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Communiqu en format Word

Type : Word

Taille : 37 kb

Date : 3-12-2003

Appel de Marc Sontrop détenu à la prison de Verviers

Mise en ligne : 4 December 2003

Dernière modification : 22 January 2005

Texte de l'article :

Communiqué de Marc Sontrop
Prison de Verviers
28 novembre 2003

« Le truand qui pense, c’est le cauchemar du garde-chiourme »
(‘Pour en finir avec la prison’ ’ A. Brossat ’ La Fabrique)

Madame la Ministre de la Justice, Laurette ONKELINX
À tout les membres et ami(e)s du Collectif Contre La Prison
Aux membres du CPT ’ Comité européen Contre la Torture ’ Strasbourg.

1) Le scandale du cellulaire du Palais de Justice de Liège continue.

5 femmes détenues plus de quatre heures durant dans une cage de ± 1,50 m² ! [1

Trois femmes étaient assises, deux debouts entre les jambes des autres !!!
Tel est le lamentable constat que j’ai une nouvelle fois pu faire ce vendredi 28 novembre 2003 alors que je comparaissait moi-même en Cour d’appel.

Les policiers chargés de la garde des détenus se moquent très gravement du monde et j’affirme qu’ils se conduisent volontairement en sadique.
Ils s’amusent et ne cachent plus leur volonté de brutaliser nos corps.

Moi-même, comme d’autres détenus, j’ai passé ce jour plus de 3 heures dans une cage de 0,72m² avec un deuxième détenu alors que durant toute la matinée une dizaine de cages sont restées libres et vides !!

Pendant plus d’une heure, alors qu’une dizaine de policiers restaient assis à ne rien faire, on m’a refusé de me rendre aux toilettes.

Or, j’étais malade. Problème gastrique assez sérieux suite à un camembert au lait cru ...
Par respect pour mon camarade de geôle, j’ai renoncé à chier sur place dans la cage.

Les policiers abusent d’un pouvoir punitif. Ils sont de plus en plus occupés à refouler sur les détenu(e)s qui doivent comparaître la tension qu’ils ont de ne pas voir le « corps de sécurité » se constituer par la garde et le transfert des détenu(e)s.

En quoi, nous les détenu(e)s, sommes-nous responsables des incuries des Ministres de l’Intérieur et de la Justice ?

Rien, strictement rien, n’est résolu et rien ne le sera à propos de ces cages.

Madame ONKELINX répète sans cesse la même chose : selon elle, à terme, un nouveau palais de justice doit se construire.

C’est faux. Ce palais dans 10 ans ne sera pas encore construit. Les habitants de Pierreux ont raison de refuser, à l’emplacement choisi, cette construction.

Par orgueil les mandataires politiques Liégeois s’obstinent dans leurs mauvaises décisions.

On constate sans arrêt des freins et jamais de solutions.

J’estime qu’il serait temps que les autorités européennes condamnent une fois pour toute, fermement, l’État belge pour tout ce laisser-aller.
Certaines détenus ’ je l’ai vu ’ restent menottés dans ces minuscules cages. C’est aberrant. Sans aucune utilité sauf celle du bon plaisir du policier.

Quelle mesure le Ministre de l’Intérieur compte-t-il prendre devant de tels comportements ?

Moi, expressément, un policier de la Zone Vesohe m’a serré les poignets quasi « à sang ».
C’était le 24 octobre 2003.

2) Le langage judiciaire inintelligible

« Un cri de désespoir non entendu » titre ‘Le Soir’ du 29/11/03, « Quatre ans pour un étrange incendiaire », l’avocat général, dans sa folie des grandeurs, réclamait 10 ans de prison ferme !

- Je suis le premier destinataire des jugements à mon encontre, or, depuis le 22 mai 2002, pas moyen d’obtenir (de mon ex-avocat Marc Nève, qu’en sera-t-il du nouvel avocat Léon Leduc ?) un arrêt de la cour de cassation.
- En Belgique on condamne la personne à la prison sans lui remettre automatiquement le jugement.
- C’est dans un vocabulaire complètement ésotérique qu’un jugement (semble-t-il de plusieurs pages), à une vitesse folle, a été lu par la présidente de la 6ième Chambre d’appel de Liège avec cette conclusion : « C’est un peu long mais pour faire court votre peine de 4 ans est maintenue ».
Un long prononcé à ne rien y comprendre (même par l’avocat !).
Tout çà pour me dire çà : 4 ans de prison.

3) 35 ans que je viens en prison. J’ai sollicité une peine intelligente et on me reconduit vers une peine inutile.

Pourquoi tant d’imbécillités chez ces magistrats ?
J’ai déjà subis 19 mois et un peu plus de détention préventive.
Était-il si indispensable de me maintenir encore d’avantage en prison ?
La récidive, en fin de compte, n’est significative que de la récidive du système pénal et de ces magistrats conservateurs, bornés, qui réincarcèrent quelqu’un déjà incarcéré dans le passé ;
La prison n’apporte aucune solution. Elle les aggrave toutes.

4) Absence de soins et inactivité à la prison de Verviers.

C’est à la suite d’une plainte avec constitution de partie civile contre plusieurs gardiens de la prison de Lantin qu’il m’a fallu être transféré spécialement à la prison de Verviers.

Si j’y ai bien été accueilli à mon arrivée par le directeur Detilloux ; pour des raisons que j’ignore, depuis plusieurs mois, la ‘communication‘ est coupée.
Depuis 20 mois (bientôt) je suis simplement laissé à mon sort, à languir plus ou moins 23 heures sur 24 dans ma cellule, porte fermée (alors qu’il existe un régime porte ‘ouverte’).

Je vis jour après jour la réitération perpétuelle des mêmes gestes, de la même situation. C’est complètement absurde et désocialisant.
Il est vrai qu’en prison AUCUN DÉTENU NE TRAVAILLE.
Ce que la prison qualifie de travail, c’est l’exploitation, généralement pour mieux entretenir notre propre enfermement.
Le travail, c’est une activité professionnelle, régulière et réellement rémunérée avec les avantages sociaux qu’on connais partout à l’extérieur.
En prison, le travail comme ils disent a généralement aucune valeur.
C’est de l’occupationnel, de l’institutionnel qui nous débilite.
Des très longues peines (au moins 20 ans) frottent des couloirs pour à peine un peu plus de 100 euros par mois (la location T.V. est déjà de 24 euros par mois !).

« Les prestations de santé sont refusées tant que le bénéficiaire est enfermé dans une prison » (Règlement du 8/7/2002 modifiant (?) l’arrêté royal du 24/12/63 ’ Institut National d’Assurance maladie Invalidité)

- depuis le 13/6/02 le docteur Eveline Clermont, ophtalmologue tenant une consultation à la prison de Lantin m’a prescrit des lunettes Varilux (+0,25 et +2,25 pour l’œil droit - +1,25 et +3,25 pour l’oeil gauche, mais il est à craindre que depuis Juin 2002 ma vue s’est encore d’avantage abîmée et selon moi une nouvelle consultation serait nécessaire).
Le médecin de la prison de Verviers possède ce certificat.
Est-ce lui, est-ce ailleurs ? On accorde plus aucun suivi pour des lunettes.
- Idem avec le dentiste qui m’a fait un devis pour deux prothèses dentaires (squelettiques). Aucune suite depuis de mois.
- J’ai plusieurs fois par semaine fort mal au dos à hauteur des vertèbres lombaires. J‘ai régulièrement des sciatiques. J’ai beau le signaler au médecin. On me laisse sans soins.

Conclusion de ce communiqué

Les murs des prisons sont devenus invisibles, loin des yeux, loin de la conscience.
Madame la Ministre de la Justice Laurette ONKELINX va-t-elle répondre à cette lettre ?

On tolère mes écrits mais en général les autorités en Belgique ne répondent pas à ce genre de lettre.
Les directeurs de prison (et l’ensemble du personnel, en général) ne supportent pas la réflexion sur la prison. Ils n’aiment pas que nous sortions de notre rôle muet.
Selon eux je cherche à produire des perturbations ... alors que je cherche beaucoup plus simplement à me demander MAIS À QUOI SERT LA PRISON EN 2003 ?
Je vais une nouvelle fois en ressortir plus révolté que quand je suis entré. En prison, plus on annonce que les choses vont changer, qu’elles changent, et plus c’est, pour nous les détenu(e)s, fondamentalement la même chose.

Sans doute, avec autant d’années de prison, me considère-t-on comme un être définitivement irrécupérable et on me frappe du décret de l’abandon. Je suis figé là entre les murs. Je ne suis plus, pour 4 ans, un être proprement humain.

Au plus intime de moi-même (les yeux, les dents) j’ai besoin des soins. Par moi-même je ne sais pas me les fournir. On oppose à mes demandes les contraintes et limitations du fameux ‘manque’, manque d’argent, de gardiens, de travailleurs psychosociaux, des places dans les prisons, etc.

Pourtant dans un cas comme le mien, sans aucun risque, l’alternative existait. Les juges me l’ont refusée. Savent-ils seulement pourquoi ? Cette alternative c’était UNE PEINE DE TRAVAIL.

Il est complètement stupide de penser que je vais prendre en main ma réinsertion après une peine, elle-même aussi stupide que ces 4 ans de prison.

La libération conditionnelle, dont je pourrais peut-être bénéficier au 2/3 de ma peine, est un marché de dupe.

J’ai prévenu largement de mon incendie. C’est AVANT et non APRÈS que les travailleurs sociaux que j’avais sollicités, devaient intervenir.

Juges obstinés. Policiers impulsifs. Gardiens sadiques [2].
Dans ce parcs inhumains, en prison, le plus sérieusement du monde on croit que cela va me servir pour devenir un homme ‘honnête’ ?

La prison reste un lieu particulièrement criminogène et cette nouvelle condamnation ne m’apportera strictement rien de bon.

« On dit depuis deux siècles : la prison échoue, puisqu’elle fabrique des délinquants. Je dirais plutôt : elle réussit, puisque c’est ce qu’on lui demande. »
(Michel Foucault « Des supplices aux cellules », Dits et Écrits, Vol.II, p. 716)

En espérant ne pas avoir usé de votre temps par ce long communiqué et que vous voudrez bien lui accorder la meilleure attention possible aux 4 points et la conclusion que j’évoque.

Marc Sontrop détenu condamné
à la prison de Verviers cellule 248

Voir communiqué du Collectif Contre la Prison

Notes:

[1] Il s’agit d’une des deux cages double

[2] de la prison de Lantin. Ces propos ne concernent pas les surveillants de la prison de Verviers qui eux s’efforcent à rester correct dans les limites du SYSTÈME PÉNITENTIAIRE