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8 Conclusion

Mise en ligne : 27 September 2006

Texte de l'article :

CONCLUSION

L’étude du parcours d’insertion professionnelle des sortants de prison montre, de façon assez claire selon nous, combien les difficultés d’insertion de ces personnes sont proches de celles de l’ensemble des personnes en situation d’exclusion. Bien sûr, le passage en prison a des conséquences spécifiques liées au casier judiciaire et au fonctionnement du système carcéral (déresponsabilisation), mais ces difficultés peuvent être surmontées et ne sont pas plus lourdes que d’autres (chômage de longue durée, maladie). De même, les difficultés sociales des personnes entrant en détention, ne semblent pas être absolument déterminantes dans la commission de l’acte, dans la mesure où ces personnes ne représentent qu’une minorité de l’ensemble de la population présentant ces mêmes difficultés. Par ailleurs, considérer que l’insertion post-pénal est une question de volonté ou de motivation revient à considérer que, même en mettant à la disposition de tous les différents mécanismes d’insertion possible, tous ne s’engageront pas dans cette voie, du moins pas en même temps.
Ces constatations ne doivent pourtant pas nous amener à penser que l’entrée dans la délinquance ou la récidive n’est qu’une affaire de moralité ou de psychologie. S’il est certain que la situation sociale et économique ne permet pas à elle seule d’expliquer le passage à l’acte, la fréquence des difficultés sociales lourdes chez les détenus montre également que ces facteurs déterminent dans une très large part le devenir criminel. On pourrait ainsi se retrouver devant une situation contradictoire s’il n’était possible d’avancer comme hypothèse que les facteurs subjectifs qui mènent au choix de la délinquance sont les mêmes que ceux qui mènent au refus de l’insertion lorsque les besoins existent et que les moyens sont disponibles. Dès lors, à l’inverse, inciter au choix de l’insertion et favoriser celle-ci revient à inciter au refus de la délinquance.
De ce point de vue le rôle de la sanction pénale et de l’emprisonnement doit être d’offrir réellement les moyens concrets d’une meilleure insertion sociale et de stimuler la personne à avancer dans cette voie. Or, si la prison remplit aujourd’hui ce rôle c’est essentiellement en agissant de façon négative sur la personne. En inspirant la crainte et le dégoût elle pousse au changement, mais cette incitation par la peine n’a pas fait la preuve de son efficacité. De même, si la fonction de la sanction pénale est d’ouvrir la voie à une plus grande insertion sociale, tout ce qui en celle-ci est source de désocialisation devrait être corrigé pour ne plus comporter cet effet là. Bien sûr, l’emprisonnement comportera toujours une privation de liberté, mais l’impact de cet élément nécessaire ne doit pas être renforcé par ailleurs.
Dans une perspective plus criminologique, l’étude de l’effet des mesures visant à prévenir la délinquance et la récidive gagnerait à inclure dans son analyse la question de l’insertion. Si l’on part de l’hypothèse que le choix de l’insertion est en principe incompatible avec le choix de la délinquance, la question n’est plus de savoir si telle ou telle mesure à permis de réduire l’entrée dans la délinquance ou la récidive, mais si la progression dans la voie de l’insertion, directement liée à ces mesures, s’est accompagnée d’une réduction corrélative de l’entrée dans la délinquance ou la récidive. Cet en fait à l’aune de l’insertion qu’il conviendrait d’apprécier l’efficacité de ces mesures et non pas en fonction de la récidive ou du passage à l’acte.