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C’est quand que vous revenez ?

Mise en ligne : 21 June 2005

Bonjour, Je suis Danièle Mercier, présidente de l’association "Repousser les murs" qui intervient en détention . Nous avons animé un atelier de jeux d’acteurs au quartier mineurs de Longuenesse pendant un an mais nous avons dû suspendre une activité trés constructive car pas de subvention pour indemniser au moins en partie nos déplacements ; merci de faire circuler notre texte et à bientôt. Cordialement.

Texte de l'article :

« C’EST QUAND QUE VOUS REVENEZ ? »

Il faudra dire à Aurélien, 17 ans, à Mathieu,17 ans et aux autres que nous ne reviendrons plus au quartier des mineurs où ils sont incarcérés.

Depuis un an, nous vivions avec eux une belle aventure, celle des jeux d’acteurs. Ils sont devenus les metteurs en scène de leurs paroles, ils ont parlé de l’école, de la famille, de la prison. Et aussi de leurs victimes. Ils ont appris à mettre des mots sur leur vie :
« si on est ici, c’est justement parce qu’on n’a pas été à l’école »
« une mère, c’est pas pareil, ça tient pas les gamins »
« j’fais comme si j’voyais pas les barreaux ».

Nous avons essayé, en reproduisant ces situations, dans ces jeux d’acteurs, d’introduire de la « pédagogie », de la « resocialisation » par le biais du théâtre. Le théâtre enseigne la vie en groupe, le respect d’autrui et il nous semblait que nos jeunes « délinquants », par cette activité, apprenaient à se considérer autrement.

Nous leur avons donné l’occasion de réfléchir sur des questions qu’ils n’avaient jamais abordées : le rapport d’autorité, le rapport à l’argent... questions qu’ils auraient probablement rejetées dans un autre contexte. Cette activité est bénévole, et nous ne demandions pas à être payées. Seulement voilà, depuis un an, nous y sommes de notre poche. Nous avons pris en charge tous nos déplacements (120 kms aller-retour) en attendant une aide financière. Elle n’est pas arrivée... L’administration pénitentiaire n’a pas les fonds pour nous indemniser .

Alors, il faudra leur dire... que nous ne serons pas avec eux la semaine prochaine, que nous sommes tristes et en colère. La prochaine fois que vous lirez un article sur la réinsertion, sur la délinquance des mineurs, sur l’alternative prévention ou répression... pensez à Aurélien qui nous disait :
« moi, quand j’aurai des enfants, j’saurai quoi faire : l’école et le sport. »

Monique Bataille
Danièle Mercier
Association « Repousser les murs » Lille