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2002 Lettre ouverte du Collectif des détenus

Mise en ligne : 3 mai 2002

Dernière modification : 15 mai 2005

Texte de l'article :

Dans une période où déjà beaucoup ont du mal à accepter l’exclusion dont certains ont été victimes, à l’occasion des grâces de l’an 2000, voilà l’atmosphère qui règne à la Centrale de Poissy.

Depuis les révélations du Médecin Chef de la Santé, une partie des surveillants et des brigadiers, pour la plupart affiliés au syndicats U.F.A.P. et poussés par celui-ci, utilisaient tous les moyens pour créer des tensions. Toutes les méthodes pour provoquer sont utilisées. Dernièrement, deux détenus se sont retrouvés au mitard pour avoir réclamé de prendre une douche avant d’aller au parloir.

La direction et le personnel d’encadrement ont conscience de la situation mais sont dans l’incapacité de réagir comme ils le souhaiteraient, étant donnée la puissance du syndicat.

La Centrale vit au rythme des exigences de l’équipe n°1 (et de ses émules) qui fait pression sur le reste du personnel. A chaque fois qu’une revendication est adressée au directeur, celui-ci, au lieu de la traiter, agit de façon expéditive en transférant disciplinairement celui ou ceux qui auront pris la parole pour l’occasion, créant une psychose du transfert au sein de la population carcérale. Malgré les améliorations que nous sommes en droit d’espérer, nous n’osons plus nous manifester.

Par exemple, pour 251 détenus, nous ne disposons que d’une seule cabine téléphonique ; il est facile d’imaginer l’encombrement le week-end, le mercredi et les heures de pointe.

En ce qui concerne le parloir - dont on ne cesse de nous répéter que bientôt des unités de vie familiale seront mises en place, mais dont les travaux n’ont toujours pas commencé alors que l’emplacement est prévu - n’est pas conforme au règlement et ne permet aucune intimité avec nos familles. En effet, il ne devrait pas y avoir de vis-à-vis et ils devraient être équipés de cloisons sur 3 côtés, ce qui n’est pas le cas, sans parler des caméras qui nous épient en permanence.

Pour une Centrale (qui détient une quarantaine de condamnés à perpétuité et une majorité de longues peines), nous ne possédons aucun local pour faire notre cuisine (four, friteuse etc.), et aucune cantine alimentaire extérieure, comme c’est le cas dans tous les autres établissements similaires.

Enfin, depuis 3 ans, aucun détenu n’a bénéficié d’une libération conditionnelle. On ne vit plus dans l’espoir. C’est dramatique dans la mesure où les peines ont considérablement augmenté et que les grâces ne concernent pas toute la population. Dans ces conditions, pas étonnant que la France détienne le triste record des suicides.

Poissy n’en est pas épargnée. En décembre, un gitan s’est donné la mort de façon bien mystérieuse. La conclusion de l’Administration n’étant pas celle des détenus. Samedi 12 février, vers 21 heures, un détenu qui était à quelques mois de sa libération, après avoir déjà purgé plus de 12 ans se serait pendu. Il aurait été retrouvé pendu au support de télévision situé à 1,80 mètres du sol...au-dessus de la cuvette des W.C. Bizarre ! Encore plus bizarre que le brigadier de service n’ait ouvert sa porte qu’une demi heure après avoir été avisé du drame. On peut logiquement supposer qu’en étant intervenu plus tôt, les secours seraient parvenus à le ranimer. Ce détenu demandait son transfert depuis belle lurette, on lui répondait toujours favorablement, mais rien n’arrivait. Est-ce qui l’aurait poussé à ce geste fatal ? Ce n’est de plus, pas l’avis de la population qui ne veut pas croire au suicide.

Tout ceci n’étant pas fait pour apaiser les tensions, nous osons espérer que la situation ne va pas se dégrader dans les jours à venir, mais ne pouvons le garantir. Nous espérons que vous pourrez faire évoluer les choses dans le bon sens et vous en remercions d’avance.

Collectif des détenus de la Centrale de Poissy

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