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(2006) Analyse du Genepi des RPE

Mise en ligne : 6 October 2006

Texte de l'article :

3 questions à Alexis Saurin, président du GENEPI
Alexis Saurin est président national du GENEPI depuis 2005. Les 30 ans de l’association et les assises organisées à cette occasion, nous offre l’opportunité de lui poser quelques questions sur le contexte européen de cet évènement et la politique pénitentiaire suggérée par les nouvelles règles pénitentiaires européennes.

JÉRICHO  : Les règles pénitentiaires européennes sont un nouvel avertissement à la France, pensez-vous qu’elles seront enfin appliquées ou écartées comme de nombreux autres rapports depuis quelques années ?

ALEXIS SAURIN : De nombreuses règles des RPE [1] sont très loin d’être appliquées dans les prisons françaises aujourd’hui. Il suffit déjà de regarder les principes fondamentaux (c’est-à-dire les premières règles qui sont les plus générales) pour s’en rendre compte. En ce sens, on note forcément le décalage entre la situation française et ce qui peut faire consensus au niveau des 46 États membres du Conseil de l’Europe (la recommandation a été adoptée à l’unanimité des États membres). Les RPE ont donc en effet valeur d’avertissement, mais surtout d’avertissement que nous devons nous faire à nous-mêmes : ces règles ne sont pas contraignantes, en revanche, la France les a adoptées, ce qui est déjà une forme d’engagement...
Mais ce qui nous semble le plus intéressant dans ce texte, c’est sa dimension de projection dans le futur, de proposition de normes (certes innovantes), d’énonciation de règles (que certains diront peut-être utopistes).
Ces règles nous invitent donc plus à imaginer vers quoi tendre (en énonçant des règles souvent très concrètes) qu’à faire un bilan d’une situation française que l’on sait très noire.
Certaines des règles ont d’ailleurs une portée qui va plus loin que les seules conditions de l’incarcération mais qui se rapportent directement au sens et à la finalité même de l’incarcération. Ce qui est frappant, c’est que ce sont sur ces éléments engageant la philosophie pénale (et que l’on pourrait considérer comme les plus basiques) que nous avons souvent le plus à faire.

JÉRICHO : Quelle est la vision du GENEPI à propos d’une justice européenne harmonisée ?

ALEXIS SAURIN : Faisons court : il nous faudrait une longue vue pour en distinguer les traits... Cela revient à cette idée que des pans entiers des RPE sont profondément novateurs rapportés à la culture française en matière de pénalité qui cherche malheureusement plus à punir qu’à réinsérer. La règle 5 prescrit ainsi que « la vie en prison est alignée aussi étroitement que possible sur les aspects positifs de la vie à l’extérieur de la prison ».
Cette idée pourtant si simple (si la prison doit être utile et doit permettre d’en sortir meilleur, elle ne doit pas reproduire les dysfonctionnements d’une société loin d’être parfaite) est bien loin des conceptions communes selon lesquelles un prisonnier ne peut être dans de meilleures conditions que le plus pauvre des hommes libres. Mais refuser cette cinquième règle, ce serait oublier que si l’on peut être sûr d’une chose en mettant quelqu’un en prison, c’est qu’il en sortira un jour : il faut donc tout faire pour qu’il en
sorte le mieux possible...

Pour revenir à l’harmonisation de la Justice, il nous semble que la démarche - plus modeste - de coopération pénologique menée par le Conseil de l’Europe notamment avec les RPE est sans doute plus réaliste à court terme et peut-être plus prometteuse : en observant systèmes judiciaires et pratiques pénales, on peut voir ce qui est à prendre et ce qui est à laisser... C’est un peu le but des Assises Européennes du GENEPI.
L’Europe, en la matière, c’est avant tout l’occasion de confronter pratiques et idées, valeurs et philosophies pénales... pour le meilleur, du moins je l’espère !

JÉRICHO : Quelles sont les priorités actuelles du GENEPI ?

ALEXIS SAURIN  : C’est bien sûr de poursuivre notre action en faveur de la réinsertion sociale des personnes détenues... et de profiter du formidable dynamisme que nous apporte la célébration du trentenaire de l’association pour intervenir dans plus d’établissements pénitentiaires auprès de plus de personnes.
C’est également de développer encore plus nos actions d’information et de sensibilisation du public pendant le Printemps des prisons qui s’achève à la fin mars mais aussi à travers nos actions en milieu scolaire, et bien sûr à l’occasion des JNP. Et avec tout ce que j’ai dit, vous pouvez imaginer que nous sommes satisfaits que le thème des JNP 2006 tourne autour de la question de la préparation à la sortie : les « génépistes » seront présents en novembre prochain...
Un autre axe important est de poursuivre le développement des groupes locaux de concertation prison : les bénévoles de nos associations ont beaucoup à faire ensemble et à échanger sur leurs actions en détention, leur expérience de la prison... nous avons tout à gagner à mieux nous connaître.
Enfin, pour en revenir aux RPE, nous poursuivrons la promotion de ce texte, c’est pour cela que nous en publions l’intégralité dans notre revue, le Passe-Murailles...

Propos recueillis par Nicolas Loeb
Source Jéricho n°192 avril 2006

Notes:

[1] RPE : Règles Pénitentiaires Européennes