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Interview de Gilles Kepel : L’Islam dans les prisons

Mise en ligne : 20 February 2006

Les conditions de détention, la privation de liberté, la promiscuité, la mise en péril de l’équilibre psychologique... sont des paramètres importants qui offrent un terrain propice aux dérives sectaires ou intégristes. Aujourd’hui, 50% à 80% des personnes détenues dans les établissements proches des grands centres urbains et des quartiers sensibles sont musulmans. Certes, nous ne disposons pas de statistiques officielles, puisqu’il est interdit de distinguer les gens selon leur confession, mais il nous est possible de recouper un certain nombre de données et d’indices.

Texte de l'article :

Gilles Kepel est diplômé en Arabe, Anglais et Philosophie, et diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris (IEP). Il est titulaire deux doctorats, l’un en sociologie et l’autre en science politique. Il est professeur à l’IEP de Paris, où il dirige le programme de troisième cycle sur les mondes arabomusulmans.
Il a été professeur invité à New York University en 1994 et à Columbia University en 1995-1996.

GILLES KEPEL : Le fait que beaucoup de gens soient sociologiquement musulmans en prison, est à mon sens le reflet de la distribution de cette population dans les couches populaires immigrées récemment arrivées, dépourvues d’insertion sociale institutionnelle qui forme traditionnellement la clientèle de la prison, comme dans les années 30 avec la proportion d’Italiens dans les prisons de Marseille. C’est essentiellement le reflet de la situation de la distribution sociologique que l’on trouve à l’extérieur : dans un grand nombre de cités aujourd’hui, l’économie de survie passe par des formes de déviances sociales et qui, lorsque leurs auteurs sont interpellés par les forces de l’ordre, sont souvent portées à la connaissance de la justice et généralement sanctionnées par des peines de prison.
La prison est une photographie inversée, parfois aussi de ce que l’on ne veut pas voir dans la société. Elle est révélatrice de ce qui pose problème. Par ailleurs, le rapport entre les personnes d’origine musulmane (quelque soit la réalité de leur foi et de leur croyance au départ) et la prison est quelque chose qui fait déjà l’objet de nombreuses observations puisque deux des itinéraires militants exemplaires, d’islamiques radicaux se sont référés à l’expérience de la prison et à la conversion, à la découverte de l’islam en prison, comme une sorte de moment fondateur. Je pense à Malcom X dont l’autobiographie situe la découverte de l’islam en prison, comme étant le début de la rédemption. Dans cette dimension religieuse, la rédemption vient après le péché, le mal. C’est aussi une manière de considérer que le mal était et appartenait à une vie antérieure et que, finalement, c’est la découverte de la religion qui absout. Cela permet aussi, aux individus qui connaissent cette révélation, de se laver par rapport à eux-mêmes de leur culpabilité, de faire une rupture, de dire qu’il y a un avant et un après. L’autre itinéraire représentatif est celui de Khaled Kelkal, l’artificier des années 1990 en France, qui a également, dans des éléments autobiographiques livrés à un journaliste allemand qui l’avait interviewé, exprimé comment la prison a été l’occasion de sa sortie de la délinquance, non pas une rédemption du fait du caractère en principe correcteur de la prison, mais parce que, par delà la prison, c’est la prison des blancs, la prison des impies. Il y a eu dans cet espace qui est le fond du fond, la lumière de la religion, quelque chose qui provient, non pas de la société extérieure perçue comme un lieu d’oppression, mais de l’intérieur, de la véritable découverte de soi-même, en dépit de l’incarcération par des gens dont on dénie la décision de justice (qui a amené à la prison). C’est ce qu’explique Kelkal, la religion des chrétiens est une fausse religion, « la seule vraie religion c’est celle que j’écoute ». Dans de très nombreux itinéraires d’islamistes ou de salafistes, on a cette logique de la rédemption après la débrouille, les embrouilles etc. C’est un phénomène très frappant.
Ce qui est important c’est de voir qu’en particulier les formes militantes de l’islam (salafistes ou islamistes) sont une manière de trouver une justification au refus de la culpabilité, en disant « je ne suis plus celui-là, ce n’est pas moi, parce que j’ai une autre identité ». En principe, la prison est censée permettre la correction, or il est de notoriété publique que, malheureusement, elle ne la permet guère. Finalement, la conversion et la
redécouverte de la religion se substituent à cette défaillance. C’est ce qui permet de dire, et pas seulement dans la prison mais aussi dans d’autres lieux institutionnels, qu’au fond, face à des situations où les institutions sont défaillantes, on va s’appuyer sur les acteurs religieux. Quelque soit le contenu du message de ces derniers, les individus soumis à ce message, en apparence, cessent d’être dans la déviance. En d’autres termes, ils ne sont plus antisociaux, n’agressent plus leur voisin, ne volent plus... Donc, la religion fournit des normes de comportement extrêmement strictes, et plus elles sont strictes, plus elles semblent être meilleures. C’est ainsi que, autrefois, un converti célèbre, visiteur de prison musulman, avait fait cette déclaration « ouvrir une mosquée c’est fermer une prison » : c’est toute la vision des gens qui veulent se défausser sur la religion de l’incapacité des institutions à assurer l’intégration sociale.
Sur le court terme, cela peut sembler très satisfaisant, mais ce qui fait problème c’est le contenu du message religieux, parce que la difficulté aujourd’hui c’est que, dans un certain nombre de cas, (le cas de Khaled Kelkal est emblématique) ces conversions, ces redécouvertes de l’islam en prison, sont perçues à travers ce qu’ils appellent un frère musulman. Cette situation aboutit parfois à l’entrée dans une logique salafiste radicale ou islamiste dont l’engagement militant n’est pas exclu à terme. En d’autres termes, on va opposer à la justice des hommes qui vous a placé en prison, une justice immanente qui vise à détruire la société, assimilée à la justice divine. C’est évidemment toute l’ambiguïté, l’islam en prison étant à mi-chemin entre un instrument de maintien de la paix sociale et un moyen de retour de l’individu à l’intériorisation de normes qui le socialisent, ce qui est généralement jugé positivement. C’est un bout du spectre alors qu’à l’autre bout du spectre il y a le risque que les organisations voulant faire du prosélytisme salafiste ou islamiste, se servent de cette situation de détresse pour récupérer des brebis égarées et des individus qui sont fragilisés par leur séjour carcéral. C’est un vrai dilemme, on a du mal à le prendre en compte parce qu’on ne veut pas voir le fait que cette population carcérale est aujourd’hui, en très large proportion, (sinon même en majorité), sociologiquement d’origine musulmane. Cela apparaît en effet comme un constat d’échec. On ne veut pas avoir l’air de dire que les musulmans peuplent les prisons et du coup on ne sait pas très bien comment gérer le problème. Malheureusement, c’est une situation de fait et il faut pouvoir trouver des moyens d’y faire face, bien sûr ce n’est pas facile.

JÉRICHO  : Les événements internationaux ne risquent-ils pas de galvaniser les musulmans les plus radicaux ?

GK : On est dans l’incertitude la plus complète car nous sommes aujourd’hui dans l’après 11 septembre. Le 11 septembre n’a pas réussi à galvaniser les masses, comme l’avait espéré Zahawiri ou Ben Laden : elles ne se sont pas soulevées. En revanche, cet événement a réussi à donner un message de politisation de la violence et de sacralisation de cette violence à des petits groupes d’individus comme on l’a vu à travers les dizaines d’attentats suicides qui ont eu lieu depuis septembre 2001, de Madrid à Casablanca jusqu’à récemment l’assassinat de Théo Van Gogh. C’est un problème majeur parce que, de ce fait, la violence, le passage à la délinquance, (ce qui a amené les gens en prison), au lieu d’être considérés comme un mal, ont finalement été retournés en un bien : cette violence est donc mise au service du jihad. Ici on a un vrai risque, c’est-à-dire que tout dépendra à qui est confiée l’aumônerie musulmane dans les prisons. Si ceux qui contrôlent l’aumônerie font l’apologie du jihad, les choses peuvent devenir compliquées.

JÉRICHO : Est-ce une des causes de la fébrilité et de la défiance de l’administration pénitentiaire vis-à-vis des aumôniers musulmans ?

GK : L’administration pénitentiaire est très gênée je crois. Le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) devait apporter une solution à cette question, mais c’est un organisme qui a aujourd’hui un peu de mal à trouver ses marques, marqué par des crises internes. D’autre part, l’hégémonie de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), qui avait été voulue par le ministre de l’Intérieur, n’est plus aujourd’hui d’actualité, mais demeure néanmoins et fait qu’un certain nombre de responsables sont hésitants à traiter avec cette organisation, notamment à l’occasion des affaires de voile.
Aujourd’hui, l’UOIF se trouve sur la sellette. Un certain nombre d’administrations, surtout dans des secteurs sensibles, sont prudentes par rapport aux propositions des associations musulmanes.

JÉRICHO  : Tariq Ramadan est-il représentatif de l’ambiguïté du double discours de certains musulmans ?

GK  : Je ne pense pas que ce soit un double discours dans un cas ou dans l’autre, c’est un discours qui vise à construire une structure communautaire. L’UOIF s’efforce de faire en sorte que les personnes qui sont sociologiquement musulmanes (qu’elle s’appellent Ahmed ou autre) se définissent comme musulmanes de façon identitaire, et vise à être le porte parole de ces gens qui seraient devenus une communauté sous sa
houlette.
Tariq Ramadan, c’est différent. Il vise plutôt à faire une alliance avec les ultra-gauches, les alter-mondialistes, les écologistes... pour essayer de faire admettre l’existence, dans cette espèce de fronde anti-capitaliste, de mouvements islamiques, quitte à en prendre ultérieurement, si possible la direction. Ce qui s’est passé au forum social européen de Londres, dont la seule chose que nous avons retenue de ce forum ce sont les manifestations hystériques contre la France, prétendument islamophobe, qui interdit aux femmes de mettre le voile à l’école.
Tariq Ramadan et l’UOIF ont deux stratégies différentes qui ne disent pas
exactement la même chose à tout le monde. Ils vont insister sur la dimension démocratique à destination des nonmusulmans et ils vont, en interne, insister sur la dimension de l’identité communautaire.

JÉRICHO  : La forte population musulmane dans les prisons françaises n’est-elle pas due à l’échec de la politique d’intégration de la France ?

GK
 : Probablement. Alors qu’il faut encourager l’émergence d’élites parmi les populations qui sont stigmatisées socialement en leur proposant, par l’éducation, une alternative qui va permettre leur ascension sociale. C’est un peu ce que nous faisons, à un modeste niveau ici à Sciences-Po, avec la filière ZEP, où l’on va proposer des contrats à des lycées qui appartiennent à des zones socialement défavorisées, sur des critères reconnus, de manière à ce que les élèves brillants, issus de ces filières, puissent trouver le chemin pour intégrer les écoles qui fabriquent les élites de la République, au lieu de considérer que ces écoles sont réservées uniquement aux enfants de bourgeois qui habitent Paris centre. On a un exemple dans l’histoire de Malcom X (qu’il faut prendre avec prudence car c’est lui le narrateur) : il était bon élève, dit-il, et lorsque son instituteur
blanc lui demande « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard, tu as de bons
résultats ? », il répond qu’il veut être ingénieur ou médecin. « Non, non, lui répond l’instituteur, tu es noir, toi, ce que tu dois plutôt viser c’est charpentier ». Effectivement, je crois qu’il y a une intériorisation parmi les couches défavorisées, notamment les jeunes d’origine musulmane, qui pensent que l’ascension sociale n’est pas pour eux, il y a cette espèce de logique de l’enfermement. Cette émergence d’élites par l’éducation est essentielle, surtout d’élites qui considèrent que cette ascension sociale se produit grâce aux valeurs partagées par la société. Si ce mécanisme ne fonctionne pas, on reste dans une situation de désarroi.

JÉRICHO  : Face à ces problèmes d’intégration, qui trop souvent mènent à la prison, les communautés musulmanes ne manquent-t-elles pas de modèles de réussite auxquels s’identifier ?

GK : Il faut qu’il y ait des modèles auxquels s’identifier, surtout dans des situations de très grand désarroi comme celle de l’incarcération. S’il n’y en a pas, le modèle auquel s’identifier sera l’imam radical, Ben Laden, Zahawiri, Mohamed Ata. Ils ont besoin de figures d’identification, c’est très important. Ce qu’on fait à Sciences-Po n’est pas de la discrimination positive, on ne met pas des quotas de noirs, d’arabes, de jaunes, d’homosexuels, de filles ou garçons... mais, à partir d’un critère d’exclusion sociale, on essaie d’identifier les moyens de lutter contre celle-ci et surtout de servir d’accélérateur ; certains vont aussi passer les concours « normaux ».

JÉRICHO : Le but est donc de faire émerger des élites ?

GK : Tout à fait, c’est l’objectif. On a une situation complexe parce qu’il y a un discours islamiste radical se définissant comme un discours de refus, d’opposition aux sociétés occidentales, et dévalorisant, au nom d’une culture intérieure, ce qui est présent. Ce n’était pas le cas avec les Italiens ou les Espagnols, il peut y avoir une culture de la délinquance, de la pauvreté, des cultures mafieuses ou autres. C’est un problème, surtout dans les cas difficiles, cela fournit le vocabulaire qui va permettre de s’engager dans une dynamique de la violence et lui donner une justification politique. Tel est le problème par rapport à une population carcérale, c’est-à-dire qu’il y a un conflit de norme et, dans ce cas, on est très démuni.

JÉRICHO  : L’exemple des « Black Muslim » dans les années 60 aux États-Unis, est-il une tendance de la diversité de plus en plus marquée de différentes idéologies au sein de l’islam français ?

GK  : Avec les Black Muslim, il s’agissait d’une sorte de bricolage identitaire pour les noirs américains, à partir de morceaux d’Islam, il n’y avait pas une dynamique éternelle. Ils s’étaient inventé un ramadan spécial à Noël, des interdits alimentaires spéciaux. Par exemple, ils avaient interdit le poisson chat et la galette de maïs car c’était le « slave diet », c’est-à-dire ce qu’on faisait manger aux noirs esclaves dans les plantations ; ils considéraient que l’islam l’interdisait, ce qui n’a rien à voir bien sûr. C’était quelque chose qui était fabriqué pour se détacher de la période d’esclavage de leurs ancêtres. Aujourd’hui, c’est différent parce qu’on a un univers très sophistiqué, beaucoup plus cohérent et qui dispose de références internationales, ce qui permet, du fond du désespoir individuel qu’entraîne l’incarcération, de se sentir en communion avec le monde entier. Autre problème : en prison, il n’y a pas que des « droits communs », il y a aussi un certain nombre de gens soupçonnés d’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, qui apparaissent aux yeux de certains comme des héros. Il y a aussi le problème de la contagion révolutionnaire. Dans un univers où il y a des rapports de force, de caïdat qui s’établissent, la référence religieuse est aussi un élément de construction d’un réseau de pouvoir. Ce qui s’est aussi passé dans l’Irak de Sadam Hussein, où, face à la dégradation de la vie quotidienne à cause de l’embargo, on aboutit à ce que des gens qui n’avaient aucune culture religieuse particulière, s’autoproclament imams de manière à bénéficier d’atouts et d’accès particuliers.

JÉRICHO : Pouvez-vous nous expliquer la différence entre les termes salafiste, islamiste, jihadiste... qui bien souvent sont associés à tort ?

GK  : On considère que le salafiste est une version extrêmement rigoriste de la religion, qui prend celle-ci au pied de la lettre et qui va faire prévaloir, de manière absolue, l’obéissance à la lettre à une composition avec l’environnement social. Par exemple, les jeunes salafistes ou salafisés en France, vont être beaucoup plus enclins à suivre les fatwas qui leur viennent de La Mecque pour déterminer leur comportement en France, que de suivre les lois de la République. Ça passe par des choses qui apparemment sont anodines comme le fait de s’habiller à la manière du prophète avec une djellaba. On en a un exemple avec les déclaration de l’imam Bouziane à Lyon-Mag qui vont dans la logique de battre sa femme. Là, on a un clash avec la société environnante, et le salafiste va donner la priorité au pouvoir religieux. Les salafistes, en général, ne sont pas violents, ils sont plutôt obéissants par rapport au pouvoir quel qu’il soit et cherchent plutôt à construire des espèces de niches, de créneaux, qui leurs sont favorables. Mais pour ce qui est de l’islamisme, c’est une vision beaucoup plus politique considérant qu’il faut s’emparer du pouvoir, terre d’Islam, de manière à impliquer véritablement la loi religieuse, faire régner un ordre religieux.
Dans le cas européen, on a plusieurs éléments qui cohabitent. D’abord, il peut y avoir une stratégie de quartier contrôlé, c’est-à-dire que, dans tel ou tel quartier défavorisé, c’est l’ordre religieux qui va l’emporter. On va contraindre les filles à se voiler, on va interdire la vente d’alcool, on va vendre des produits halal dans les supermarchés pour marquer de manière communautaire le quartier. Par ailleurs, on a des groupes d’islamistes qui, eux, vont essayer d’obtenir un certain nombre d’avantages, un meilleur statut. Vous avez des islamistes salafistes dit modérés qui ne sont pas partisans de la violence, et vous avez aussi des salafistes jihadistes qui
rejoignent les islamistes radicaux. Les uns et les autres, à partir d’une exacerbation des corpus précédents, basculent dans le jihad, c’est à dire la croyance que seule la violence va permettre l’avènement de l’État islamique.

JÉRICHO : Le Coran n’est-il pas une source d’inspiration libre de toute interprétation pouvant mener à des comportements extrémistes ?

GK : Le problème est l’interprétation du Coran. Il comporte des versets pacifiqueset d’autres qui prônent l’extermination des infidèles. En principe, les non-musulmans sont considérés comme des « gens du livre » , c’est-à-dire des gens qui partagent une religion révélée. Mais les islamistes ne les appellent jamais comme ça, ils les appellent les impies, les infidèles, c’est toujours l’appellation polémique à laquelle il est fait référence. Aujourd’hui c’est ce qu’on va dire d’une partie de la jeunesse musulmane radicalisée.

JÉRICHO : Est ce que le fait de confisquer les tapis de prière, refuser la cuisine halal... n’est pas jouer le jeu des extrémistes ?

GK : Oui, même si je ne peux pas juger si les tapis de prière sont considérés comme des objets n’ayant rien à faire dans les prisons pour des raisons de sécurité. Mais, évidemment, le fait de pouvoir exercer son culte, prier dans la situation carcérale, je crois que l’on peut difficilement s’y opposer, cela s’est même vu à Guantanamo. Le fait qu’il y ait une nourriture adaptée pour des raisons religieuses est un problème d’ordre financier, mais à partir du moment où la population est suffisamment nombreuse, malheureusement, le problème ne se pose plus.

JÉRICHO  : Dans le cadre géopolitique et social actuel, la prison est-elle un terrain favorable à l’émergence d’extrémistes ?

GK : C’est déjà le cas dans un certain nombre de domaines. Toute la difficulté est de savoir comment faire en sorte que des secours d’ordre éthique, des éléments de rédemption sociale, soient apportés aux populations en question, sans se défausser sur le religieux. La défausse sur le religieux, est quelque chose de pratique à cour terme. Cela dispense de faire une réflexion sur la situation. Cette attitude, maintient à part cette population dont on ne s’occupe pas, ce qui peut occasionner un retour de manivelle.
Propos recueillis par Philippe Frétigné et Nicolas Loeb
Source Jéricho 190, Février 2005, ANVP