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(2006) Blog 04 « L’arène des juges »

Mise en ligne : 26 February 2006

Dernière modification : 11 July 2006

Texte de l'article :

L’arène des juges

Laurent JACQUA
Maison Centrale de Poissy
17 Rue Abbaye
78300 POISSY

C’est au son de la chanson de Cabrel que je regarde la retransmission de l’audition du juge Burgaud devant la commission d’enquête parlementaire.
 
 
Cela me fait penser à une descente dans l’arène, mais ce n’est pas un taureau puissant qui va être sacrifié, non, c’est un petit juge en costume gris et étriqué qui a sûrement pris quelques cours de communication pour garder un profile aussi bas qu’artificiel. En effet disparu le juge hautain et imbus de sa personne, les rôles se sont inversés car en face ce n’est plus la lie de la société que l’on peut toiser à sa guise, mais des parlementaires, les même qui votent les lois qui permettent aux 719 autres juges de France d’user de leurs pouvoirs excessifs pour jeter des centaines, des milliers de présumés innocents en prison...

Depuis le temps que je patiente
Dans cette chambre noire
J’entends qu’on s’amuse et qu’on chante
Au bout du couloir ;
Quelqu’un a touché le verrou
Et j’ai plongé vers le grand jour
J’ai vu les fanfares, les barrières
Et les gens autour...

Est-ce que (tous) ce monde est sérieux

Il faut expier la faute en place publique. Burgaud au poteau, c’est l’arbre qui cache la forêt. L’émotion du peuple et à son comble et il réclame des têtes et comme on peut tout de même pas condamné un système judiciaire dans son ensemble, faut bien trouvé un responsable pas très sympathique pour limiter les dégâts. Humilier un juge face aux caméras ça suffira bien pour satisfaire l’opinion avide de coupable.
Et puis, rien de tel qu’une commission pour faire oublier un scandale, au fond en tentant d’en stigmatiser un, ou quelques uns, on déresponsabilise tous le monde...

Dans les premiers moments j’ai cru
Qu’il fallait seulement se défendre
Mais cette place est sans issue
Je commence à comprendre
Ils ont refermé derrière moi
Ils ont eu peur que je recule
Je vais bien finir par l’avoir
Cette danseuse ridicule...

Est-ce que (tous) ce monde est sérieux ?

Présent autour de cette « corrida » journalistes et caméras, nouveau système d’inquisition médiatique aussi versatile que sans mémoire. Au début de l’affaire n’avaient-t-ils pas, eux aussi, déjà condamnés ces présumés innocents...
Il faut revoir les unes et les journaux télévisés de l’époque, on en avait presque oublié l’affaire Dutrou. Mais où est donc passé leur part de responsabilités à tous ces reporters du sensationnel ?
Aujourd’hui a défaut d’excuses ils cherchent tous l’exclusivité des mots ou des images des treize innocentés, maintenant qu’ ils valent leur pesant d’or à l’heure du 20 h...

J’en ai poursuivi des fantômes
Presque touché leurs ballerines
Ils ont frappé fort dans mon cou
Pour que je m’incline
Ils sortent d’où ces acrobates
Avec leur costumes de papier ?
Je n’ai jamais appris à me battre
Contre des poupées...

Est-ce que (tous) ce monde est sérieux ?

Demain, dans une semaine, dans quinze jours, on ne se souviendra plus de la figure de ce petit juge pourtant filmé sous tous les angles et que l’on a si bien sacrifié dans cette arène où le sang de son orgueil a été tiré.
Qu’adviendra-t-il de Burgaud qui ne sera jamais sanctionné comme tous ceux qui ont pris part à ce désastre judiciaire ?
Que restera-t-il de cette commission parlementaire véritable simulacre de jugement publique où l’on a feint de laver la justice pour que celle-ci fonctionne à nouveau absout de tout péché ?
Que restera-t-il de l’amnésie chronique de tous ces medias qui sont déjà passé à autre chose ?
Rien ne changera !
Une seule chose demeurera, la blessure des outragés d’Outreau.
Elle, elle ne se cicatrisera jamais et ils garderont à jamais la marque des chaînes qu’on leur a fait porté si longtemps...

Sentir le sable sous ma tête
C’est fou comme ça peut faire du bien
J’ai prié pour que tout s’arrête
Je les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je ne pensais pas qu’on puisse autant
S’amuser autour d’une tombe...

Est-ce que (tous) ce monde est sérieux ?

À bientôt sur le blog pour la suite... 

Laurent Jacqua