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(2005) 9è Lettre ouverte de Laurent Jacqua aux parlementaires sur le respect dû aux prisonnier(e)s

Mise en ligne : 1 December 2005

Dernière modification : 2 December 2005

Texte de l'article :

Laurent JACQUA
9959 / 3G
M.C
B.P 41
03401 YZEURE

lundi 28 novembre 2005

Mesdames, Messieurs les Parlementaires,

Je fais partie des 500 derniers sidéens qui croupissent encore dans les prisons françaises. Tous les autres sont morts par manque de soins, dans l’indifférence et l’inhumanité carcérale.
Comment a-t-on pu laisser faire cela dans une démocratie ?
Comment a-t-on pu, durant 25 ans, laisser mourir des malades du sida au fond de cachots froids et insalubres ?

L’heure est grave et c’est pourquoi j’interviens auprès de vous.

En effet, le gouvernement a décidé de restreindre la loi KOUCHNER relative à la suspension de peine pour les prisonniers en fin de vie.
Il était déjà intolérable d’attendre les derniers jours avant la mort pour une libération, voilà maintenant que l’on nous retire toute espoir d’être libéré.
On ne peut ni accepter, ni tolérer ce retour en arrière, cette application déguisée de la peine de mort.
Je vous invite donc à réfléchir sur cette décision terrible et lourde de conséquences qui me semble indigne du pays des droits de l’homme.

Oui nous avons commis des délits et des crimes et, nous avons été condamnés pour cela, mais lorsque la maladie touche un détenu c’est une peine supplémentaire à laquelle il n’a pas été condamné qui s’ajoute à la souffrance de l’enfermement.

Doit-on subir l’agonie et mourir au fond d’une cellule pour expier nos fautes ?

On ne combat pas une injustice faite aux victimes par une autre injustice faite aux condamnés, sinon ce n’est pas de la justice mais de la vengeance...

Sachez que pendant que vous votez ces lois, la maladie progresse en chacun de nous, nous rapprochant un peu plus chaque jour de la mort.
Alors, avant qu’il ne soit trop tard, je vous écris pour vous demander de ne pas modifier la loi KOUCHNER si ce n’est pour l’améliorer car elle n’est appliquée que parcimonieusement.

Les milliers de malades incarcérés n’attendent qu’un peu d’humanité et de dignité pour finir leurs jours.

En ce qui concerne les Sidéens, nous ne sommes plus que 500 encore incarcérés dans les prisons de la République.
Que les adeptes du tout sécuritaire et de la répression absurde se rassurent ? la modification de la loi et la dureté des conditions de détention auront raison de nous très rapidement, on aura ainsi éliminé le problème du SIDA dans les prisons !

Mesdames, Messieurs les Parlementaires, je vous prie de bien vouloir agréer mes salutations les plus distinguées. 

Laurent JACQUA