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(2005) Lettre ouverte de Laurent Jacqua aux parlementaires sur la situation des séropositifs et des malades du sida en prison

Mise en ligne : 8 February 2005

Dernière modification : 10 February 2005

Texte de l'article :

Objet : Courrier adressé aux Député(e)s et aux Sénateur(trice)s sur la suspension de peine des prisonnier(e)s malades.

Date d’envoi : 1 février 2005

C’est vrai on peut vivre en étant séropositif...
On peut vivre avec les injections,
 Les examens,
 Les bilans à l’hôpital,
 La fatigue chronique,
 Les maladies opportunistes,
 Le mal-être constant,
 Avaler jusqu’à 30 gélules par jour à vie,
 Un contrôle médical tous les trois mois,
 Perdre sa libido,
 Les douleurs au ventre,
 Les nausées,
 Une sexualité perturbée,
 La dépression,
 Les vertiges,
 La perte d’appétit,
 Les vomissements,
 La lipodystrophie,
 Les troubles digestifs,
 La fièvre,
 Les sueurs,
 L’angoisse,
 La peur !

Malgré tout cela, en France aujourd’hui, on refuse d’accorder des suspensions de peine aux séropositifs. Pourtant le ministère de la Santé qui a dressé cette sinistre liste d’effets secondaires pour une campagne de prévention et de lutte contre le SIDA, mais il semble que pour un détenu séropositif, la liste des effets secondaires n’existe pas, pire, comme le démontre la conclusion du rejet de ma suspension de peine, la prison guérit le sida !...

« Que le sida traité et asymptomatique, n‘est pas, en tout cas pour Monsieur JACQUA, susceptible d’engager le pronostic vital, c’est-à-dire, comme l’énonce l’expert dans le corps de ses explications, que la séropositivité de Monsieur JACQUA est stabilisée pour plusieurs années ; qu’ainsi le décès n’est pas une hypothèse à redouter dans des proportions supérieures à celles qui s’appliquent aux autres sujets atteints d’une maladie chronique maîtrisée... »

Cela fait 20 ans que je vis avec la maladie et que je lutte pour survivre au fond d’une geôle, dois-je attendre la phase finale pour être libéré ?

Est-ce la seule réponse que la patrie des droits de l’homme me réserve ?

Que dois-je penser de tous ces citoyens qui préfèrent les animaux domestiques aux hommes et femmes en souffrance au sein de cette nation ?

Je suis un détenu et dans cette société, ma vie vaut moins que celle d’un chien, c’est pour cela que l’on n’hésitera pas à me laisser mourir dans cet intolérable silence carcéral.

Je n’accepterai jamais de dépérir ainsi au fond d’une cage, cela est au-delà de ma peine, je me bats donc pour me faire entendre car pire que la maladie est l’indifférence, pire que la mort est l’oubli... 

Laurent JACQUA
Président d’honneur de BAN PUBLIC
Pour la libération de tou(te)s les malades incarcéré(e)s


*
* *

Laurent Jacqua
9959 / 2D
Maison Centrale
BP 41
03401 YZEURE

Dossier à consulter :
Observatoire de la santé et de l’hygiène : http://www.prison.eu.org/rubrique.php3?id_rubrique=777