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(2008) Appel à l’aide auprès de AIDES 77

Mise en ligne : 5 December 2008

Texte de l'article :

Didier ROBERT
8042 A307
Centre de détention
10 quai de la Courtille
77011 MELUN Cedex

AIDES Section Seine-et-Marne
18, rue de Paris
77200 TORCY

Coordinateur : Fabrice BOUDINET

Mardi 25 novembre 2008

Copie envoyée à : AIDES National
Copie publiée sur : le site de Ban Public

Monsieur,

Voilà près de deux mois que j’attends votre visite, celle que je vous avais sollicité dans ma lettre du 5 octobre 2008. Suite à celle-ci, j’avais cru comprendre que vous aviez accepté ma demande, étant donné que vous aviez appelé l’UCSA au téléphone pour me faire prévenir de votre visite la semaine suivante. Depuis, je n’ai plus aucune nouvelle de votre part. Permettez-moi d’être énormément surpris de la légèreté avec laquelle cous avez traité mon « appel à l’aide ». Ceci dit, je ne suis pas très surpris. Quand j’étais à la maison d’arrêt de la Santé, c’était la même histoire avec AIDES Ile-de-France pendant plus de trois ans. Sincèrement, je ne sais plus trop si, aujourd’hui, je dois solliciter votre aide étant donné que nous sommes, enfin que je suis, vraiment très en colère... surtout désespéré, mais aussi en colère. Je ne connais pas la (ou les) raison(s) de votre silence, seulement, je pense qu’une lettre de votre part aurait été pour moi un soulagement. Même pas...

Voyez-vous, je me trouve dans une situation, ici au Centre de Détention de Melun, que je qualifierais de scandaleuse. Après avoir attendu plusieurs mois pour une prise de sang (mes analyses sanguines [en théorie] trimestrielles), j’ai dû également attendre plus d’un mois pour en obtenir les résultats. Le médecin m’a prétexté qu’au Centre Hospitalier de Melun, il n’y avait pas beaucoup de personnes suivi pour le VIH, alors il faudrait que j’attende qu’il y ait suffisamment de demande de charge virale pour utiliser un test. En outre, suite à un Fibrotest, je devais débuter un traitement pour mon hépatite C, car il a révélé une fibrose très, très importante. Mais le médecin m’a appris que dans le dernier rapport Yeni, l’Interlukine avait cessé d’être prescrit, car il provoquerait des cancers des lymphones. Comme j’ai des défenses immunitaires très basses (à peine 100 CD4), je devais suivre ce traitement avant de débuter celui pour le VHC (Interféron + Ribavirine). Venant de recevoir le dernier Remaides, j’ai cherché si l’on parlait de cet arrêt de prescription de l’Interlukine. Rien. J’ai également cherché dans d’autres revues associatives de lutte contre le SIDA (Protocoles, Infos Traitements, Transversal), mais rien, aucune information. Difficile, quand on est en prison, de chercher une information, vous en conviendrez, n’est-ce-pas ? Voilà pourquoi j’avais besoin de votre aide. Pour vous poser toutes ces questions. J’aurais, bien entendu, préféré vous les poser de vive voix.

J’ai pu remarquer dans le dernier Remaides, que l’on citait bien deux fois le terme « personne incarcérée », mais concrètement que font les associations de lutte contre le SIDA pour les personnes détenues malades du SIDA en prison ? A par intervenir dans trois ou quatre prisons, je trouve que l’on ne fait pas grand-chose pour nous en réalité. Mais ces propos n’engagent que moi. Quand je l’ai fait remarquer dans une Lettre Ouverte à votre Président, Bruno SPIRE, celui-ci m’a simplement répondu : « AIDES intervient en prison ». Certainement et je m’en réjouie, mais en tout cas pas dans celles où je me suis trouvé, c’est-à-dire à la maison d’arrêt de la Santé et au Centre de détention de Melun ? Et je sais que dans d’autres prisons, c’est également le cas. Peut-être l’association AIDES ne le sait-elle pas, mais les personnes détenues malades du SIDA ne se trouvent pas qu’à Fresnes. Grand merci, nous n’y sommes pas parqués. Et je ne parle pas en ce qui concerne la prévention. Si vous saviez le travail qu’il y aurait à faire en la matière. Enfin, sur la question, je pourrai vous écrire un roman.

Enfin voilà la situation dans laquelle je me trouve et je n’ai aucune réponse à l’appel à l’aide que je vous ai envoyé. Je ne suis pas du genre à supplier, ce sera donc la dernière lettre que je vous écris. Si vous souhaitez m’aider, vous savez où je me trouve, je ne risque pas de partir demain.

Dans l’attente d’une réponse que j’espère bientôt, je vous prie de croire, Monsieur, en l’expression de mes salutations les meilleures.

Didier ROBERT