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(2001-11-01) Hakkar, suite et fin ? Soutien de Hafed Benotman

Mise en ligne : 6 August 2002

Dernière modification : 19 June 2005

Texte de l'article :

Hakkar, suite... et fin ?

Novembre 2001, Abdelhamid Hakkar est toujours en prison et moi, j’écris encore dans les pages de l’Envolée sans oser lui écrire directement. Je cherche toujours la faille sans la trouver. Je crois que la faille est chez les autres et donc en moi aussi. Quelle faille ? L’impuissance ! Sûrement. En écrivant à propos d’Alain Bendjelloul, les mots de ce dernier me faisaient un pont vers Hakkar. Je ne me pose pas la question de savoir comment être l’ami d’Abdelhamid Hakkar, puisque la réponse est aussi simple que dangereuse pour ma petite existence personnelle et égoïste mais juste comment être un homme en face de la situation terrible et dramatique d’un autre homme, d’un autre « je » . Parler ? Je parle ! Là où je vais, reviennent des noms, de Joëlle Aubron à Abdelhamid Hakkar, d’Idoïa Lopez Riano à Hugues Contival et d’autre encore. Agir ? J’agis ! Je cours à droite à gauche pour l’un ou l’autre et je rentre plus dégoûté qu’épuisé. Témoigner alors ? Juste témoigner ? Dénoncer en mettant l’accent sur ce qui à moi « me » paraît essentiel ? Cette putain de saloperie de faux en écriture, mon dégoût vient de là, de ce faux qui devrait à lui seul être un laisser-passer pour la liberté d’Hakkar. Même le mot liberté, je n’ose plus l’employer dans cette histoire, j’ai juste envie de parler de vie.
J’ai fait appel lors du dernier article sur Hakkar, un appel à la manifestation et j’ai donné des coordonnées pour recevoir des réponses afin de mobiliser. Résultat ? Rien.
Ca me donne des envies de violence, et cette violence-là qui m’a déjà fait faire des années de prison m’exclut un peu plus de l’idée que la politique est la solution pour changer ce monde. Alors que faire ? Sinon réclamer, exiger sa libération avec la même force, la même haine, la même mauvaise foi que ceux qui le détiennent en prison depuis plus de dix-sept ans.

A part un appel à leur faire une guerre dure, je ne vois pas ce qu’il y a faire. Aujourd’hui, il y a la guerre en Afghanistan et c’est la grande période des règlements de comptes, les Etats se bouffent en livrant les populations à l’appétit de leurs ennemis. Alors les surveillants, de Fleury-Mérogis à Bois-d’Arcy, s’en payent aussi une tranche en durcissant la répression, sachant que personne ne regarde vers eux et que tout le monde s’en fout. La justice idem. En ces temps de patriotisme, n’est-il pas normal de foutre la paix aux institutions qui ont bien d’autres chats à fouetter que de s’occuper d’un innocent alors que des milliers meurent chaque jour ? Il n’y a pas d’autres choix face à la surdité de la justice et de l’Etat que de leur faire entendre raison par des bruits à réveiller un mort... de peur ! Pour Hakkar et les autres, il ne reste qu’à les terroriser à leur propre piège.

Abdel-Hafed Benotman