14224 articles - 12260 brèves

7 Descriptif du projet

Mise en ligne : 24 November 2004

Texte de l'article :

"L’architecte de la prison est le premier exécuteur de la peine. C’est le premier fabricateur de l’instrument de supplice
(Moreau-Christophe 1838) 

Introduction au projet 

Cette deuxième partie est consacrée aux problèmes que rencontre la prison aujourd’hui, à leurs solutions possibles appliquées à l’architecture, et comment je les intègre au projet, ce qui amènera à établir un programme de construction. Les plans et représentations du projet sont consultables en annexe du mémoire.

Le site d’intervention, la maison d’arrêt des Baumettes située à Marseille dans les Bouches-du-Rhône, permet une mise en proposition de l’évolution des maisons d’arrêt existantes, trop vétustes pour offrir une détention satisfaisante, mais trop coûteuses à remplacer. Nous verrons comment on peut tenter d’offrir une alternative à la re-construction à neuf, en modifiant la structure générale de fonctionnement tout en conservant à chaque quartier de détention sa vocation première, dans le respect des conditions de sécurité et des exigences de coût.

Exorde au projet
Le temps du changement

Vers une évolution de la prison

Si les différentes réformes ont souvent été mises en œuvre de façon incomplète au gré des mouvements historiques et politiques, elles étaient souvent le reflet des besoins de la société au sein de son époque. Les débats passionnés de chaque période historique et leurs doctrines respectives se sont heurtés au besoin quantitatif, représentatif du projet politique de l’Etat dont l’administration pénitentiaire n’est que l’exécutant. Ainsi l’évolution historique a-t-elle pris trois aspects bien distincts : 

Humaniser la peine

De 1789 à 1830 : les peines corporelles sont remplacées par la privation de liberté. C’est le temps de la réforme, on cherche comment appliquer au mieux les peines dans le nouveau cadre pénal, mais, par manque de moyens, on adapte principalement les prisons existantes. 

L’adapter au plus grand nombre

De 1830 à la première guerre mondiale, l’ensemble du système pénitentiaire connaît un grand développement, l’essor économique et l’influence des Etats Unis d’Amérique par le biais de Tocqueville (1841), permettent de donner à la prison un important patrimoine et la forme de son fonctionnement, régime cellulaire (loi du 5 juin 1875), encore en vigueur aujourd’hui. On tente de trouver le parfait rapport entre le coût d’entretien et le nombre de détenus (cf. Les formes d’une architecture des prisons). Le parc immobilier de cette époque représente près de la moitié des établissements encore en service actuellement (97 sur 180), l’administration pénitentiaire reconnaît "la vétusté et l’inadaptation d’un très grand nombre d’établissements". 

Combler le retard

 De 1945 à aujourd’hui : l’importance de la population pénale et l’esprit de réforme de l’immédiat après-guerre crée le besoin de nouveaux établissements. Ils seront construits par vagues successives jusqu’à nos jours (11 établissements entre1960 et 1975, 18 entre 1980 et 1990, 25 dans le cadre du plan 13 000 de 1990, et enfin 6 en 1999 dans le cadre du programme 4 000) dans un souci permanent de répartition territoriale et de volume d’occupation suffisant. L’administration pénitentiaire constate que " le parc immobilier d’hébergement est désormais globalement satisfaisant".

Si les programmes successifs ont permis par la construction de nouveaux établissements de combler le manque de places en prison, il est inconcevable d’imaginer remplacer le parc existant trop ancien, vu son importance, il faut donc penser à l’adapter.

Une nouvelle étape

 " ... J’ai au contraire voulu montrer que l’utilisation systématique de la prison comme forme principale de la punition ne constituait qu’un épisode historique et que, par conséquent, on pouvait envisager d’autres systèmes de punition que celui-là. "

De par les propositions récentes (rapport 1999) et les besoins, tant structurels que fonctionnels, des vieilles prisons françaises fondées sur un mode de détention obsolète, on peut conclure à une nécessité d’ajustement des structures existantes aux besoins futurs de la détention. Cette adaptation ne peut se contenter de rénover le patrimoine existant, elle doit permettre d’adapter les nouvelles formes de la détention dans le sens voulu par les besoins communautaires et applicables dans le cadre de l’application des peines.

Il est fort à parier que les vingt prochaines années soient consacrées à améliorer le parc pénitentiaire actuel. Tout l’enjeu se résume ici aux moyens possibles pour faire d’une vieille maison d’arrêt un outil de détention adapté au parcours pénal. Cette nouvelle période de mutation historique de l’institution pénitentiaire est à même de permettre une évolution sensible de notre manière d’aborder les prisons. La "carcérisation" de la société suivant l’exemple américain ne semblant pas, nous l’avons vu, donner de résultats probants, il apparaît que l’exemple d’une plus grande intégration de la prison au milieu ouvert, tel qu’il existe au Danemark, soit mieux approprié à l’évolution de notre société. Le ministère de la justice expose une politique initiatrice en ces termes : "La maîtrise des flux carcéraux passe par [...] un développement accru et volontariste de mesures alternatives à l’incarcération, [...] et la rénovation du parc existant en donnant la priorité aux grands établissements..."

Dans le cadre de ce processus, nous nous attacherons à démontrer qu’il peut exister des moyens appropriés, qui, attachés à une maison d’arrêt vétuste, peuvent permettre une meilleure répartition des types de détenus, alléger les flux, et diminuer ainsi les charges de travail du personnel. On peut en espérer une meilleure entente à l’intérieur des prisons, d’où une diminution des conflits de toute nature, et un contact plus caractérisé entre les détenus et la société (visites et sorties), en vue d’une meilleure réinsertion.

On atteint ici au plus juste du rôle social de l’architecture et de ce qu’elle peut apporter comme amélioration de fonctionnement, d’usage et de perception (surveillants, détenus, visiteurs).

Les principes théoriques

Le parcours carcéral

Dans la première partie de ce mémoire nous avons abordé l’idée de "pause pénale" (cf. L’âge de la prison), au-delà des particularismes de chaque détenu, la période de détention n’est en effet qu’un épisode de la vie d’une personne, et c’est en ce sens que le législateur parle d’amendement et de réinsertion.
Or il est un fait que la prison est perçue par les détenus comme par la société comme une finalité, une fin de parcours plutôt qu’un début (un renouveau). Deux états de fait accentuent cette impression, l’entrée et la sortie de détention. Les formes nouvelles de la détention sont liées à ces deux moments délicats d’un parcours carcéral. C’est en ce sens que l’on peut parler de Parcours Carcéral.

La détention se déroule en trois étapes qui doivent être distinctes par leur forme d’application et par conséquent l’architecture qui les abrite. On distinguera la détention provisoire, la détention pour peine, et la préparation à la sortie (cette troisième étape peut prendre différentes formes quant à son application, on s’attachera à celles qui concernent un contact direct avec la prison).

Ces étapes de la vie carcérale sont elles-mêmes subdivisées, à chacune de ces pause imposées au détenu correspond un hébergement différent et adapté. Dans le tableau descriptif suivant on décompose le lieu de détention (la cellule), la raison (interne à la prison), la durée (en général) et le niveau de surveillance (permanent, ponctuel ou nul, pour la sécurité du détenu comme pour les risques émanant de lui).

Les cellules de détention

Entrer en détention

LIEU —> OBJECTIF —> DUREE —> VIGILANCE
Greffe
—> Attente en vue d’une levée ou d’une mise sous écrou
—> De quelques minutes à plusieurs heures
—> Permanente 
Observation
—> Observation pour une meilleure orientation vers le lieu d’hébergement
—> De deux à trois jours (maison d’arrêt, détention provisoire) à plusieurs semaines en établissement pour peine
—> Permanente

Détention provisoire

" Il est clair que la détention provisoire doit être clairement distincte de la détention des condamnés." Code pénal 1992 (depuis 1810)

LIEU —> OBJECTIF —> DUREE —> VIGILANCE
Détention
—> Hébergement
—> Durée de l’instruction
—> Ponctuelle
Quartier d’isolement
—> Isolement pour des raisons de sécurité ou d’instruction
—> Durée de l’instruction
—> Ponctuelle
Quartier disciplinaire
—> Isolement pour des raisons disciplinaires
—> Limitée à 45 jours consécutifs
—> Permanente
SMPR
—> Soins ambulatoires ou médico-psychologiques
—> Selon avis du médecin
—> Permanente

Détention pour peine

LIEU —> OBJECTIF —> DUREE —> VIGILANCE
Détention
—> Hébergement 
—> Durée de la peine, sauf avis du Juge d’application des peines pour une préparation à la sortie
—> Ponctuelle
Cellules familiales
—> Hébergement familial
—> De 24 à 48 heures maximum
—> Nulle (régime de confiance)
Quartier d’isolement
—> Isolement pour des raisons de sécurité ou d’instruction
—> Durée de l’instruction
—> Ponctuelle
Quartier disciplinaire
—> Isolement pour des raisons disciplinaires
—> Limitée à 45 jours consécutifs
—> Permanente
SMPR
—> Soins ambulatoires ou médico-psychologiques
—> Selon avis du médecin
—> Permanente

Préparation à la sortie (réservée aux condamnés.)

LIEU —> OBJECTIF —> DUREE —> VIGILANCE 

Semi-liberté
—> Hébergement
—> Selon avis du Juge d’application des peines
—> Ponctuelle
Centre pour peines aménagées
—> Hébergement
—> Selon avis du Juge d’application des peines
—> Nulle (régime de confiance)

Les populations carcérales

Si l’on s’attache ici à décomposer le parcours qu’emprunte le détenu tout au long de sa détention, il ne faut pas perdre de vue pour autant que ces étapes s’appliquent à des catégories de détenus distinctes et qui sont par définition amenés à ne jamais se rencontrer. 

Chacune de ces étapes est donc à adapter aux besoins de chacune des populations carcérales suivantes :
- les mineurs,
- les jeunes adultes,
- les adultes hommes,
- les adultes femmes (avec espace nourrice).

Les repères d’un parcours carcéral 

Si la prison voit sa forme s’adapter peu à peu à l’idée de parcours carcéral, il est indispensable que les conséquences d’une telle évolution ne restent pas qu’administratives. On a pu constater la similarité des régimes de détention, pour détention préventive ou pour peine, la semi-liberté s’effectuant parfois dans les mêmes espaces de vie. Outre l’inadaptation au fonctionnement, aux contraintes d’horaires et de surveillance, cela implique une perception biaisée de la valeur de la confiance accordée au détenu, ainsi qu’une perception faussée de sa condition. Le détenu doit donc percevoir au travers de l’architecture du bâti, de son aménagement intérieur, de par son fonctionnement plus ou moins souple, que l’administration pénitentiaire fait une différenciation de son état de prévenu, de condamné, sous régime de confiance ou particulièrement surveillé.
Si cette distinction formelle existe dans certains quartiers de la prison (les Q.I. et Q.D. pour des raisons de fonctionnement et de sécurité sont isolés du reste de la prison avec des cellules particulières), je m’attacherai à la faire apparaître dans le projet comme une volonté explicite.

Préparer au mieux la sortie

" Le mal carcéral tient au fait que les hommes se retrouvent coupés de la société. C’est donc autour de l’idée de " décloisonnement ", de désenclavement, qu’il faut penser la Réforme des prisons. " 

Le concept du village

A l’image des grandes unités d’habitation construites dans l’immédiat après-guerre, les maisons d’arrêt trop grandes ne permettent pas au détenu d’appréhender l’espace de vie qui est désormais le sien. Le fait qu’une grande partie de la détention se fasse en cellule ne permet pas la mise en place d’une vie et des activités organisées et régulières. C’est pourtant un des éléments propices à la prise en charge du détenu par lui-même, et un élément non négligeable, on l’a vu, de sérénité dans un espace confiné. Si ce type de gestion de l’espace paraît improbable dans les peines réclamant un isolement certain, il semble indispensable dès que l’on parle de semi-liberté ou de peines aménagées. En effet, les détenus ont tout loisir de se rencontrer hors des murs, les échanges à l’intérieur du lieu de résidence, sous surveillance donc, dans des espaces définis et caractéristiques, semblent pouvoir apporter une régularité de vie et une émulation générale.
Mais pour que ces conditions soient réunies il faut développer le concept de village ; si il n’est pas nouveau, il s’agit de l’appliquer ici avec toute la finesse nécessaire. En effet Le Corbusier, pour son unité d’habitation, proposait un type de fonctionnement centralisé, magasins, lieux d’activités devant être des lieux de rencontre, des "rues" intérieures larges donnant sur des appartements personnalisés (par leurs couleurs). Mais appliqué à une trop grande échelle et sur des espaces superposés, non adapté au mode de vie moderne (téléphone, télévision), l’ensemble a peu à peu perdu sa vocation à être convivial.

Une vie de village offre, au travers des intérêts communs de chacun, une vie régulière et rassurante, de par des dimensions modestes il permet à chacun de se connaître (au moins de vue), enfin, si chacun a la maîtrise de son logement, où il peut s’isoler, les besoins journaliers obligent à une vie sociale et un échange respectueux des conditions de vie de l’autre. Le concept de village, adapté à la prison permet une sanction immédiate de toute attitude perturbatrice, comme un meilleur suivi psychologique (la présence d’un surveillant et d’une assistante sociale est indispensable en permanence). Si la théorie réclamerait la reconstitution d’un idéal-village, avec une rue centrale amenant aux lieux d’activités, la réalité s’applique à des bâtis, parfois existants, souvent conçus sur le modèle Philadelphien et donc uniformes.

On adaptera le principe à des cellules distinctes et personnalisées, regroupées autour de centres d’intérêt communs, de loisirs et utiles. Ceci dans le respect de certaines conditions fondamentales nécessaires à un bon fonctionnement global, les unités de vie sont limitées en nombre sur un même espace, le nombre de niveaux est inférieur à trois et ils sont ouverts les uns sur les autres, les distances entre les espaces sont réduites au maximum (à portée de vue), les parcours se font le plus possible en extérieur (contrainte d’habillement), les éléments amenant un isolement (TV, téléphone) sont situés dans des espaces communs.

Sans idée de modèle formel on peut évoquer la série télévisée "Le prisonnier" qui situe son action dans un village, espace clos, où la vie d’un village, reproduite à l’identique, n’efface pas la notion d’enfermement tout en valorisant l’effet relationnel d’une telle forme d’isolement. C’est cette notion de quartier et de voisinage qui doit être proposée, en évitant l’écueil d’un modèle comme la caserne ou la cité universitaire dont l’uniformité, les dimensions et l’anonymat seraient inadaptés. 

L’idée de peine aménagée

" Je crois qu’un certain nombre d’effets propres à la prison, comme la désinsertion par rapport à une vie sociale ordinaire, la dislocation du milieu familial ou du groupe au milieu duquel on vit, le fait de ne plus travailler, le fait qu’en prison le détenu vive avec des gens qui vont devenir le seul recours une fois qu’il sera sorti de prison, bref, tout cela qui est directement lié à l’emprisonnement risque de ne pas se retrouver dans le cas d’un autre système généralisé de punition, du moins à cette échelle-là et avec cette gravité là. "

Michel FOUCAULT, in Actes avril 1984.

Les intentions de la chancellerie sont, au moyen d’un quartier de détention pour peines aménagées, d’offrir à des détenus condamnés à de courtes peines (moins d’un an), ou à des condamnés à de longues peines proches de leur libération, une alternative à la détention ferme. Ainsi, tout détenu sous contrat de travail, contrat d’apprentissage, formation professionnelle ou suivant un enseignement particulier, pourrait-il accéder à un "régime élargi de semi-liberté".

Les quartiers de semi-liberté, souvent confondus avec ceux de détention, sont à même d’accueillir des détenus pour des durées variables. En effet, de la permission exceptionnelle à l’accès à une formation ou à un travail régulier, le Juge d’application des peines rencontre la difficulté d’adapter le régime de semi-liberté à des détenus aux parcours différents et aux motivations souvent éloignées. Les uns sont amenés à réintégrer la détention rapidement, les autres sont voués à recouvrer bientôt la liberté.

Le fait que la semi-liberté soit appliquée dans des quartiers de détention au régime contraignant, implique un respect strict des horaires d’entrée et de sortie, ainsi qu’un passage obligé par toutes les étapes du contrôle de sécurité : fouille complète et plusieurs sas pour atteindre l’hébergement.

Ainsi une spécialisation de ces quartiers pour les populations carcérales qui doivent être surveillées, parce qu’elles n’ont pas fini leur peine, ou mises à l’épreuve, avant d’accéder à un régime plus souple, passe par la création d’un espace spécifique à un régime intermédiaire entre la détention et la probation (liberté surveillée).

Le centre pour peine aménagée a donc pour fonction de permettre au détenu, toujours sous régime pénitentiaire, par exemple :

- de préparer un retour dans la vie active (recherche d’emploi et de logement...) ;

- d’accéder à une formation ou à un stage professionnel d’une durée déterminée ;

- de retrouver un rythme de vie sociale tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des murs.

Ceci dans des conditions de détention moins contraignantes, ce qui implique des étapes pour entrer et sortir moins nombreuses et moins lourdes (pas de fouille), une certaine autonomie à l’intérieur des lieux de vie avec maîtrise de ses déplacements, et un accès immédiat aux moyens de communication et de transport. Bien entendu, ce régime de confiance doit être strictement surveillé et isolé du reste de la détention, si le passage de l’un à l’autre doit devenir exceptionnel, il reste un élément important de la perception des avantages du régime de peine aménagée dans l’esprit du détenu (une faute grave peut le ramener immédiatement en détention, voire en Q.D.).

 Le type de bâti
 
"La société n’a pas à avoir honte de ses prisons puisqu’elles sont un des lieux privilégiés d’expression de sa légitimité."

Les établissements pénitentiaires, de par leur valeur de symbole, représentation de la souveraineté de l’Etat, et éléments marquants de la vie d’un homme, se doivent d’être à l’image de ce que l’autorité veut donner comme exemple du pouvoir de l’institution. Le ministère de la justice indique qu’il s’agit de trouver un juste milieu entre "une banalisation excessive et une affirmation ostentatoire qui ne serait pas de mise".

Voilà quant à son apparence. Son aménagement, quant à lui, a ceci de particulier qu’il est soumis à un vieillissement particulier dû aux fortes dégradations d’une population peu respectueuse des locaux, et d’un souci permanent de sécurité, dans la mesure où l’on ne demeure pas de son plein gré en prison.

Ces contraintes impliquent une architecture particulière à la détention qui sera développée plus loin.

Les formes du projet

D’une prison
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

 La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte,
Un oiseau, sur l’arbre qu’on voit,
Chante sa plainte.

 Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur là
Vient de la ville.

 Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis ! qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

 Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu si calme !...

Poème de Paul Verlaine (1894) 

Programme

Site d’intervention

Les Baumettes ( un bout de ville, un bout du monde)
(cf. Visite de la maisond’arrêt des Baumettes)

Localisation :contexte physique et urbain

La prison des Baumettes est située dans les quartiers sud de Marseille (9ème arrondissement) dans un fond de vallon dont la seule route ne débouche que sur la mer. Elle est coincée entre les contreforts des calanques (qui font partie de la ville), escarpées et abruptes, et un bout de ville toujours en expansion qui tend peu à peu à occuper tous les terrains constructibles encore libres. Si, vu de l’extérieur le site peut paraître idyllique, la chaleur de ce vallon escarpé et exposé plein sud est, en été, insupportable dans une cellule de 9m2. La proximité d’immeubles d’habitation du côté nord-est des bâtiments représente une contrainte de vue non négligeable pour le projet (parloir sauvage). Les voies d’accès, en revanche, sont suffisamment larges (nous ne sommes pas dans un contexte urbain dense) pour permettre un accès rapide et des mouvements de véhicules nombreux. On remarquera par contre, au vu des dimensions de l’établissement, la distance qui sépare les différentes entrées (500 m entre le P.H.B. et la maison d’arrêt pour femmes).

Composition :organisation et surfaces

Le centre pénitentiaire des Baumettes est composé de trois grands ensembles : l’hôpital (P.H.B.), les grandes Baumettes (maison d’arrêt hommes), et les petites Baumettes (maison d’arrêt femmes). Ces dernières comportent un centre de semi-liberté et, depuis quelques années, un mur d’enceinte joint les petites Baumettes aux grandes Baumettes.
Ayant atteint un niveau de surpopulation proche de 250%, la maison d’arrêt a déjà fait l’objet d’une réhabilitation partielle entre 1989 et 1992.

Les travaux se répartissent comme suit :
- transformation de l’ancienne chapelle en bâtiment cellulaire ;
- construction de bureaux sociaux avec réorganisation du vaste couloir principal ;
- construction d’ateliers entre les grandes et les petites Baumettes ;
- construction d’un terrain de sport à l’emplacement de la carrière avec mirador spécifique ;
- rénovation des anciennes cellules et mise aux normes ;
- suite à l’incendie des anciens ateliers un nouveau bâtiment (Bâtiment C) a été érigé à leur emplacement (voir plan d’ensemble) qui comporte 4 étages de cellules, un étage réservé au Q.I. et un étage réservé au Q.D. ;
- remplacement des cours de promenade grillagées et exiguës par des espaces d’activité plus vastes (toujours en cours).

Si ces travaux d’amélioration ont déjà permis de réduire sensiblement la promiscuité due à un "surencombrement" chronique, ils n’ont pas résolu les problèmes de déplacements internes ni augmenté les possibilités d’activités.

 Quelques chiffres...

Surface du terrain : 115 hectares.
Surface bâtie : 20 000 m2.

Nombres de détenus :

- Hommes : 1832.
- Femmes : 115.

Personnel : 500 personnes.

Les modifications nécessaires

Les espaces considérés

Le greffe

Actuellement situé dans la maison d’arrêt pour hommes, loin de l’entrée véhicules et dans des locaux trop petits, il serait nécessaire de le déplacer et de lui offrir une dimension appropriée. 

Un garage pourles véhicules de service

Sa position à l’extérieur et son éloignement de l’entrée des deux maisons d’arrêt (plus de 500m), obligent à de fréquents parcours. On le situera donc à proximité du greffe et de la porte d’entrée principale pour les véhicules. 

Un parkingpour le personnel

Aujourd’hui inexistant, il sera situé à l’emplacement de l’ancien garage de service, sous la surveillance d’un mirador. 

Réhabilitation de l’ancienne prison hôpital

Les locaux de l’ancien hôpital seront réaménagés pour l’hébergement de détenus sous régime de confiance (voir C.P.A.) et de détenus autorisés à des visites familiales (voir U.V.F.). 

Des lieuxd’activités

On réservera un espace, situé à égale distance de la maison d’arrêt et du C.P.A., en prévision de la création d’un quartier scolaire et d’un lieu de culte. 

L’entrée principale

Actuellement trop exiguë, elle sera remplacée par un bâtiment permettant un accueil du public, mieux adaptée aux besoins d’une maison d’arrêt de cette dimension. Elle restera réservée aux piétons, mais permettra une séparation du personnel, des détenus, et des familles. 

Les intentions

Rendre sa spécifité à chaque espace permettrait une plus grande sérénité dans l’action de surveillance, et une perception plus juste du parcours carcéral par le détenu.

La maison d’arrêt ne doit se consacrer qu’aux prévenus, le quartier de détention ferme aux condamnés, les quartiers de semi-liberté aux détenus sous régime de confiance, l’école à la formation, le lieu de culte aux offices religieux...

Chaque espace, comme chaque bâtiment, doit avoir une forme, une esthétique adaptées à sa fonction, représentatives de la volonté de matérialiser le rapport entre le détenu et son statut.

Les contraintes

Les contraintes structurelles

Le rapport temps activité

Les activités d’un groupe d’individus peuvent être ordonnées en deux catégories distinctes de par l’utilisation particulière des lieux qu’elles impliquent.

Premièrement les activités que l’on peut décrire comme simultanées : elles sont régies par des règles de fonctionnement, adaptées à toute la collectivité, elles impliquent les détenus comme le personnel de surveillance, de jour comme de nuit. Pour exemple on citera le réveil, les repas, le coucher.

Deuxièmement, les activités alternatives qui sont soit adaptées à chaque individu ou groupe d’individus, soit imposées par l’administration pénitentiaire comme telles. Ainsi les offices religieux des différents cultes ont-ils lieu à des heures et jours différents, la formation peut-elle être prodiguée pour chaque niveau d’enseignement et par une même personne à des heures différentes.

Nous verrons que l’architecture peut proposer d’autres formes de simultanéité, par économie ou pour faciliter la tâche de surveillance. On peut avoir intérêt à rendre simultanées des activités qui ne l’étaient pas en intégrant les douches à la cellule, par exemple.

A contrario, une activité monopolisatrice comme la prise de rendez-vous par un surveillant pour le parloir peut être remplacée par la mise en place de bornes interactives.

Les contraintes techniques et de construction

Sécurité

Cette question regroupe l’aspect de la protection humaine et matérielle. Humaine, c’est la protection du surveillant, du détenu et des visiteurs ; matérielle, elle concerne la protection du bâtiment contre les déprédations et les incidents. Ces risques prennent des formes très différentes, il faut donc leur trouver des réponses appropriées. Le tableau suivant permet de les déterminer rapidement.

Tableau de détermination des risques humains

RISQUES —> FORMES —> REPONSES
Intrusion
—> Par ruse ou de type commando (hélicoptère)
—> Protection "périmètrique" (miradors), surveillance visuelle et sonore, rapidité de l’intervention
Evasion
—> Par ruse (substitution de personne) ou par bris (points faibles)
—> Surveillance visuelle et sonore, rapidité de l’intervention
Agressions
—> Entre détenus (individuelle ou groupée) ou de l’autorité (agent isolé)
—> Surveillance visuelle et sonore, moyens d’alerte, et rapidité d’intervention.
Mouvements collectifs
—> Mouvements de protestation, mutineries avec ou sans violences, révoltes
—> Possibilité d’alerter des moyens distants (gendarmerie), importance et rapidité d’intervention. Limitation des accès aux zones non protégées (toits, ateliers)
Mouvements individuels
—> Protestation sous forme de suicide, automutilation, grève de la faim
 —> Surveillance visuelle et sonore, moyens d’alerte, accès rapide des secours et aux services médicaux
 

Tableau de détermination des risques matériels

RISQUES —> FORMES —> REPONSES
Déprédation
—> Par inscription ou bris de verre
—> Nettoyage facile, verre incassable ou inaccessible
Destruction
—> Eléments amovibles de type chauffage ou mobilier
—> Non manipulables sans outils appropriés (mobilier fixé) et/ou facilement remplaçables (coût faible)
Incendie
—> Eléments amovibles de type chauffage ou mobilier
—> Moyens de détection ni "déclenchables" ni "masquables" et des sorties et accès aisés
Inondation
 —> Eléments amovibles de type chauffage ou mobilier
 —> Chaque pièce doit comporter une coupure d’eau indépendante et une évacuation au sol supplémentaire

Les moyens donnés à la securité

La détection

Elle peut être visuelle (caméra de vidéosurveillance, œilleton), sonore (pas de coupure entre les espaces et non isolation des postes de contrôle), ou spécifique (volumétrique, thermique, infrarouge, hyperfréquence etc...). 

L’alerte

Elle doit être rapide (proximité des postes de contrôle et moyens de communication) et sure, c’est-à-dire entendue d’au moins deux personnes simultanément. 
 
La défense passive

Elle permet par la forme de l’architecture (murs, grilles, barreaux), de limiter les accès, d’empêcher ou de ralentir les actions entreprises et leur ampleur. 

La défense active

Elle utilise une capacité d’agir à distance sur le lieu de l’intervention, elle est souvent présente sous la forme d’une arme à feu placée sous contrôle d’un surveillant dans un mirador hors du secteur de détention (elle permet une protection péri métrique efficace) mais elle peut prendre la forme de barrières électrifiées, de canons à eaux, etc... 

Intervention rapide

Les forces de maintien de l’ordre, internes ou externes à la prison, doivent pouvoir intervenir par des circulations dégagées et suffisamment larges, qui permettent par des accès spécifiques d’atteindre les lieux de détention par deux endroits différents (permettre l’encerclement). 

Les contraintes de coût
 
Le budget annuel de l’administration pénitentiaire permet de connaître les postes à forte charge financière, c’est sur ces postes du budget l’on peut tenter de faire des économies lors de l’élaboration et de la construction. L’administration pénitentiaire insiste sur le fait que la charge de personnel représente 64% des dépenses de fonctionnement, par conséquent on recherchera l’allégement des tâches matérielles et ainsi on favorisera la sérénité dans les relations de travail. Le projet prendra en compte l’ergonomie des postes de travail, la centralisation des tâches, et les conditions de vie sur les lieux de travail et dans les espaces de repos.

Répartitiondes dépenses budgétaires (budget 1996)

Personnel : 3 951 877 623 soit 63,8%
Entretien des détenus : 806 165 327 soit 13,0%
- Alimentation : 302 592 932 soit 37,5%
- Couchage : 20 980 311 soit 2,6%
- Santé : 415 733 193 soit 51,6%
- Sécurité sociale : 27 019 800 soit 3,4%
- Hygiène : 4 981 976 soit 0,6%
- Formation : 14 119 063 soit 1,8%
- Chantiers extérieurs : 18 687 345 soit 2,3%
- Réinsertion : 2 050 707 soit 0,3%
Autres : 1 431 613 018 soit 23,1%
- Service et matériel : 157 102 172 soit 11,0%
- Energie : 127 319 373 soit 8,9%
- Eau : 65 272 256 soit 4,6%
- Nettoyage : 22 001 568 soit 1,5%
- Formation personnel : 11 891 665 soit 0,8%
- Transport des détenus : 646 258 soit 0,0%
- Rémunération MOP : 48 860 588 soit 3,4%
- Communication : 33 160 344 soit 2,3%
- Loyers : 7 050 619 soit 0,5%
- Parc automobile : 14 950 977 soit 1,0%
- Entretien : 112 450 933 soit 7,9%
- Réparation civile : 4 875 985 soit 0,3%
- Déplacements : 47 740 528 soit 3,3%
- Centre de rétention : 12 161 015 soit 0,8%
- Informatique : 27 560 611 soit 1,9%
- ENAP : 24 762 839 soit 1,7%
- 13 000 public : 19 526 694 soit 1,4%
- 13 000 privé : 667 888 468 soit 46,7%
TOTAL : 6 189 655 968

Le type de bâti économique

Construction

 "Faire du R+1 en baraques est moins cher que le béton, les ratios de circulation dans un établissement traditionnel sont très importants de l’ordre de 40% de la surface, un projet comme Mauzac montre que l’on peut les diminuer."

 On s’attachera à ce que la conception d’ensemble privilégie les constructions à faible coût de réalisation et d’entretien, les espaces clos et couverts étant par nature plus chers à construire et à entretenir (chauffage, nettoyage), comme les structures complexes ou hautes (ascenseurs, monte-charges). Et ceci sans oublier les nécessaires exigences de cloisonnement et de sécurité.

Entretien

Les espaces ouverts : il est important qu’ils puissent être lavés "à grande eau" par projection si possible, ceci pour éviter l’emploi de matériel mécanique et permettre une exécution du travail tant rapide que régulière. Pour ce faire, on s’attachera à offrir des pentes et des circuits d’écoulements réguliers et suffisants.

Les espaces fermés : ils doivent offrir des espaces de rangement du matériel d’entretien (protégés) ainsi que des écoulements réguliers permettant un nettoyage efficace tout en réduisant au minimum la durée de "sol humide".

Les espaces neutres : comprenant les espaces d’isolement ou de séparation, interdits et protégés de la circulation des détenus, ils doivent rester accessibles à un entretien régulier, pour éviter l’accumulation de déchets.

Descriptif du programme

Pour préciser mon propos deréorganisation générale des circulations, del’activité et du parcours carcéral des détenusà l’intérieur de l’établissement, jem’attacherai à présenter deux aspects formelsprécis. D’une part la réhabilitation de l’ancienneprison hôpital des Baumettes en centre pour peineaménagée, avec espaces communs, d’autre part laconstruction d’un espace d’accueil au public avec portaild’entrée et locaux du personnel.

PEP (poste d’entréeprincipal) :

Le P.E.P. est l’élémentessentiel du dispositif de sécurité puisqu’il est leseul point d’accès des piétons permettant lefranchissement de l’enceinte. Son emplacement particulier doitpermettre un large champ de vision.

Son rôle : accueil du personnel, accueildu public, entrée des détenus sous régime deconfiance et franchissement de l’enceinte vers les parloirs, ladétention et l’administration.

Il est composé de deux parties, danset hors murs d’enceinte.

Hors mur d’enceinte on trouvera :
- un parking véhicules pour lepublic ;
- un accès au réseau routier,aux bus et taxis (avec emplacements) ;
- des bancs et une surface couvertepermettant d’accueillir jusqu’à 50 personnes ;
- un hall intérieur qui comporteraentre autres un espace de repos (20 places assises) avec distributeurde café et de boissons, kiosque à journaux et revues,téléphone public, espace d’accueil des familles avecgarderie, des consignes à bagages et poussettes, un bureaud’accueil, des sanitaires, un bureau pour un travailleur social,ainsi qu’une borne électronique de réservation desparloirs.

Dans les murs, il sera composé de :
- une entrée du personnel ;
- une entrée publique (aprèsavoir donné leur pièce d’identité et franchi laporte d’entrée, les visiteurs attendent dans une salleaménagée leur contrôle puis leur accès auxvisites. Cette salle comportera un poste de travail pour undeuxième agent de contrôle) ;
- un poste de contrôle, occupé24 heures sur 24. Son accès est indépendant, il estprotégé par des vitrages blindés et des "passedocuments", il peut être contacté par interphone, etdoit comporter un sanitaire ;
- après chaque entrée, un sascomportant un portique de contrôle et un détecteurà rayons X (objets et sacs) ;
- côté visiteurs, deux sallesd’attente (une d’entrée et une de sortie) ;
- côté surveillants, des sallesde repos et de détente, des vestiaires, une salled’appel.
- une armurerie principale, accessible à partir du poste protégé. Elle sera d’un accès rapide mais strictement réservé ;
- une entrée du personnel, identique à l’entrée principale, mais ne comportant pas de salle d’attente ni de poste supplémentaire.

Tous les espaces ouverts au public ou aux détenus doivent être accessibles aux personnes handicapées.

U.V.F. (unité de viefamiliale) :

L’unité de vie familiale est à considérer comme un parloir de longue durée, de 12 à 48 heures. Ces unités sont prévues pour permettre au détenu, homme ou femme, condamné ou prévenu, de vivre ou de retrouver pendant une brève période, une vie familiale. L’objectif étant le maintien des liens familiaux, en vue d’une meilleure réinsertion. La spécificité de ces locaux est d’offrir cette possibilité à des détenus non bénéficiaires de permissions de sortie ou autre aménagement de peine.
De ce fait, les U.V.F. sont des lieux de détention à part entière, et si leur fonction induit une intimité nécessaire, il n’en reste pas moins qu’elles doivent répondre aux strictes exigences de sécurité.

L’U.V.F. est donc une cellule, conçue sous la forme d’un studio deux pièces. Il comportera :
- une chambre,
- une kitchenette,
- une salle d’eau avec douche et WC,
- une pièce à vivre avec lits d’appoint (le mobilier, pour des raisons de sécurité, sera fixé au sol),
- des placards et rangements suffisants.

L’U.V.F. répondra aux exigences suivantes :
- un accès direct à l’extérieur, cour isolée avec table et bancs en dur ;
- des ouvertures "occultables" par volets roulants ;
- ne pas être en vue directe des autres secteurs de détention.

Une salle d’activités commune pour les enfants sera prévue, ainsi qu’un local de rangement.

C.P.A. (centre pour peineaménagée) :

La fonction principale du C.P.A. est d’offrirau détenu un apprentissage de l’autonomie et de laresponsabilisation, par principe il ne sera accessible qu’auxdétenus supposés dignes de confiance. C’estl’élément conducteur du projet, sans toutefois oublierles impératifs de sécurité, il s’agit dedétention et non d’accueil hôtelier, on prévoiraen conséquence un local de fouille et une cellule d’isolement.Sa fonction, dédiée aux courtes peines, laisse àpenser que les détenus devraient êtrehébergés au maximum un an, c’est donc un lieu depassage.

Il fonctionne en mode ouvert lesdétenus ont la maîtrise de leur cellule par lapossession d’une clef, la prise de repas se fait dans un espacecommun donnant accès aux autres lieux utiles (laverie,cantine, etc...).

Pour des raisons de sécurité,ce quartier comporte un poste de surveillant permanent, comprenant lagestion des sas d’accès (P.C.C.), des caméras devidéosurveillance, et des circulations internes,puisqu’à tout moment le quartier de détention doitpouvoir passer en mode fermé.

Les clefs d’accès des détenusprendront la forme de cartes magnétiques à encodage, ceci simplifiant le passage sous les portiques de détection,la modification du code permettant de réduire les contrainteset les coûts lors de la perte ou de ladétérioration ainsi que lors du changement d’occupant. Ce système existe, avec un fonctionnement de grand volume,dans les hôtels de type "Formule 1". Le verrouillage completdes portes (à trois pennes) seraélectromagnétique et centralisé dans le poste dusurveillant. Ce dispositif, bien que coûteux, réduit lacharge de travail du surveillant à une simplevérification du bon verrouillage.

La vie et la circulation sont donc libres,dans le respect de la réglementation, entre 8h00 et 22h00,mais il doit être possible pour tout détenu ayant deshoraires particuliers (travail de nuit) d’accéder à sacellule à toute heure du jour et de la nuit.

L’hébergement est pour les deux tiersen cellules individuelles, le reste en double, le but du projetétant de s’adapter aux mouvements inégaux de populationcarcérale, il faut prévoir une souplesse d’utilisationet permettre la mise en place de deux lits.

Si le personnel de jour doit pouvoirêtre nombreux (travailleurs sociaux, surveillants, etc...)il doit pouvoir être réduit de nuit à deuxsurveillants.

Détail des éléments du programme

Les espaces communs

Les lieux d’activités situésdans le quartier pour peines aménagées sontréduits du fait de l’activité extérieureexercée par le détenu qui limite son temps deprésence à une quinzaine d’heures dont huit de sommeil(théorique).
Les postes importants sont :
- les repas : sous la forme de plateaux(identique à la détention traditionnelle), ils sontpris en commun dans une cafétéria qui comportera enplus des distributeurs de boissons chaudes et froides. Seul le petitdéjeuner pourra être pris en cellule ;
- la cuisine : il n’y a pas de cuisinespécifique, seulement un espace cuisine d’attente deréchauffage et de préparation, les repas sontapportés en train de chariots de la cuisine centrale de laprison (parcours spécifique) ;
- la détente : plusieurs sallesd’activités seront accessibles de la cafétériaet dans les horaires de jour, elles comprendront un ou plusieurstéléviseurs, permettant d’inciter à la vie encommun et d’offrir des programmes plus larges (chaînesspécifiques, voyages, découverte, sport). Mais aussides lieux plus calmes, favorisant lecture et écriture. Ilsdonneront sur plusieurs cours extérieures, directementvisibles du surveillant ou du mirador le plus proche, mais sans filinanti-hélicoptère. On prévoira des bancs et aussique les salles soient partiellement couvertes etéclairées ;
- le suivi social : donnant sur ce dernierespace on aménagera un bureau et une bibliothèque,occupés aux heures de jour, par une assistance (un assistant)sociale, tous les éléments administratifs doivent yêtre accessibles (sécurité sociale, A.N.P.E.,C.A.F., etc...). Une boîte aux lettres, des cabinestéléphoniques et des postes informatiques (accèsau réseau, style Web-café) seront disposés defaçon à permettre une certaineintimité ;
- le repos : il se résume à lacellule (voir ci-dessous).

Les circulations

Elles sont divisibles en deuxcatégories : générales entre zonesfonctionnelles, et particulières dans les espaces de vie Lesdimensions minimales sont de 3m50 par 3m50 pour les premièreset de 3m50 par 2m50 de haut pour les secondes. On prévoiraqu’elles ne servent que de circulation, et qu’elles soient sous unesurveillance constante. La responsabilisation du détenul’entraîne à considérer sa cellule comme sonlogement, les circulations qui y amènent pourront ne pasêtre chauffées et ouvertes (mais abritée), cetétat et l’absence d’affichage ou de lieu de repos permettantd’éviter un stationnement de longue durée.

Les cellules

Elles doivent par leur structure permettre audétenu de perdre les mauvaises habitudes de ladétention (yoyo), et inciter à un fonctionnement parl’intérieur, donc être isolées les unes desautres par la façade.

Si la surveillance est de rigueur(œilleton) comme pour tout lieu de détention, elle n’estpas systématique (pas de ronde). Les risques derébellion étant faibles dans ce type de structure, lesmeubles ne seront plus fixés au sol, mais en unmatériau évitant qu’ils puissent servir d’outils (stylePVC ou aggloméré de bois).

Une salle de bain avec cabinet de toilettepermettra de s’isoler si la cellule est occupée par deuxdétenus. Il n’y aura ni réfrigérateur, nicuisinière, ni téléviseurpré-installés ou en location (le détenu pouvanten acheter), toutes ces commodités étant accessibles ensalles communes. La fenêtrene comportera pas de barreaux mais le verre sera résistant auxchocs et le châssis uniquement oscillant.