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Des religieuses en prison

Mise en ligne : 20 mai 2007

Dernière modification : 20 mai 2007

Texte de l'article :

 Le quartier réservé aux femmes à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis comptait, jusqu’à ces dernières années, parmi le personnel de surveillance, des religieuses, les sœurs de Marie Joseph de la Miséricorde ; il y a encore actuellement quelques religieuses dans ce quartier, essentiellement à des fonctions d’infirmière. Cet ordre est présent au dépôt du Palais de Justice de Paris depuis le 19e siècle, en vertu d’une convention passée avec le ministère de la Justice. La liberté de croyance et de culte est naturellement essentielle, mais la présence de religieuses, à titre de personnel permanent, a de quoi surprendre dans un pays où la laïcité est une valeur fondamentale.

 Il peut être argué que ces religieuses, surveillantes, enseignantes ou infirmières, exercent avant tout le métier pour lequel leur congrégation est en l’occurrence rémunérée, sans faire état de leur statut de religieuses. Sauf que, exercer une activité avec un uniforme religieux, avec des insignes, confère de fait une identité religieuse, allant à l’encontre du principe de laïcité. Principe qui fonde l’exercice même d’un service public, dans un lieu non confessionnel. On peut y voir une forme passive de prosélytisme, dans la mesure où cela met en avant une religion, occultant par la même les autres religions. Mais, il n’y a sans doute pas qu’une forme passive de prosélytisme à dénoncer ; les religieuses de la congrégation en question semblent avoir exercé une influence sur des femmes incarcérées dans l’établissement de Fleury-Mérogis, vers la fin des années 1990, les incitant à ne pas recourir, dans certaines situations, à une interruption volontaire de grossesse, par le biais de pressions morales. Cela constitue une atteinte insupportable à la liberté de choix des femmes ; liberté que même l’enfermement ne peut théoriquement enlever.

 Il est sans doute aisé d’influencer dans ses choix quelqu’un qui est en situation de détresse matérielle, psychologique, morale ; mais précisément ne pas céder à cette facilité c’est être, en toutes circonstances, respectueux des personnes. Refuser à des hommes ou à des femmes cette forme de respect est simplement indigne ; indigne des valeurs de la République. Que penser de l’Etat qui laisse perdurer de telles possibilités, sans doute sous la pression de certains ordres religieux, mais aussi séduit peut-être par le fait que ces personnels sont probablement moins rémunérés que les autres personnels et que leur droit de grève ne s’exerce jamais ?

 Ban Public dénonce clairement de telles pratiques, certes en passe de disparaître puisqu’il ne resterait actuellement qu’une dizaine de religieuses dans 3 prisons (la MA de Fleury-Mérogis, l’hôpital de Fresnes, le centre pénitentiaire de Rennes). Mais, n’y aurait-il qu’une religieuse au titre de personnel pénitentiaire que cela serait encore trop. La nouvelle garde des Sceaux, ministre de la Justice, Rachida Dati, a-t-elle prêté attention à cette altérité de la MAF de Fleury-Mérogis, lors de son passage dans cet établissement, le jour même de sa nomination ? Ou bien l’objet de cette visite était-il avant tout médiatique, avec en toile de fond cette phrase inlassablement martelée "nous serons intraitables sur la délinquance des mineurs" ? Il est tout autant nécessaire d’être intraitable sur le devoir de laïcité du service public pénitentiaire.

 

La rédaction
Ban Public
Mai 2007

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