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Billets d’humeur

"40 minutes à l’ombre"

Mise en ligne : 6 August 2002

Texte de l'article :

Je m’appelle Djamilla. Les mots que je contiens en moi, ces mots confisqués, je les ai crachés un soir pour conjurer l’asphyxie. La haine, ça vient comme ça ; ça ronge longtemps, un jour, un soir, ça explose. Le sentiment d’injustice, de frustration et d’impuissance qui gronde chaque jour un peu plus jusqu’à la révolte. Les mots sont des armes, des armes contre l’indifférence, la négation, l’anonymat, des armes pour une reconnaissance, pour le droit à la parole libre, pour le droit à la contestation. Je me lève droite contre les barreaux qui m’oppressent. Je résiste pour le respect de la dignité humaine. Par les temps qui courent la tendance fascisante brandit sa muselière : Moi, Djamilla je prends la parole au nom « des familles parloirs », je lève en votre nom, femmes et hommes incarcérés, les baillons qui ferment vos bouches de condamnés. Moi, Djamilla je parle à la mémoire de tous les prisonniers qui se sont donnés la mort, qui d’eux mêmes se sont ôtés la vie. Moi, Djamilla j’écris pour tous ces êtres humains privés de libertés citoyennes et que l’histoire ne retiendra pas. Je dis qu’il faut en finir avec l’hypocrisie de notre société qui imprime des valeurs de « Fraternité humaine, de Liberté et de Dignité, d’Egalité en Droit », et qui n’a pas le courage de ses opinions républicaines.

Le temps… Pour moi, Djamilla, le temps s’est arrêté : il s’est focalisé, polarisé sur un seul but, une seule destination, toujours la même trajectoire allée-retour, Grenoble-Bordeaux, Bordeaux-Grenoble, 10 heures à l’allée, 10 heures au retour : les kilomètres espace-temps défilent… Je traverse toute la France pour me rendre à la maison d’arrêt de Gradignan : 10 heures à risque, en wagon nuit, pour 40 minutes de parloirs. Le temps coûte cher, très cher pour les « familles parloirs ». Dix-neuf mois déjà, et mon frère, incarcéré depuis le 19 octobre 2000, n’est toujours pas jugé. Dix-neuf mois de combat : combat pour trouver les moyens de payer le enième billet de train, assurer les mandats, maintenir le contact vital, être là…

10 heures, c’est long, ça bouffe le temps à grande vitesse. Il m’est parfois arrivé de faire le trajet pour rien. Un parloir de foutu, 10 heures pour rien. Ce sont les détenus qui m’informent : « Ton frère est au tribunal. ». Prends ça comme tu peux ! Les gardiens de prison pas fichus de t’avertir… Dans ces moments là, j’éprouve de la haine, la haine est une énergie en souffrance, enragée d’inquiétude, ravagée d’incompréhension. Je me retrouve en cellule, seule face à des barreaux… Quelle est cette justice ? Quel est ce genre de milieu ? « Quel respect pour la personne humaine ? ».
Que tu te trouves enfermée après 10 heures de trajet de train, la course à l’hôtel, le bus, le parloir… pour rien, à courir après les renseignements… cela n’a aucune d’importance, poubelle… on te fait redescendre. A l’entrée, « on » me répond : « c’est une question de sécurité ! ». Comme si mon frère était Al Capone ! Ce que l’on trouve à ma dire au Service des parloirs est aberrant : « Vous aurez peut-être la chance de l’apercevoir quelques minutes en allant au tribunal ». « On » me dit d’aller faire mon parloir au tribunal, en clair « d’aller me faire voir ». Dites, Messieurs ! J’ai une idée ! Et si je me rendais au tribunal, bardée de bâtons de dynamite, peut-être que je serais mieux entendue ? Peut-être que l’on comprendra mieux ce que ma famille, elle, et tant d’autres subissent.
Je nous appelle les « familles parloirs ». Ma famille attend le transfert de mon frère vers un lieu de détention plus proche. Nous attendons une décision de « justice », nous attendons une réponse depuis 19 mois. Que représente le soutien d’une famille à l’un des leurs, pendant 19 mois sur 10 heures de distance allée, 10 heures de distance retour ? Les factures impayées que j’accumule, les mandats, les billets de train, les kilos de linge que je me trimbale, le défilé des chambres d’hôtel, les honoraires d’avocat…, les kilomètres interminables,… tout ça pour un dossier qui traîne à l’étude. Combien de temps encore ? Combien de temps encore avant de savoir quelle sera la peine de prison de mon frère ? Qui peut le dire, Madame le Juge ?

La question des conditions de détention, la question des conditions d’accueil des « familles parloirs », la question de l’insertion sociale des prisonniers, la question de la lenteur administrative, les procédures en attente, la question de la prévention, etc, etc, etc…, qui s’en soucis en haut lieu ?
Les avocats descendent dans la rue. La Ministère de la Justice va mal. Il manque de moyens nous fait-on savoir… Oui, mais ce ne sont pas quelques sparadras qui colmateront la brèche… Quand un Etat Républicain n’est plus en capacité, ou ne veut pas se donner la peine de soutenir le fonctionnement de son système judiciaire, juridique et pénitentiaire, que faut-il en penser ?

Moi, je paye les dégâts du « j’m’foutisme » bureaucratique parce qu’ « une famille parloir » ça n’a pas son mot à dire. Nous sommes condamnées par l’ombre des barreaux de ceux qui sont des nôtres. La distance qui me sépare de 40 minutes de parloirs, l’appréhension qui me talonne parce que la prison justement c’est la prison (« 7 à 8 décès en un an, 7 à 8 suicidés du milieu carcéral dont on entend si peu parler dans les grandes colonnes de la presse à travers les « re-transcripteurs » de l’information. Vas-y voir… si tu me crois pas ! »)… tout ça et puis le reste : les obligations courantes, le boulot, le manque de frics, les dettes en suspends… etc, etc, etc… autant de barreaux invisibles, intérieurs qu’on n’appelle pas pour éviter de flancher.
En 19 mois mon père n’a vu son fils que deux fois. Ses problèmes de santé ne l’autorisent pas à faire le trajet en train. L’avion coûte trop cher, résultat il attend lui aussi mes aller-retour. Lorsque je me rends à Bordeaux, j’y reste pour quatre jours. Ce qui pousse un détenu au suicide, c’est la solitude, l’abandon. Le rapprochement familial est essentiel à son moral. J’ai dernièrement fait le choix de quitter mon boulot pour pouvoir assurer les parloirs autorisés, rentrer du linge propre, chopper le dernier train de nuit, etc… Au bout : 40 minutes de parloirs pour maintenir un lien… Ce que vit un individu, un être humain enfermé, empêché de liberté, isolé est dur. Il purge une peine. Il la purge vraiment, concrètement. Le système répressif impose sa sanction mais néglige les conditions et les effets de son application : le peu de cas que l’administration française fait des conditions d’accueil des familles de détenus au moment des parloirs est significatif. Cette indifférence m’exaspère. A croire que condamner une personne à la détention, c’est à la fois condamner toute sa famille. Cela n’est encore rien comparativement au comportement sadique de certains surveillants qui prennent un malin plaisir à venir te chercher des poux. Je parle des énergumènes qui vous narguent à l’entrée des parloirs. Je parle de ces « fouteurs de merdes » qui agrémentent leur ennui en s’amusant aux dépends des autres. L’épuisement, l’angoisse, la nervosité te feraient bien commettre l’irréparable ! Mais non ! Tu ne vas pas te mettre dans « la merde » à cause d’un C… qui s’est mis dans la tête de jouer les petits chefs. « Vous ne rentrez pas ! Ce n’est pas votre tour ». Comment ça pas mon tour ? Pas mon tour ? Alors que mon permis de visite est en règle, alors que je viens de me taper 10 heures de trajet de train pour assurer le 1er parloir de la semaine, alors que mon frère m’attends à l’étage avec son sac de linge sales… Je tente de faire comprendre au « garde barrière » qu’il y a certainement une erreur dans le compte de mes jours de visite, rien n’y fait ! Au final, aucun moyen de me faire entendre : la Direction sollicitée ne se déplace pas pour si peu, 4 heures d’attente à compter les tours de parloir pour rien.
Les parloirs : ici, rien n’est à sa place.
Ces fourgons de policiers armés jusqu’aux dents aux heures de pointe, fusils à pompe en grande évidence, alors que des enfants sont là.
Tu te tapes des kilomètres, c’est ton problème ! Alors que l’on pourrait créer des centres d’hébergement pour les familles qui viennent de loin. Il faudrait aussi pouvoir leur accorder plus facilement des temps de double parloir, voire même un demi journée de parloir.

Le Service Social de la Prison devrait être d’avantage en contact avec les familles parce qu’elles ont un rôle primordiales à jouer dans la réinsertion sociale des prisonniers, maintenir le lien avec le cercle familial c’est reconnaître aux détenus leur statut de père, leur statut de d’époux, c’est respecter leurs parents, leurs proches. Je demande simplement au Service Social de la prison d’informer les familles lorsque l’un des leurs est en souffrance, quand il parle de se suicider, quand il est malade. Comment avoir confiance quand on apprend par une amie en visite à la prison que votre frère marche avec des béquilles depuis trois semaines ? Comment ne pas s’inquiéter lorsque les pompiers se pointent avec le SAMU pour venir chercher un mort ? Aucun écran de protection, des images qui marquent à vie. Qui se préoccupe des enfants de détenus qui assistent à tout cela ?

Etre interpeller et rouer de coup, être frappé et maintenu pendant 48 heures de garde à vue, attaché sur une chaise, traité comme un chien, contraint de dormir à même le ciment, sans couverture : c’est choses là existent ! L’uniforme a tout les droits. Porter plainte ne sert à rien. Tu peux rien faire, la police est protégée. Les agents des forces de l’ordre sont assermentés par l’Etat. Porter plainte contre « une de leurs brebis galeuses » revient à porter plainte contre l’Etat. Tout le monde sait ça ! « Nul n’est censé ignoré la loi ! » Et que dit la loi ? Selon les règles fondamentales de la Constitution Française (règles fondamentales dont fait partie « la liberté d’expression »), la loi dit que l’Etat a toujours raison, à moins de pouvoir prouver le contraire : c’est une autre histoire ! »
L’uniforme, ce qu’il représente, est responsable de « cette guerre » entre la police et les jeunes des quartiers. Des bombes à retardement menacent d’exploser. Les humiliations, les délits de faciès, les coups, les provocations, les abus de pouvoir sont dans les mémoires de tous ces jeunes. Les histoires familiales sont marquées par d’autres meurtrissures, d’autres formes de ségrégation, de discrimination, d’exclusion : « ségrégation », « discrimination », « exclusion », ces mots là sont dans tous les discours politiques. Le fait est qu’ils ont un poids, une réalité sociale.

A travers mon métiers, j’enseigne le respect de l’autre. A travers mon métier, je défends des valeurs, une éthique, un état d’esprit qui anime ma vie. C’est ce qui fait que je me bat pour que demain soit un monde meilleur. Je pratique la danse depuis 10 ans avec des groupes d’enfants, d’ados et de jeunes adultes. Encourager leurs motivations à s’exprimer, leurs participations à vouloir avancer ensemble, à vouloir donner le meilleur d’eux-mêmes, c’est mon métier et c’est le message que je transmets à travers une culture, une pratique artistique, une création…

Chacun d’entre nous se doit à lui même d’être fort. Il faut être fort en prison. En prison : y-a-pas le choix ! Tu endures, sinon tu craques. Et comment ne pas craquer qu’en on sait qu’un homme privé de liberté n’est autorisé à sortir de sa cellule que 3 à 4 heures par jour (parfois moins) pour tourner en rond entre quatre murs. La prison, c’est ça tu tournes, tu tournes en ronds entre quatre murs sans aucun but. C’est comme dans ces cours de promenades où l’on t’envoie gratuitement au manège perpétuel. Comment ne pas devenir fou ? Les cours de promenade : une autre aberration qu’il faudrait agrandir et aménager en espace vert. Un prisonnier aussi, ça respire ! Pour une famille de détenu que tu te trouves de l’un ou de l’autre côté du mur tu vis toujours en état d’incarcération. « Mon frère, voudrait-on te faire croupir dans la solitude et l’oubli, tant que j’aurais la parole, je ne te laisserai jamais seul ». Je pleure avec toi le temps perdu de nos vies.

Je pense aussi aux autres détenus.

Salut à toi, Alain : Incarcéré à la Maison d’arrêt de Gradignan (Bordeaux), transféré il y a deux mois vers une autre prison. Transféré pour avoir eu l’audace de se plaindre des conditions de sa détention. Transféré par l’administration pénitentiaire pour avoir ouvert sa gueule. On te transfère : c’est la manière employée pour te dire de la fermer. On étouffe la parole d’un homme seul qui a face à lui une double condamnation. On le transfert et l’on fait en sorte que personne n’entende sa révolte. Un homme enfermé reste en état de veille : il pense et tente de se faire entendre d’une façon ou d’une autre. Priver un homme du droit à la parole est un acte terrible : le contraindre au silence c’est nier son existence, c’est le condamner à un autre enfermement alors que sa liberté est déjà prisonnière. Qu’appelle-t-on « Egalité devant la loi ? ». Quelle loi ? Où s’arrête la privation des libertés de l’individu ?

Salut à toi, Marcel : Incarcéré à la Maison d’arrêt de Gradignan (Bordeaux) ainsi que son fils et sa femme. Marcel : de nombreuses grèves de la faim au palmarès. Marcel, 57 ans, le poids d’un enfant de 15 ans. Son obstination lui a valu pas mal de jours au mitard. Le mitard : cette cage à chien retranchée aux oubliettes. Le mitard, c’est le quartier de haute sécurité. Au mitard, tu n’as plus aucun lien avec l’extérieur. Marcel est un homme usé, amaigri. La privation qu’il s’inflige dit ce qu’elle a à dire. Sa révolte silencieuse énerve, dérange. Du coups, on menace de le transférer vers une autre destination bien moins recommandable. Sa fille, Laétitia, sacré bout de bonne femme, assure tous les parloirs, ceux de son père, de sa mère et de son frère. D’où tient-elle ce courage qui ne la lâche pas ? Nous sommes les « familles parloirs », les familles de l’ombre ; notre force, on la puise dans la vérité et la lumière de nos cœurs.

Salut à toi, Zohra, et merci encore pour ton témoignage :
« Je m’appelle Zohra. Je suis la femme d’un détenu incarcéré depuis 2 ans à la maison d’arrêt de Varces (Grenoble). Les difficultés rencontrées au moment des parloirs, je connais ça. Pour obtenir un permis de visite, les familles doivent formuler une requête auprès du parquet. Pour peu que vous arriviez avec 5 ou 7 minutes de retard au parloir, pas question de vous laisser entrer. Pourtant, il est rare qu’un tour de parloir commence à l’heure. La plus part du temps, on nous fait attendre 30, 45 minutes à l’extérieur. Tentez de vous expliquer, voire même d’insister un peu trop, on vous menace illico de vous retirer le permis.
Les surveillants ont tous les droits. Se plaindre un peu trop, c’est prendre le risque de faire payer les détenus : refus de double parloir, privation de douche, rendez-vous ajourné avec l’assistant social, distribution retardée du courrier, etc… Les conditions de détentions sont dures, les familles ne cherchent généralement pas à les rendre plus difficiles. Les suicides, les auto-mutilations, les bagarres, les violences perpétrées dans les prisons ne sont pas une légende, seulement tout cela est caché. Beaucoup de familles ne s ‘autorisent pas à parler, à demander des explications. En prison, c’est comme partout, il faut avoir les moyens de parler. En prison, aussi, le confort d’un détenu se monnaye : réfrigérateur, télévision, la nourriture, etc… Rien à redire à ça, sauf que les détenus n’ont droit qu’à un colis par mois provenant des familles et que l’essentiel de leur quotidien est assuré par le versement des mandats. Tout achat destiné à un détenu passe par la cantine de la prison. Comparés aux prix qui se trouvent dans le commerce, ceux de la cantine sont augmentés de 20 voire même de 30%. A qui profite le bénéfice ? Est-il redistribuer aux détenus les plus démunis ?
Le service social ne prévient pas les familles. Si un détenu entre en grève de la faim, s’il est malade, n’est-on pas tenu d’en avertir les familles ? Quels sont les droits des personnes détenues qui n’ont pas encore été condamnées ? Quel sort réserve-t-on aux prisonniers clandestins ? Qui se préoccupent des mères de famille dont l’époux est en prison ? Qui s’intéresse à la réinsertion sociale des prisonniers qui ont exécuté leur peine ? La répression ne résout pas tout. Il y a l’après détention et la peur de sortir de prison ».


Je pense également à Rézala Nadia. Son mari ne s’est pas suicidé en prison au Portugal. La justice de cette société n’a pas de visage. La parole de Nadia, elle aussi a été étouffée. J’ai reconnu en elle, cette force de combattre malgré tout. Malgré tout, elle a le courage des femmes qui ne renoncent pas et qui dénonce par leur présence les dysfonctionnements du système pénitentiaire.

Derrière les serrures, derrière les barreaux, derrière les murs de prisons, un bon nombre d’hommes et de femmes sombrent dans l’oubli et la solitude. Je me fais, ici, le porte parole de ces oubliés. Même si je n’ai pas le pouvoir légal de rendre leurs conditions de vie plus humaines, j’ai le pouvoir légitime de défendre mes convictions.

Le système pénitentiaire se porte mal et se comporte mal. Il n’est pas question ici de généralités : mes propos ne font que dénoncer les dérives de dysfonctionnements institutionnels et le comportement pervers de quelques individus qui confondent le cadre légal de leurs attributions professionnelles et l’abus de pouvoir.

Au cours de ma vie, j’ai souvent rencontré les personnes qu’il fallait au moment où il le fallait. Merci à mes compagnes de parloirs. Merci à vous, c’est dans vos regards que j’ai puisé les mots. Certains moments s’expriment au*delà du verbal. Les femmes que l’on côtoie au pied des maisons d’arrêt ont le même regard voilé de barreaux invisibles.

Je dédie mes écrits à tous les détenus des prisons de France, à toutes ces familles, femmes, enfants, pères, mères… qui chaque jour se battent pour soutenir leurs proches incarcérés.

Je dédie également mes écrits à tous les détenus morts, suicidés, de la maison d’arrêt de Gradignan. Que vos âmes reposent en Paix ! Challah…

Je dédie encore mes écrits à tous ceux et celles, hommes et femmes de bonne volonté et de courage qui luttent pour le bien et qui résistent face à une société en voie de déshumanisation…, si l’on y prend garde !

"Si tu vis dans l’ombre, tu n’approcheras jamais le soleil" Jacques Mesrine.

Djamilla, avril 2002