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3 - Demande de rendez-vous à Monsieur Perben

Mise en ligne : 26 July 2004

Dernière modification : 26 July 2004

Texte de l'article :

Jean-Christophe Poisson 11, rue du Réveillon 91330 - Yerres 06 12 36 61 69 planches@infonie.fr

Monsieur Dominique Perben Garde des Sceaux Ministère de la Justice 13, place Vendôme 75042 PARIS CEDEX 01

Yerres, le 18 juillet 2004,

Monsieur le Ministre,

Monsieur Toulouze, directeur régional des services pénitentiaires de Paris vient de mettre un terme brutal à l’atelier de création théâtrale que je conduis avec les prisonniers du Centre de Détention de Melun depuis 1999. Il met fin à notre partenariat et, par conséquent, à la conduite de mes projets d’intervention culturelle dans les établissements pénitentiaires d’Ile de France.

En extrayant et transformant de façon très cavalière certains points particuliers dans la rétrospective des entraves répétées au devenir de l’activité au sein de l’établissement que je faisais à Monsieur Gely , chef de service de l’insertion à la direction régionale, il raye en quelques traits de plume un travail de cinq ans placé sous le signe de l’éthique et de l’engagement en faveur du Droit.

Sont ainsi effacés le retour à l’ expression d’une cinquantaine de prisonniers par le théâtre et dans la dignité, l’accompagnement actif et bénévole et la ré-insertion de 9 d’entre eux, les deux projets d’aménagement de fin de peine que je conduis actuellement, le public de presque 200 personnes issues de la société civile venues en cinq ans à la rencontre de l’espace carcéral dans un esprit de compréhension.

Cette décision unilatérale anéantit aussi un ouvrage patient que je tiens pour essentiel au déroulement harmonieux et au respect des ateliers de pratique culturelle en détention prévus par le protocole Culture/justice de 1986 : la connaissance approfondie du fonctionnement d’un établissement et le climat de compréhension construit graduellement avec le personnel de surveillance. L’ accès à cette culture locale est d’autant plus important pour le déroulement d’une intervention qu’il pallie la rotation accélérée des Conseillers d’Insertion et de Probation (j’ai connu six interlocuteurs différents pour le théâtre en cinq ans à Melun, six attitudes très différentes, apparus et disparus) et la difficulté pour l’intervenant à compter dans l’établissement sur la continuité et l’intensité à la source de la politique culturelle définie pour les prisonniers.

La décision de Monsieur Toulouze est construite autour de trois points.

La transmutation en opacité de ma part de l’indifférence sidérale réservée à mon action par la direction de l’établissement, en dehors d’une récupération mondaine des spectacles. La qualité des publics que je conviais, hauts fonctionnaires de la Justice, partenaires du Ministère de la Culture, journalistes, magistrats, déterminant ou non sa présence d’une année sur l’autre.

Un essai de retournement contre moi de la diffusion de fausses informations par Madame Hanicot, Directrice, dans les lettres qu’elle adresse aux deux parlementaires que je saisissez pour essayer de permettre à un éducateur spécialisé d’assister au spectacle de mai 2004 et d’y entretenir son lien professionnel avec un des participants.

Une tentative de réprimande morale pour couvrir les provocations sentimentales chroniques d’une emploi jeune au sein de la population pénale tout en en ignorant les dégâts (violences entre détenus, dégradation du climat) que je m’attachais à déplorer.

La faiblesse de cet argumentaire et l’arbitraire de sa conclusion m’amènent à m’interroger au sujet des évolutions actuelles dans l’application du protocole Culture/Justice de 1986.

J’ai l’honneur de solliciter un rendez-vous avec vous, Monsieur le Ministre, afin de connaître la doctrine officielle à ce sujet. Par delà le problème local auquel je suis confronté, fort de l’écoute reçue par Monsieur Jego à l’Assemblée Nationale, j’aimerais vous présenter alors l’état de la réflexion que nous menons à l’association Banpublic pour une réforme du système pénitentiaire.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations respectueuses.

Jean-Christophe Poisson

Metteur en scène