montrent, la plupart du temps, peu enclins à accueillir ce type de malades, qu’ils renvoient très rapidement en prison.
Les relations entre UCSA et SMPR sont souvent marquées par des logiques de territoire et de fréquentes dissensions apparaissent, principalement sur la gestion de l’urgence psychiatrique ou celle des traitements de substitution pour les personnes toxicomanes. Il existe souvent un flou dans le partage des rôles entre les deux équipes. La collaboration entre les services médicaux et l’administration pénitentiaire se place aussi sous le signe de la méfiance. Le dossier médical ne fait désormais plus partie du dossier pénitentiaire ; les soignants se trouvent soumis au secret professionnel.
Si l’extraction d’un détenu s’avère nécessaire pour une consultation spécifique ou une hospitalisation, les escortes pénitentiaires ou de gendarmerie sont chargées de l’accompagner. Une fois hospitalisée, il faut pouvoir assurer la garde statique, et les moyens en effectif de forces de l’ordre (gendarmerie, police) sont généralement insuffisants. Cette situation crée des tensions entre les équipes UCSA/SMPR et les services pénitentiaires qui ne peuvent répondre à toutes les demandes.
O. Obrecht souligne que « la réforme des soins en milieu pénitentiaire est un partenariat obligé entre quatre administrations : santé, justice, intérieur (police) et défense (gendarmerie) [7]  ». Les deux derniers ayant été oubliés dans la conception de prise en charge sanitaire. Le psychologue n’est pas tenu de « rendre des comptes » sur sa pratique à l’administration pénitentiaire ou au juge d’application des peines.
Prendre la responsabilité de livrer des éléments de nature clinique au service d’insertion et de probation - travaillant pour la justice - en vue de la commission d’application des peines confronte le psychologue à des problèmes éthiques fondamentaux...
Tenir une position professionnelle de principes éthiques et déontologiques constitue une règle d’or. Jusqu’où peut alors aller la contribution du psychologue ?
Informer le service social, à sa demande, de la prise en charge psychologique engagée avec tel ou tel détenu peut, me semble-t-il, faire partie de cette collaboration avec nos partenaires, tout en restant clair sur la confidentialité des éléments cliniques amenés à la consultation.
Ces échanges avec les partenaires institutionnels permettent de maintenir du lien et de favoriser la communication tout en respectant le secret professionnel.
Dans l’écoute clinique, le psychologue entend la réalité psychique du patient, mais il est aussi nécessaire de tenir compte de la réalité sociale et judiciaire. D’autre part, la question des transferts d’établissement pose problème. Ils occasionnent des difficultés dans la continuité des soins. Sans aucune préparation préalable, ils viennent interrompre un travail engagé avec le thérapeute et le service médical en général. Sans avoir eu le temps de mettre des mots sur cette rupture soudaine, il sera d’autant plus difficile pour la personne détenue d’engager à nouveau un travail psychologique.
Exercer au sein de ce type d’établissement demande un dépassement des antagonismes institutionnels ainsi qu’une réflexion commune en vue d’une articulation négociée des missions respectives.

La demande du détenu/la prise en charge psychologique

Toutes les demandes de consultations pour l’infirmerie doivent se faire par écrit ; les courriers sont transmis par les surveillants.
Formuler cette demande n’est pas facile pour tout le monde, encore moins pour ceux qui n’ont pas eu accès à l’alphabétisation.
De plus, les courriers n’arrivent pas toujours à « bon port »...
Rencontrer un psychologue en prison n’est pas une obligation, mais peut être, comme nous l’avons vu, fortement conseillé, voire indispensable, pour l’obtention d’une permission...
Dans ce contexte, les patients s’interrogent sur la confidentialité de leurs dires. Peuvent-ils se laisser aller et tout évoquer sans crainte ? Dans ce climat de jugement, de condamnation et de surveillance, la confiance ne peut s’instaurer que progressivement ; l’image du psychologue de santé pouvant paraître comme contaminée par son lieu d’exercice. D’autre part, venir à l’infirmerie, et plus particulièrement rencontrer le psychologue, c’est s’exposer aux regards des autres, ces autres qui sont là, les codétenus comme les surveillants... « La confidentialité est un leurre tant l’intimité est réduite à sa portion congrue, tant les rumeurs se propagent dans cet univers clos, surpeuplé où chacun est exposé aux regards des autres  [8] »
L’espace de parole peut être réclamé pour introduire une rupture avec l’attente silencieuse constituant l’essentiel du temps carcéral, mais aussi dans un désir d’aide, de compréhension, dans une demande de soutien et de réflexion sur soi ou dans le simple but de pouvoir parler et d’être écouté comme n’ importe quel être humain... Nous sommes là pour leur offrir cet espace de « liberté », précisément là où ils n’en ont plus, là où, de jour comme de nuit, ils « baignent » dans l’omniprésence dé l’autre et sont dépossédés de leur espace personnel, de leur infirmité.
En prison, les détenus « ne parlent pas » ils crient, se mutilent ; leur corps étant devenu un moyen essentiel d’expression.
La souffrance engendrée par la privation de liberté est souvent due à la perte, à la séparation des familles et des proches. Elle se manifeste fréquemment par des plaintes somatiques ; l’ « usage du corps serait vecteur d’expression et d’appel au regard, à l’attention, à l’écoute  [9]  ».
Durant le temps d’un entretien avec le psychologue, le sujet ne se trouve plus dans une position d’objet de surveillance, mais sujet dans un échange et une écoute. Il est momentanément un patient, pour redevenir, quelques instants plus tard, un détenu dans l’institution carcérale.
Dans cet espace-temps de l’entretien, le quotidien de la détention, la monotonie et le rituel carcéral « s’effacent » pour donner libre cours à la parole. L’émotion et les affects peuvent enfin s’exprimer, se décharger alors qu’ils doivent rester secrets dans ce milieu masculin où « un homme qui pleure n’est pas un homme ».
L’important est de laisser le sujet « déposer » une parole, une souffrance. Il s’agit de l’aider à faire des liens, réfléchir, se remettre en question, favoriser par là même le mouvement là où l’immobilisme est de rigueur.
Autrement dit, l’aider à s’approprier ou à se réapproprier son histoire individuelle et sociale dans ce milieu où la singularité s’efface.
Dans cet univers clos où subsistent « beaucoup de portes, peu de dialogues  [10 », il s’agit d’instaurer de la parole et de l’écoute. Les conditions de travail sont difficiles, il faut attendre qu’un bureau se libère, que les surveillants arrivent et que le patient attendu ait l’autorisation de venir à l’entretien ou tout simplement qu’il ait reçu sa convocation. Les demandes affluent, le temps nous oblige malheureusement à « sélectionner » au « plus urgent.
Dans l’écoute clinique, il est nécessaire de considérer l’impact que peut avoir la détention, la vie en milieu carcéral, sur la santé psychique ; il s’agit d’entendre le patient dans ses conditions de vie actuelles.
Le temps de la peine peut permettre à la personne incarcérée de se remettre en question et de parler de son histoire ; il peut aussi lui donner l’occasion de mettre des mots sur sa souffrance jusque-là ignorée ou refoulée. Le thérapeute est là pour écouter et guider le patient dans cette quête de sens, tout en considérant que « la prison n’est pas et ne sera jamais un lieu de soins hospitaliers  [11]  », «  la psychiatrie [devant] admettre qu’elle ne peut travailler qu’aux limites de ses conditions d’exercice [/em] ».
Au-delà des difficultés ou conflits institutionnels qu’il est nécessaire d’analyser et avec lesquels il faut composer pour travailler ensemble, il est essentiel de considérer que l’homme qui a ignoré l’interdit social, qui a commis un crime, ne se résume pas dans ce crime.
« L’homme assassin ou délinquant reste un humain, même lorsqu’il a franchi les limites de l’inhumanité. Briser ce mur de silence et de tabous qui nous incite les uns et les autres à ne pas regarder ce qui nous gêne, ce qui nous trouble ou nous effraie. Nous convaincre qu’au-delà de la privation de liberté qui caractérise la prison, rien ne justifie qu’aucun individu soit privé de tout ou partie de sa dignité d’être humain rien ne justifie que la souffrance infligée aux bourreaux soit proportionnelle à la souf fiance infligée aux victimes, dans la mesure où la souffrance des uns ne compense jamais la souffrance des autres. Nous faire réaliser que le temps des “bagnes psychiques” est aussi révolu que celui des bagnes réels...  [12]  »

Delphine HULIN
Psychologue clinicienne

Notes:

[1] Les personnes détenues peuvent être extraites pour une hospitalisation, consultation spécifique, ou convocation au tribunal.

[2] Rousseau E, 1997, « La réforme de l’organisation des soins aux personnes détenues : les textes et leur mise en œuvre », Revue française des affaires sociales,51(1) : 73-80

[3] Feltz F. 1997, « Des soins sous contraites », Revue française des affaires sociales, 51 (1) : 185-93

[4] Feltz F. 1997, « Des soins sous contraites », Revue française des affaires sociales, 51 (1) : 185-93

[5] Plichart P. ,Golse A., 1997, « Psychiatrie en prison, une clinique aux limites », Revue française des affaires sociales, 51, (1) : 161-175

[6] programme de construction de treize mille places supplémentaires lancé en 1987, en gestion privée.

[7] O. Obrecht, 1997, « Une réforme au milieu du gué », revue française des affaires sociales, 51 (1) :117-129

[8] Lhuiler D., Lemiszewska A., 2001, Le Choc carcéral. Survivre en prison, Paris, Bayard.

[9] Lhuiler D., Lemiszewska A., 2001, Le Choc carcéral. Survivre en prison, Paris, Bayard.

[10] Lhuiler D., Lemiszewska A., 2001, Le Choc carcéral. Survivre en prison, Paris, Bayard.

[11] Lhuiler D., Lemiszewska A., 2001, Le Choc carcéral. Survivre en prison, Paris, Bayard.

[/em] Plichart P., Golse A., 1997, op.cit.

[12] Rousseau E., 2000, Paroles de détenus, Paris, « Librio », Flammarion