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Du sport pour faire baisser la pression

Mise en ligne : 9 February 2003

Dernière modification : 24 September 2006

Texte de l'article :

Du sport pour faire baisser la pression

Défense de les questionner sans accord parental. Les adultes parleront donc pour eux - mais pas comme eux - de leur quotidien derrière les barreaux. Mardi dernier, cinquante-quatre mineurs étaient incarcérés au Centre des jeunes détenus de Fleury-Mérogis. Quatre ont moins de seize ans. Plus lourde condamnation : huit ans. Pour encadrer ces jeunes pas comme les autres, vingt-deux surveillants dont trois femmes, tous volontaires. Leur tenue réglementaire restée au vestiaire, c’est en jogging bleu qu’ils officient dans les trois ailes du quartier spécialement créé pour les mineurs en septembre 1999. " Il y a encore trois ans, c’était un établissement connu pour sa violence, se souvient la plus ancienne surveillante du quartier mineur. J’ai vécu l’évolution. Aujourd’hui, je peux dire que c’est une réussite. "

Tenus à l’écart des détenus adultes - courtes peines et fin de peines - qui peuplent le reste des cellules, les mineurs bénéficient d’un régime de détention particulier. Quatre unités, accordant plus ou moins de liberté, sont répertoriées - stricte, encadrement, ordinaire, libérale -, établies après une semaine " d’observation " à l’arrivée et en fonction du comportement du jeune délinquant. Tous les mineurs ont un surveillant référent qui ne les quitte jamais, excepté quand les portes des cellules se verrouillent chaque soir à 17 h 30. " Un travail de proximité, de communication, de présence constante qui met en avant la pluridisciplinarité, explique par le menu une référente enflammée par sa fonction. Formations en psychologie, en sociologie, stages avec la protection judiciaire de la jeunesse sont un passage obligé quand on s’occupe d’adolescents. Avec eux, on ne sait jamais ce qui va se passer. Il faut faire preuve d’une patience illimitée, c’est un mot à mettre dans son vocabulaire. "

Les cellules, une par mineur, sont identiques à toutes les autres, à l’exception des sanitaires (lavabo d’eau froide et WC) isolés derrière une cloison. La télévision, gratuite pour les plus disciplinés, est programmée pour s’éteindre à minuit et durant la scolarité. Autre différence, sur les murs, les posters sont tolérés. Les joueurs de l’équipe de France de foot règnent alors en maîtres absolus. Quant aux douches, agrémentées d’une porte, elles sont utilisées trois fois par semaine comme le stipule le règlement. Parfois plus dans la mesure du possible. Pour les promenades, deux espaces triangulaires restreints comportant table de ping-pong, panneau de basket et cage de ballon rond, sont grillagés afin de préserver l’isolement des mineurs.

Durant l’été, la vie à l’intérieur se calque, par certains aspects, sur celle de l’extérieur. Suivant le calendrier scolaire, les cinq heures trente de cours obligatoires sont suspendues, au grand plaisir de beaucoup. Le sport, véritable défouloir, devient alors omniprésent. Cinq fois par semaine, au lieu de deux, les adolescents se rendent au gymnase nimbé de rose où ils pratiquent musculation, volley, basket, boxe, rollers ou encore mur d’escalade. " Pendant deux mois, ils sont gavés de sport, donc un peu moins motivés, reconnaît leur moniteur. Ça permet de soulager les étages, les collègues et de faire baisser la pression due à la chaleur. " Plusieurs activités estivales sont proposées " pour les occuper " : sculpture, photo, VTT et équitation à l’extérieur pour " les onze détenus les plus exemplaires ". Sans compter les formations. En cette fin d’après-midi, sous le regard des quelques poissons ayant survécu à la chaleur dans les aquariums d’une des salles d’activités " récréatives ", certains jeunes sont campés devant ordinateurs et Play-Station, pendant que d’autres jouent au ping-pong avec un surveillant. Si le vouvoiement vis-à-vis des référents est de rigueur, un " tu " retentit de ci, de là. " Mais nous gardons toujours des distances ", prévient un surveillant.

Chaque mercredi, éducateurs, référents, direction et psychologues, ouvrant en étroite collaboration, se réunissent afin de suivre au plus près la semaine du mineur. " On appréhende la période d’été, l’idée de devoir passer les vacances en prison est plus difficile pour le jeune. Il y a moins de parloirs, commente Estelle Grosjean, conseillère d’insertion et de probation. Mais cette année, j’ai le sentiment que l’ambiance est plus paisible et qu’il n’y a pas de pétage de plombs. "

S. B.

Source : L’Humanité