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Parrainer une personne incarcérée

Mise en ligne : 23 novembre 2008

Texte de l'article :

Ma fille, militante à Ban Public, m’a parlé de l’action de son association et j’ai souhaité apporter un peu de mon temps et cherché un rapprochement humain plus qu’un acte militant. C’est ainsi que j’ai commencé à correspondre avec Thierry et demandé un permis de visite accordé par l’administration pénitentiaire.

Depuis un peu plus de deux ans maintenant s’établit un climat de confiance mutuelle entre Thierry et moi. Nous avons progressivement appris à nous connaître.

J’ai aidé Thierry dans ses études et ses relations avec le monde extérieur à la prison. Il vient de réussir un MASTER II en informatique et s’est inscrit à un doctorat. L’informatique, plus qu’une autre discipline universitaire, est contrôlée par l’administration pénitentiaire. Il faut du courage, de la pugnacité pour entreprendre des études en prison, les poursuivre, chercher des stages et du travail. Une circulaire d’août 2006 fixe le cadre de "l’informatique en cellule" et "en salle d’activité", de manière particulièrement restrictive, et ce d’autant plus que, dans le même temps, les matériels évoluent rapidement. Sont interdits en cellules : les ordinateurs portables, un second ordinateur, les imprimantes laser, les souris sans fil, les appareils photos numérique, les CD et DVD vierge, les clefs USB, les disques durs externes (ou sur rack amovible), les liaisons par réseau filaire ou sans fil, les logiciels de PAO et de DAO, etc.
(Circulaire informatique http://www.prison.eu.org/article.php3?id_article=9792)
Toutes ces interdictions rendent impossible pour une personne incarcérée de faire du développement logiciel (dans le cadre d’une activité rémunérée par une société extérieure notamment) ; l’accès à Internet et la sauvegarde de données sur un support autre que le disque sont en effet indispensables pour être compétitif en matière de développement logiciel. Toutes ces restrictions sont contre productives en terme d’intégration future dans le monde du travail, car elles sont en décalage avec la réalité technologique.

Ces deux dernières années, j’ai imprimé les cours de MASTER I et II de l’université choisie par Thierry, j’ai cherché des livres de référence, trouvé une petite annonce qui lui a permis d’effectuer ses stages en entreprise. En plus des difficultés techniques, viennent s’ajouter les difficultés de financement des études supérieures essentielles pour les longues peines comme Thierry. En effet, sont exclus du bénéfice d’une bourse d’enseignement supérieur sur critères sociaux, même si les intéressés justifient par ailleurs des critères ouvrant droit à cette bourse, les personnes en détention pénale sauf celles placées en régime de semi-liberté
(Circulaire NOR MENS0401499C http://www.prison.eu.org/article.php3?id_article=6868).
Pour financer ses études, Thierry a dû compter sur lui-même en vendant des pantins en bois fait main
(Soutenir Thierry http://www.prison.eu.org/article.php3?id_article=10224).

Aujourd’hui, cette société lui offre un CDI, chose plutôt inhabituelle en prison !
Thierry fait preuve d’inventivité pour répondre à la demande de création de logiciel sur un matériel vétuste et inadapté, dépense beaucoup d’argent en communications téléphoniques car Internet n’est pas accessible dans sa prison. Il se heurte à des règlements et usages peu compatibles au développement des études universitaires et à une relation de travail.

Ainsi s’est peu à peu construite une amitié, d’abord distante, nous nous serions la main à chacune de mes visites puis, à l’occasion d’une fête, je l’ai embrassé. Je lui apporte du soutien et du bien-être en partageant avec lui mes connaissances sur la naturopathie qui vise à « rééquilibrer » le fonctionnement de l’organisme par des moyens « naturels » : alimentation, hygiène de vie, phytothérapie, massages, exercices de relaxation...

Enfin, nous échangeons nos opinions, je lui fais parvenir des documents sur le cinéma, les voyages, l’actualité, la nutrition, je lui parle de ma famille et peu à peu il relâche des tensions, rentre dans mon univers, dans celui de la vie urbaine actuelle et c’est bien ainsi que les liens se tissent...

France-Hélène

Post-Scriptum
Un parrainage peut se baser sur de nombreuses actions qui peuvent avoir un certain coût, mais mêmes les plus démunis financièrement peuvent apporter leur soutien humain, chacun s’investissant à hauteur de ses moyens :
- soutien par courriers réguliers et envois de timbes (un carnet de timbres 5,3€), 
- visites régulières (billets SNCF, repas et hôtel en fonction de la distance du lieu d’incarcération (coût moyen de 200€ pour un déplacement longue distance),
- envoi de mandats mensuels (la limite pour qu’il n’y ait pas de prélèvement pour les parties civiles est de 200€ par mois),
- gestion d’une boite mail pour les étudiant(e)s avec impression des messages, impression des cours... (une cartouche d’encre et une ramette de papier 20€ annuel)
- apport d’un colis de Noël pouvant aller jusqu’à 5kg de nourriture...

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