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Von Hagens, artiste plasticien, enbaume, expose et vend les cadavres de condamnés à mort chinois

Mise en ligne : 22 janvier 2004

Dernière modification : 1er mars 2004

Texte de l'article :

Les cadavres "plastinés" de von Hagens sont des condamnés à mort chinois LE MONDE | 19.01.04 | 17h23 Berlin de notre correspondant Gunther von Hagens possède trois usines. L’une est installée à Heidelberg, en Allemagne, mais les deux autres sont délocalisées à Bischkek, au Kirghizstan, et à Dalian, en Chine. En bon élève de la globalisation, l’industriel a vite fait ses comptes : au Kirghizstan comme en Chine, la main-d’œuvre est habile, les salaires sont raisonnables, la réglementation bienveillante et la matière première abondante. Cette dernière est cependant particulière : il s’agit de cadavres d’humains. Médecin anatomiste se voulant artiste, Gunther von Hagens a inventé un procédé de conservation des corps qu’il a appelé "plastination". Il s’agit d’une sorte de plastification des morts qui permet, ensuite, toutes les manipulations, du découpage au coloriage, en passant par l’écorchement et la mise en situation. Depuis 1997, l’anatomiste promène à travers le monde ses œuvres "plastinées", organisant sous le label "Körperwelten" (Les mondes du corps) de spectaculaires et morbides expositions. Près de 14 millions de visiteurs ont déjà vu ses œuvres dans le monde. Un nouveau spectacle, financièrement soutenu par le Land de Hesse, vient de débuter à Francfort. Jusqu’ici, ces étalages n’avaient suscité que des polémiques artistiques ou éthiques. Gunther von Hagens avait ses partisans et ses détracteurs. Mais, dans sa dernière livraison, le magazine Der Spiegel examine toute l’affaire d’un point de vue moins éthéré. Selon l’hebdomadaire, une partie des cadavres qui alimentent la chaîne de production du docteur von Hagens sont des condamnés à mort chinois vendus par l’administration pénitentiaire, qui dispose, dans les environs de Delian, de plusieurs prisons et camps de travail. Emportée par le succès - outre les expositions, l’anatomiste vend, fort cher, ses "plastinés" dans le monde entier -, l’industrie von Hagens tourne à flux tendu, sans stocks de sécurité. Et Der Spiegel s’est procuré lettres, messages et e-mails qui dévoilent les préoccupations d’un chef d’entreprise angoissé de ne pouvoir honorer ses commandes. Il lui manque des corps complets, ou des membres, ou encore des fœtus et des embryons, qui occuperont une place de choix dans son exposition. Heureusement, policiers et médecins chinois, mal payés, pallient les pénuries en se faisant un revenu annexe : ici des vagabonds décédés dont le corps n’a pas été réclamé, là des prisonniers décédés en cellule ou encore des condamnés à mort exécutés en public d’une balle dans la tête. Ces derniers sont fournis éventrés : leurs organes ont déjà été vendus. Pour les greffes. Des livraisons douteuses analogues avaient été révélées, en 2002, dans l’usine du Kirghizstan. Gunther von Hagens avait alors expliqué que la faute en incombait à un collaborateur local, remercié depuis. Cette fois, l’"artiste" a assuré qu’il ferait prochainement une déclaration, après s’être renseigné en Chine. Georges Marion • ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 20.01.04